Archives mensuelles : juillet 2016

Poésie et espérance

« Je ne crois pas que soit de poésie vraie qui ne cherche aujourd’hui, et ne veuille chercher jusqu’au dernier souffle, à fonder un nouvel espoir. »

Yves Bonnefoy (1923-2016)

« A quoi bon des poètes en temps de détresse ? », demandait le poète allemand Hölderlin. Il me semble que cette puissante affirmation d’Yves Bonnefoy peut constituer un début de réponse : la « poésie vraie » est tendue vers un « nouvel espoir ». Elle ne prétend pas en posséder les clefs, elle est simplement à sa recherche, elle y travaille « jusqu’au dernier souffle ». Laissons-nous donc porter par le « souffle » de la poésie…

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Connaissez-vous le professeur Frœppel?

Connaissez-vous le professeur Frœppel ? Cet illustre savant, né de l’imagination de Jean Tardieu, est avant tout un spécialiste du langage. Dans Le Professeur Frœppel, Jean Tardieu rassemble « le journal de sa folie, le récit de sa mort, ses œuvres théâtrales, scientifiques, poétiques et pédagogiques […] ». Ce recueil présente ainsi, notamment, de savoureuses saynètes, qui dévoilent toute une « comédie du langage ».

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« Si ta fraîcheur parfois nous étonne tant,
heureuse rose,
c’est qu’en toi-même, en dedans,
pétale contre pétale, tu te reposes.

Ensemble tout éveillé, dont le milieu
dort, pendant qu’innombrables, se touchent
les tendresses de ce cœur silencieux
qui aboutissent à l’extrême bouche. »

Rainer Maria Rilke, Les roses, source « rilke.de ».

Le Nouveau Roman

Mouvement majeur de l’histoire littéraire française du XXe siècle, le Nouveau Roman éclot dans les années cinquante, s’inspirant de quelques illustres prédécesseurs (Proust, Gide…) pour remettre radicalement en cause les traditions romanesques héritées du XIXe siècle. Ce billet fait le point sur quelques auteurs majeurs de cette période, offrant ainsi du même coup les réponses au jeu-quizz publié la semaine dernière.

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« Il est besoin d’un lecteur d’un geste de papier
D’un miroir Tu es visage ma feuille mon échancrure
Je suis le tissu pour que tu sois ton vide La surface
Pour que froisse la main L’aber où l’eau s’aiguise
Racine où le sol tressaille Ton blanc mon noir
Le creux pour ma difficulté le blanc pour que je sois
Ce dessin que je ne serais pas Tu es peau pour
Mon alphabet J’étais l’air pour que tu m’engorges
Alvéole pour que tu fusses arcade »

Michel Deguy, Donnant donnant, Poèmes 1960-1980,
Paris, Gallimard, coll. « Poésie », 2006, p. 158.

Trois verbes disparus

On parle souvent des néologismes, ces mots qui apparaissent dans la langue française, généralement par emprunt à des langues étrangères. On parle beaucoup moins des mots disparus. En effet, dans toute langue vivante, il y a des mots qui naissent et des mots qui meurent. Or, certains mots disparus ont laissé des traces dans le vocabulaire actuel… Voici trois exemples.

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Paris vu par les poètes

Paris, capitale de la France, haut lieu d’histoire et de culture, a inspiré maints poètes, et ce, à différentes époques. La poète et universitaire Marie-Claire Bancquart s’est d’ailleurs attachée à étudier ce motif dans Paris des surréalistes et dans Images littéraires de Paris fin de siècle. Plus modestement, je vous propose aujourd’hui de découvrir quelques poèmes dont Paris est le sujet principal.

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Une réflexion sur l’obscurité

Qui d’entre nous n’a jamais été confronté à un poème incompréhensible ? S’il est sans doute de mauvais poèmes qui sont autant d’artifices dissimulés sous des apparences savantes, il en est d’autres dont l’obscurité est le signe d’un travail d’élucidation requis par le lecteur, d’autres qui, pour paraphraser Rimbaud, « ne veulent pas rien dire ». La poète et universitaire Gabrielle Althen livre sur Poezibao une passionnante réflexion en trois épisodes sur un poème de René Char.

Source : gabrielle-althen-feuilleton-1.pdf

« le chemin tremble sous la chaleur
la brise passe d’une mâture à l’autre
dans le soleil dansant du soir
lumière filtrante
autre caresse autre douceur
le froissement des aiguilles brunes
piqûre sur les mollets nus
l’odeur de résine encore
qui enfle les poumons »

Citation extraite d’un poème intitulé « La complainte des petits gris »,
par Angèle Paoli, paru dans Nu(e), n°52, Jokari/Enfances, 2012, p. 188.

Pour en savoir plus sur Angèle Paoli, on se reportera à son blog « Terres de femmes ».

Jeu : êtes-vous incollable sur le Nouveau Roman ?

Aujourd’hui, je vous propose un petit jeu sur le Nouveau Roman. Celui-ci apparaît dans la France d’après-guerre, au milieu du XXe siècle. Il se propose de rompre radicalement avec des traditions romanesques pluriséculaires, et en particulier avec l’image du roman tel que l’âge d’or balzacien l’a construite et véhiculée. Les conceptions traditionnelles des personnages, du narrateur, des objets, de l’intrigue et du temps sont profondément remises en cause. Saurez-vous retrouver les différents auteurs du Nouveau Roman en vous aidant des portraits suivants ?

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Des vagues (KIMsookhyun, Pixabay, libre de réutilisation)
Des vagues (KIMsookhyun, Pixabay, libre de réutilisation)

« Il écoute respirer la mer.

Il ne se lasse pas de la regarder, comme on fixe un être endormi, ou le sourire d’un visage peint, comme on regarde obstinément quelque chose que l’on ne voit pas, qui est là cependant. La mer, derrière la mer, dont il ne saurait jamais que les commencements, les plages et les rumeurs, même lorsqu’il quitterait le rivage et partirait se perdre au large, enfin seul avec soi, avec elle, plus que jamais séparé pourtant, ne pouvant espérer la rejoindre autrement qu’en se perdant en elle, dans la défaillance d’un naufrage qui ressemble à l’amour, les poumons pleins de sel, son corps stupide tout gonflé d’eau, flottant comme un paquet avant le repas silencieux des poissons et des crabes. »

Jean-Michel Maulpoix, Portraits d’un éphémère,
Paris, Mercure de France, 1990, II-2, p. 24.

Yves Bonnefoy

Je viens d’apprendre le décès, survenu aujourd’hui, vendredi 1er juillet, d’Yves Bonnefoy, à l’âge de quatre-vingt-treize ans. Ce grand poète, traducteur, essayiste était mondialement connu. Il a incontestablement influencé plusieurs générations de poètes. Cette année même, son recueil le plus célèbre, Du mouvement et de l’immobilité de Douve, a connu une forme de consécration en étant placé au programme de l’agrégation de Lettres modernes.

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« Vivent les vacances ! » : une histoire de lexicalisation

Saviez-vous que, dans « Vive le roi ! », le premier mot est un verbe ? À savoir, le verbe vivre à la troisième personne du singulier du subjonctif, mode choisi pour exprimer le souhait. S’exclamer « Vive le roi ! » revient à souhaiter une longue vie à Sa Majesté. Or, ce fait tend à s’oublier, si bien que nombreux sont ceux qui négligent l’accord et qui écrivent « Vive les vacances ! » au lieu de « Vivent les vacances ! » C’est ce que l’on appelle une lexicalisation, autrement dit un figement linguistique.