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« La poésie est une vitesse de la prose. »

Jean-Michel Maulpoix

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Reblogué : Un poème de Pierre Jean Jouve

Un monde plus vrai, de dix tons plus brillant Que le monde Plus tiède, chaud, confiant et nourrissant Dans l’espérance, que le sein très lourd de la vierge Et non touché par le soleil ! Ainsi mon monde Est mon chant ô cher cœur. Ainsi le nourrissant Mamelon silencieux m’aime et me contemple Et disparaissent […]

via Pierre Jean Jouve – Eléments pour nature — BEAUTY WILL SAVE THE WORLD

Jean-Michel Maulpoix :

« Il reste tout là-haut de vieilles neiges perchées que l’on dit éternelles. Elles font briller les sommets de la montagne comme des pâtisseries recouvertes de sucre glace. Tard, elles restent allumées le soir, quand la vallée est déjà plongée depuis longtemps dans la pénombre. Il se pourrait qu’y veille un dieu chagrin et insomniaque dont cette lueur blanche éclaire le grimoire en qui il va chercher l’oubli des laideurs d’en bas. »

Jean-Michel Maulpoix, Pas sur la neige,
Paris, Mercure de France, 2004, p. 96.

Joie

Comme tendrement rit la terre quand la neige s’éveille sur elle ! Jour sur jour, gisante embrassée, elle pleure et rit. Le feu qui la fuyait l’épouse, à peine a disparu la neige.

René Char, « Joie », Le Nu perdu,
in Œuvres complètes, Paris, Gallimard,
coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1983, p. 475.

Paul Verlaine — L’enterrement

En ce premier jour de novembre, où nous fêtons la Toussaint, l’ironie de Verlaine nous fera peut-être du bien. Voici donc le poème intitulé « L’enterrement », souvent présenté à tort comme faisant partie des Poèmes saturniens.

« Je ne sais rien de gai comme un enterrement !
Le fossoyeur qui chante et sa pioche qui brille,
La cloche, au loin, dans l’air, lançant son svelte trille,
Le prêtre en blanc surplis, qui prie allègrement,

L’enfant de chœur avec sa voix fraîche de fille,
Et quand, au fond du trou, bien chaud, douillettement,
S’installe le cercueil, le mol éboulement
De la terre, édredon du défunt, heureux drille,

Tout cela me paraît charmant, en vérité !
Et puis, tout rondelets, sous leur frac écourté,
Les croque-morts au nez rougi par les pourboires,

Et puis les beaux discours concis, mais pleins de sens,
Et puis, cœurs élargis, fronts où flotte une gloire,
Les héritiers resplendissants ! »

Jean-Michel Maulpoix (Wikipédia)

Je contemple dans le langage le bleu du ciel.

Les mots ne me seraient d’aucun prix s’ils se résignaient à nommer ou décrire ce qui est, au lieu de se précipiter vers ce qui n’est pas. Leur aveuglement convient à l’irréductible rêveur que je suis. Ils ont leur manière propre de dissiper le mystère en l’aggravant et de ne rien me donner à voir dont ils n’aient tout d’abord déformé les traits. Je sais leurs tromperies et m’y suis résigné. Je ne compte plus m’approprier ce que je nomme : il me suffit d’esquisser le geste de le toucher des mains. Ne fût-ce que pour en aviver la douleur, je concède au langage le soin de courtiser l’impossible. Jamais l’écriture n’est trop riche de désirs ni de mensonges pour fait de ses masques un usage tragique. Sachant sa vanité, il n’y renonce point mais la cultive comme un poison. Dès lors, rien ne l’obsède davantage que cette duplicité à quoi il reconnaît qu’il est en passe de devenir un homme. »

Jean-Michel Maulpoix, Une histoire de bleu (1992),
Paris, Gallimard, coll. « Poésie », 2005, p. 107.

« Limpide est le jour,
La terre n’est belle
Que si tu parais
Prête à t’y dissoudre
Comme une eau de source.

Oui la terre est belle
Quand tu me reviens
Et que tu escortes
Tes seins et ta voix,

Tes lèvres humides
Comme des draps frais. »

Gaston Puel, « Terre d’ombre brûlée — VII » (2010),
paru dans Nu(e), n° 46, décembre 2010,
coédition Nu(e)/L’Arrière-pays, p. 133.

Une rose (Pixabay)

« La rose est la source
Le centre du temps
Le soleil la trousse
Pour mourir dedans.

T’as des bégonias
Plein les jambes plein
Le dessous des bras
D’autres dans les seins

Le taureau dessine
Un geste précis
Et rouge assassine
Le monde et midi »

James Sacré, Le taureau, la rose, un poème,
Cadex éditions, 1990, p. 32.

La phrase qui s’éveille,
aucun horizon ne la cerne,
elle respire, elle ne parle

au nom de personne,
elle met au monde,
sa voix est prête

sans crainte à se parfaire,
ne refuser que de conclure,
se donner, dire « nous ».

Pierre Dhainaut, « La phrase qui s’éveille… »
dans Nu(e), n°45, « Pierre Dhainaut », novembre 2010, p. 217.

Complies

Vue de la colline
la mer s’établit
au-dessus des maisons :

tente de la Sagesse,
manteau bleu de la Vierge,
couvrant la ville entière.

Le soir n’a laissé
dans l’eucalyptus
qu’une seule cigale

et sur le mur clair
de la chapelle ouverte
le soleil remonte

comme un roi les degrés
que l’ombre matinale
avait descendus. »

Jean-Pierre Lemaire, L’intérieur du monde,
Le Chambon-sur-Lignon, Cheyne éditeur, 2002, p. 97.