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« Juin » de Leconte de Lisle

Je vous présente aujourd’hui un poème de saison, puisqu’il s’intitule « Juin ». Ce poème fait partie des Poëmes antiques de Leconte de Lisle, recueil paru en 1852, la même année donc que les Fleurs du Mal de Baudelaire.

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« Sur une plage vide d’après l’été, je nous imagine. Ton petit chien renifle les vagues. Tu portes sur la tête un bonnet rayé et tu marches à la lisière des eaux. On dirait que le sable tremble, cette minute est trop importante. Les mouettes se sont tues dans un battement d’aile. Le crabe aux yeux éteints s’est souvenu de quelque chose. La plage croule et je m’écarte pour écouter ces drôles d’histoires que les enfants égrènent au sortir de l’école. »

Jean-Michel Maulpoix, Locturnes, Lettres Nouvelles, 1978, p. 49-50.

L’été — Poème en prose

Voici soudain l’été. L’air brûlant sur la terrasse aux carreaux rouges semble figer le temps. Plus rien ne bouge, sinon les mouches qui volettent en vain autour de la table débarrassée, discrètement épiées par un lézard sur le mur parfaitement immobile. Les oiseaux eux-mêmes ont cessé leur chant, et l’on n’entend plus au loin que quelques cigales dont le chant se perd dans la rumeur lointaine de la route. Les volets s’entrecroisent sur les façades des maisons, dont les habitants en quête de fraîcheur désertent les jardins. Il n’y a plus personne, plus rien ne bouge, sinon une vieille chaise à bascule qui se balance en grinçant. Sous un arbre, un petit garçon qui ne souffre pas de la chaleur et ne comprend rien à la sieste attend que tout ce monde sorte de sa torpeur et veuille enfin jouer avec lui.

Gabriel Grossi
dimanche 3 juillet 2016
Variante d’un autre poème déjà publié sur ce blog.

Charles Cros (Wikipédia)

« C’est l’été. Le soleil darde
Ses rayons intarissables
Sur l’étranger qui s’attarde
Au milieu des vastes sables.

Comme une liqueur subtile
Baignant l’horizon sans borne,
L’air qui du sol chaud distille
Fait trembloter le roc morne. »

Charles Cros, « L’été », dans Le Coffret de santal (Tresse, 1879), d’après Wikisource.

Canicule et poésie

En cet été de canicule, j’ai eu envie de partager avec vous ce poème paru dans Le Soleil en août 1911. Cette année-là, l’épisode caniculaire a également été particulièrement intense, provoquant 40 000 morts. Le site Retronews, émanation de la Bibliothèque Nationale de France, a exhumé ce poème en même temps que d’autres articles de presse parus il y a 107 ans.

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Langueur de l’été

L’été au Cros-de-Cagnes (photo personnelle)

L’après-midi s’étire… Sous les mûriers immobiles, autour d’une petite table circulaire, on savoure la fraîcheur d’une légère brise. On regarde courir les enfants sur la plage, en suivant nonchalamment les va-et-vient d’une balle en plastique dans le ciel. On considère l’alignement multicolore des serviettes sur les galets, derrière les grands parasols jaunes et blancs. On écoute d’une oreille distraite les conversations paisibles, les clameurs joyeuses, les cris enjoués.  Aux terrasses, on sirote une limonade en contemplant les passants qui défilent devant la mer. Les amoureux se promènent, main dans la main, en partageant une glace à l’italienne. Au loin, les voiles blanches des bateaux se détachent devant un ciel absolument limpide, parfois zébré par le passage fulgurant d’une mouette qui s’en va se dissimuler derrière la façade ocre de l’église Saint-Pierre. L’après-midi s’étire… Voici enfin venu l’été.

(Gabriel Grossi, 1er juillet 2018, texte et photos personnels)

 

L’été — Texte personnel

Dans mon souvenir, le sol est dallé d’octogones rouges, ces carreaux qui semblent en terre cuite, sur lesquels le soleil de midi imprime la chaleur de la Provence. Dehors, la lumière est forte. Les oiseaux se taisent. Rien ne bouge, pas même les feuilles des arbres. Mes pieds nus sont au frais. Les volets sont entrebâillés. Presque fermés. La journée est à son apogée, et pourtant c’est une heure de sommeil. Dedans, il fait presque sombre. L’idée de sieste se répand à l’intérieur des choses, des objets, et jusqu’au chant des cigales. Personne avec qui jouer quand tout le monde somnole. Peut-être une grand-mère dans une hypothétique chaise à bascule ou une balancelle. Elle regarde le lézard se pâmer sur le volet vert. Elle voit la vigne pousser sur la tonnelle. Elle sent le sol se craqueler. Il fait presque frais, lorsque, les pieds nus sur le carrelage de pierre, on contemple la chaleur de ce temps mort au milieu de l’été.

Gabriel Grossi, jeudi 29 novembre 2007.
Revu le 5 mai 2018.

« Chacun n’est après tout que la forme nouvelle d’une question toujours posée, et manière singulière de tenter d’y répondre aussi bien que de l’oublier, avec des jeux, des cris, des tâches, des en allées et des retours, des bains et des éclaboussures, sur la plage, en été, près du bleu qui gonfle et qui remue. »

(Jean-Michel Maulpoix, Une histoire de bleu, suivi de L’instinct de ciel,
Paris, Gallimard, coll. « Poésie », 2005, p. 148-149)

« Un passage comme si de rien n’était
Et voilà que je me remets pénétrer les mots de la vie
Un soleil sur la nappe rouge
La pompe au milieu de la cour
Ne ramenant plus d’eau
Mais la source est toujours présente
Avec l’eau claire que on aperçoit
À travers la fente des pierres. »

Béatrice Bonhomme, La Maison abandonnée,
Colomars, Melis, 2006, p. 8.

« le chemin tremble sous la chaleur
la brise passe d’une mâture à l’autre
dans le soleil dansant du soir
lumière filtrante
autre caresse autre douceur
le froissement des aiguilles brunes
piqûre sur les mollets nus
l’odeur de résine encore
qui enfle les poumons »

Citation extraite d’un poème intitulé « La complainte des petits gris »,
par Angèle Paoli, paru dans Nu(e), n°52, Jokari/Enfances, 2012, p. 188.

Pour en savoir plus sur Angèle Paoli, on se reportera à son blog « Terres de femmes ».