Archives pour la catégorie Citation du jour


« Je m’abandonne à la rêverie. J’attends la retombée des apparences, la chute des illusions. Le moi se dégonfle comme une chambre à air se libère. Petit vaniteux qui cherche à se faire décorer d’une rustine. Je m’offre, j’enlève mes peaux, je me découvre, je ne suis qu’orbes dans l’air. Je retrouve le chemin, celui de la fumée. »

Yves Leclair, Manuel de contemplation en montagne, Paris, La Table Ronde, 2005, p. 96.


« Apprenez à poser votre voix. Vous qui avez la chance d’habiter près de la mer, n’hésitez pas. Allez par les nuits d’insomnie sur la plage. Dites n’importe quoi face au vent. En algonquin, en iroquois, parlez à travers l’hygiaphone géant de l’océan. Détachez bien les mots. Par paquets de notes comme des paquets de mer. Apprenez à hurler aphone en américain. Apprenez le chuchoté-crié. Peut-être qu’elle vous entendra là-bas sur l’autre rive. »

Jean-Claude Pinson, « Laos leçon lyrique », www.maulpoix.net


« J’ai un camion jaune avec des ailes bleues, un volant rouge et une hélice orange. Papa dit que c’est un avion, mais je ne le crois pas. J’ai beau appuyer sur tous les boutons, il ne décolle pas. Il joue de la musique, comme mon lapin en peluche et ma vache. Moto rouge, train bleu, arbre très vert : j’habite un monde sonore et qui marche sur piles, fait de couleurs vives et d’objets simples. »

Jean-Michel Maulpoix, Journal d’un enfant sage,
Paris, Mercure de France, p. 21.


« Neige danse vent dans les feuilles
Ce mouvement sans fin des herbes
Cette en-allée que rien ne peut rompre
Une beauté nue que la main ne peut prendre »

Laurence Chaudouët, La Grâce ou l’Oubli, Les Presses Littéraires, coll. « Florilège », 2020.
Prix de poésie 2020 « Yolaine et Stephen Blanchard »

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« J’ai serré mon ami contre mon cœur. C’était
après la grande traversée des rêves,
et le matin pesait sur nous avec son grand secret de flamme
qui brûle à neuf le monde ancien.
J’ai dit : cette journée doit être belle,
marchons parmi les rues, sachons
saluer la lumière, fût-elle grise,
viens avec moi.
Mais il tournait son visage contre mon cœur.
Alors je dis : sachons inventer la lumière
qui est cachée dans un regard. »

Jean-Yves Masson, Onzains de la nuit et du désir,
d’après l’édition bilingue italienne Stanze della notte e del desiderio,
trad. Marco Vitale, Jaca Book, Milan, 2008,
via « Google Livres ».

« Les horloges » de Verhaeren

Je voudrais vous présenter aujourd’hui un poème que je connais depuis l’enfance, puisque mon père, instituteur, avait l’habitude de l’enseigner à ses élèves, en leur proposant de chercher des variations d’intonation et des bruitages susceptibles d’en souligner le sens. J’ai ensuite redécouvert ce poème en khâgne où j’ai dû en proposer un commentaire composé. Il est du poète belge Verhaeren, et je le cite à partir de l’édition des Poèmes parue en 1895 aux éditions du Mercure de France, telle que retranscrite par Wikisource.

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« Je me ferai pavoiser des terres incultes
je vous donnerai la lumière de mes yeux
de long en large voici mon souffle
pour accoupler la vie éventrer le pain »

Gemma Tremblay, Cratères sous la neige,
Montréal, Librairie Déom,
coll. « poésie canadienne », 1966, p. 13.

Des poèmes qui font du bien

C’est peu dire que nous vivons une période anxiogène. Une pandémie qui dure et ne faiblit pas, des violences et des assassinats, des catastrophes naturelles… Sans doute importe-t-il de se préserver un peu. Pourquoi ne se détournerait-on pas, pour un temps, des nouvelles angoissantes des journaux télévisés, pour découvrir quelques poèmes ? La lecture de poésie peut-elle faire du bien ? Un peu de beauté dans ce monde de brutes !

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Citation du jour : le cochon de Valérie Rouzeau

Je vous propose aujourd’hui de découvrir un poème de Valérie Rouzeau. Née en 1967 dans la Nièvre, elle est connue tant pour son travail de traductrice que pour son œuvre poétique, riche à ce jour de nombreux recueils. Elle a écrit des chansons pour le groupe Indochine. Son œuvre a récemment fait l’objet d’un numéro de la revue Nu(e). Le poème ci-dessous est extrait de l’un des recueils les plus récents de la poète, Sens averse, paru en 2018 aux éditions de La Table Ronde.

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« Rien n’est plus paisible que des ruines. Il y règne des rongeurs, des serpents, des hiboux. Au cœur de ce tissu d’odeurs et de présences assemblées, l’homme transporte sa prison. — Mastique, avec le sourire ! »

Pierre Perrin-Chassagne, « Les ruines »,
dans La Porte et autres poèmes,
Editions Possibles, 2018, p. 76.