Archives du mot-clé poème

Fleur d’hiver

Fleur des tropiques
Dans mon appartement
Loin des moustiques
Et de l'acomat boucan

Mais tu fleuris
Certes pas longtemps
Déjà tu flétris
Dans mon appartement

Peut-être rêves-tu
De vrais alizés
De clameurs tues
De saveurs brisées

Loin du colibri
Bel hibiscus rouge
Tu as fleuri
Là où rien ne bouge

Fleur anachronique
Loin de ton été
Tu as mis tes tropiques
Dans mon hiver glacé

Gabriel Grossi, dimanche 22 janvier, à cinq heures du matin.

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Vagues d’hiver

Parfois, tu t’en vas demander conseil à la mer. Ce n’est pas que tu attendes une réponse. Tu es simplement là, face à elle, dans la claire lumière d’hiver. Tu lui sais gré de ne rien dire, de ne pas répondre, de ne surtout pas formuler d’injonction condescendante. Elle est simplement là, avec son délire d’éclaboussures, un peu plus folle encore qu’à l’habitude, puisque, malgré l’absence de vent, elle a décidé de se déchaîner contre la grève, redoublant d’efforts à l’assaut du mur de la promenade, comme pour passer contre lui on ne sait quelle colère, multipliant les gerbes à chaque fois que la vague vient se briser contre les rochers. Tu ne sais quelle mauvaise humeur trouble ses eaux inhabituellement boueuses. Au-dessus, un soleil franc plane dans un ciel absolument limpide, que seul le passage d’une mouette vient parfois animer. Tu t’amuses de cet étonnant contraste. Il fait presque chaud, pour une journée de janvier, lorsque, en début d’après-midi, tu te joins aux nombreux passants qui, comme toi, promènent au bord de mer. Chacun contemple le caprice de la mer, cette rage d’éclaboussures et d’écume, cette débauche d’effets et de cris puérils, dans le calme étonnant d’une chaude après-midi d’hiver.

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Un poème hivernal de François Coppée

Cela faisait un certain temps que je n’avais écrit sur le XIXe siècle. Or, voici qu’on me contacte pour me demander des éclaircissements sur le poème intitulé « Janvier » de François Coppée. C’est un beau poème, qui fera écho à « Décembre » que j’avais naguère commenté.

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Sérénité de la mer

C’est une aube encore grise par-delà la digue de rochers. Sous nos fenêtres, la mer, parfaitement lisse, s’étend au-delà du bruyant ballet des voitures. Elle étale son rideau argenté, que seul vient perturber le vol lointain d’une mouette. Elle n’a cure de nos soucis, de nos retards, de nos pas pressés, de nos bousculades et de nos cris. Elle n’entend pas le vrombissement de nos motos et nos coups de klaxon. Elle ignore nos petites inquiétudes et nos tracas, nos désespoirs et nos jérémiades, nos colères et nos jalousies. Face à la ville qui déjà s’agite, elle demeure impassible, nous offrant gratuitement sa leçon de sérénité. Tout au plus consent-elle parfois à refléter nos phares, nos réverbères et nos feux : cela ne l’affecte guère. Elle qui dialogue avec l’infini fait peu de cas de nos minuscules lumières. Malgré ce que peuvent laisser croire son écume, ses vagues et ses tempêtes, elle n’est pas d’humeur à s’emporter, si ce n’est en surface. Son pardon est aussi prompt que sa fureur. Ses ondulations ne sont pour elle que des rides superficielles. Elle peut paraître impassible, et pourtant elle est prête à accueillir, comme en son sein, le corps et l’âme du baigneur.

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« J’aime la chauve-souris et le crapaud »

J’ai retrouvé dans mon vieux disque dur un poème écrit en classe de troisième. Celui-ci, pour le coup, faisait partie des travaux de la classe. Nous avions étudié des poèmes de Victor Hugo où le poète faisait l’éloge d’animaux ordinairement détestés, et nous devions en produire à notre tour. Voici, donc, mon petit pastiche de Victor Hugo, écrit à l’âge de 13 ans.

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À la piscine, en avril

L’eau froide enveloppe notre corps. Elle serre, elle sangle. En même temps les rayons brûlent. Sensation paradoxale. Ne pas rester très longtemps, juste quelques brasses dans la pureté exacte. Prendre soin de l’horizontalité parfaite de la surface, atténuer toute irisation. Entrer d’un coup. Et tandis que nous ne respirons plus pendant une minute, nous nous laissons porter. Le monde n’a plus de directions, tout au plus quelques régions plus claires que d’autres. Sortir de l’eau comme nous y étions entré, sans remous, comme si l’on voulait que les perles ruisselantes sur le dos construisent un long manteau qui s’en irait rejoindre l’immensité liquide, comme si l’on voulait donner l’impression que la surface sécrète notre corps, comme un précipité, et que nous émergions dans le monde comme une excroissance de l’eau, comme un premier enfant vomi par la mer avec le devoir de conquérir la terre, comme si nous étions nous-mêmes une gerbe d’écume projetée au loin. Une langue d’eau relie encore notre corps émergé et la surface, cette enveloppe devient une immense traîne transparente et fragile, puis s’amincit chaque seconde jusqu’à finalement, fatalement, rompre, rejoignant alors la surface qui se creuse un instant, puis, ayant accueilli la goutte, se soulève en ce point précis, comme pour la renvoyer à nouveau vers le ciel, mais elle rejoint vite sa place et l’équilibre se rétablit. Nous conservons sur notre peau un peu de cette matière qui lentement s’égoutte.

Gabriel Grossi, mercredi 2 avril 2008

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Que mon poème ne soit que cela

Je vous propose aujourd’hui un poème inédit, composé aujourd’hui même, qui aura vocation à se retrouver dans la première section de Concordance. Parfois, on écrit un poème qu’on n’aurait peut-être pas écrit avant de songer à la mise en forme d’un recueil. Il est là, en quelque sorte, pour combler un vide dans l’architecture qui se met en place. Pour autant, ce n’est pas un simple « bouche-trou ». Il correspond à cet élan d’espoir que j’ai voulu placer dans la première section du recueil.

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Les ancêtres de Laurence Vielle

Laurence Vielle, née à Buxelles en 1968, a publié en 2017 un petit livre aux éditions Maelström intitulé Ancêtres. Il est centré sur un voyage en Indonésie, sur la rencontre des peuples indonésiens, qui vouent un culte particulier aux Ancêtres. À son tour, la poétesse s’interroge, et nous interroge. Quelle place laissons-nous à nos ancêtres dans nos vies ?

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« Le Lion et le Moucheron » de Jean de La Fontaine

Cela faisait longtemps que je n’avais pas proposé d’article portant sur le XVIIe siècle. Or, aujourd’hui même, les collégiens composaient, à l’occasion du Brevet 2022, à partir d’une fable de La Fontaine, intitulée Le Lion et le Moucheron. Profitons de ce prétexte pour combler cette lacune, et lisons ensemble ce poème. Il s’agit de la neuvième fable du livre II des Fables.

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« Myrtos mon amour » de Béatrice Bonhomme

« Myrtos mon amour, t’emporter partout où je suis ton sourire et dépasser l’absence, les rideaux verts voguent un bateau amarré sur le bord de ces rochers.
Cette absence toujours à supporter. Je ne sais plus qui je suis. Tu m’as quittée. Depuis cet instant je ne suis plus moi. Ce soir dans la rue, les autres, d’autres gens, d’autres visages. Rien de commun entre eux et moi. Le sentiment d’appartenir à un autre monde.
Le manque, une déchirure qui n’en finit plus d’arracher un à un les lambeaux du passé comme s’il fallait arracher la mémoire.
[…]
Des maisons face à la mer, des façades où nous aurions pu vivre, tout ce en quoi je ne crois plus, une plaie toujours ouverte sur le mal de toi, tu es manque constant, certitude absolue
je t’aime, j’accepte cet amour, je t’accepte, dans la douleur et la joie, pauvre absence perdue dans les pierres de Myrtos, sur le chemin brûlant de quelques ruines. »

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La mano – La main

Je vous présente aujourd’hui un nouveau poème au format vidéo. Il s’intitule « Main » ou « La main », et il a la particularité de m’être venu à la fois en italien et en français. J’en avais déjà publié le texte sur mon blog. En voici une mise en voix et en musique : j’espère que cela vous plaira.

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L’homme au visage de chanvre et de cuir

Imaginez un être de paille planté dans un champ. Il ne rêve que d’une chose : s’animer et prendre vie. Ce poème, à mi-chemin entre Pinocchio et le Magicien d’Oz, rapporte une invocation aux forces de la nuit, jusqu’à ce que l’homme au visage de chanvre et de cuir prenne vie. Il a été écrit en 2011, à l’occasion d’un atelier d’écriture à la Fac de Lettres de Nice, portant sur le thème de l’épouvantail.

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Estérel

Est-ce vraiment
L'hiver
Qui se fige sous le soleil ?

Aucun vent, aucun murmure, aucun bruit, sur le sentier de pierres rouges. Le temps lui-même paraît s'être arrêté. Vigueur des pins et des eucalyptus sur le sol poussiéreux : il fait presque chaud. Se devine parfois le bouquet jaunâtre d'un mimosa prêt à éclater. Les rochers pourpres dessinent des formes alambiquées au-dessus des frondaisons. Rien ne bouge, pas même le miroir doré de la mer, au loin. Seules quelques mésanges osent parfois rompre ce silence.

Estérel, février 2022.

Main

Poème personnel bilingue
Elle a la main de l’accueil, la douce main chaude
du réconfort, ni moite, ni sèche,
ni trop molle, ni trop vigoureuse.
Quand elle parle, elle lui fait dessiner des courbes.
Au téléphone, elle la laisse griffonner sur son carnet
de gracieuses tiges florales, véritables enluminures.
Elle a la main du réconfort, la douce main blanche,
et ses ongles, sans aucun vernis, luisent au soleil.
Elle a la main de patience, incapable de violence,
la main de douceur et de silence.
Elle saisit chaque chose comme un trésor,
rehaussant l’éclat de ce qui s’y trouve.
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