Archives pour la catégorie Texte personnel

Langueur de l’été

L’été au Cros-de-Cagnes (photo personnelle)

L’après-midi s’étire… Sous les mûriers immobiles, autour d’une petite table circulaire, on savoure la fraîcheur d’une légère brise. On regarde courir les enfants sur la plage, en suivant nonchalamment les va-et-vient d’une balle en plastique dans le ciel. On considère l’alignement multicolore des serviettes sur les galets, derrière les grands parasols jaunes et blancs. On écoute d’une oreille distraite les conversations paisibles, les clameurs joyeuses, les cris enjoués.  Aux terrasses, on sirote une limonade en contemplant les passants qui défilent devant la mer. Les amoureux se promènent, main dans la main, en partageant une glace à l’italienne. Au loin, les voiles blanches des bateaux se détachent devant un ciel absolument limpide, parfois zébré par le passage fulgurant d’une mouette qui s’en va se dissimuler derrière la façade ocre de l’église Saint-Pierre. L’après-midi s’étire… Voici enfin venu l’été.

(Gabriel Grossi, 1er juillet 2018, texte et photos personnels)

 

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Pourquoi j’aime écrire

Je me souviens d’un soir d’hiver, dans la maison de montagne de mes grands-parents. Mon père, assis à la longue table de la salle à manger, avait devant lui un cahier de dessin grand format, à couverture rouge. J’étais assis à côté de lui, et, ensemble, nous inventions l’histoire extraordinaire de deux petites souris partant à la découverte de mondes souterrains insolites. Mon père dessinait les personnages étranges et les lieux mystérieux rencontrés par les deux héroïnes. D’autres jours, il représentait sous forme de bande dessinée les aventures temporelles du professeur Fireball, en me laissant le soin de terminer l’histoire. Je devais avoir entre cinq ans.

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Quand les rumeurs du jour se sont assagies

Texte personnel

Quand les rumeurs du jour se sont assagies, que se sont tues les clameurs des hommes, quand les derniers rayons se sont éteints, que les flots du jour sont taris, à l’heure tardive des grillons et des lucioles, rien ne bouge. Assis face à la nuit, avant les grands songes du sommeil, nous respirons. À la lune qui s’élève, nous adressons un sourire. Nous respectons l’immobilité des premières étoiles, dans le ciel encore clair et teinté des rougeurs du couchant. Nous nous enveloppons lentement de nos lourdes couvertures, cessant tout mouvement, dénouant le cours de nos pensées. Nous nous baignons dans le silence comme en une mer. Allongés sur le dos, nous devenons cette vastitude même de la mer, dans le dénuement d’un abandon. Peu importent alors les murmures qui nous parviennent encore, les vrombissements lointains ne sont plus que de discrets rappels de ce monde qui nous entoure et continue de tourner comme il doit le faire. Nous consentons à ce que tout ne soit pas parfait, à ce que tout ne possède pas l’équilibre sphérique des grands astres, à ce que tout ne soit encore pleinement serein. Voici cependant que peu à peu, à mesure que le souffle ralentit, la paix s’installe.

Gabriel Grossi,
mercredi 23 mai 2018.

L’été — Texte personnel

Dans mon souvenir, le sol est dallé d’octogones rouges, ces carreaux qui semblent en terre cuite, sur lesquels le soleil de midi imprime la chaleur de la Provence. Dehors, la lumière est forte. Les oiseaux se taisent. Rien ne bouge, pas même les feuilles des arbres. Mes pieds nus sont au frais. Les volets sont entrebâillés. Presque fermés. La journée est à son apogée, et pourtant c’est une heure de sommeil. Dedans, il fait presque sombre. L’idée de sieste se répand à l’intérieur des choses, des objets, et jusqu’au chant des cigales. Personne avec qui jouer quand tout le monde somnole. Peut-être une grand-mère dans une hypothétique chaise à bascule ou une balancelle. Elle regarde le lézard se pâmer sur le volet vert. Elle voit la vigne pousser sur la tonnelle. Elle sent le sol se craqueler. Il fait presque frais, lorsque, les pieds nus sur le carrelage de pierre, on contemple la chaleur de ce temps mort au milieu de l’été.

Gabriel Grossi, jeudi 29 novembre 2007.
Revu le 5 mai 2018.

L’aube au chalet – Texte personnel

Six pulsations résonnèrent sans raison dans l’air figé de la nuit. Elles semblaient provenir d’un endroit si lointain et demeuraient pourtant si audibles, si cristallines. Six coups de heurtoir, de cloche, de carillon derrière lequel trottait l’imper­cep­tible cliquetis de la continuité… L’alliance nocturne des horloges et du clocher.

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Change de regard : ce que tu prenais pour poussière et cendre
est un brillant, inaltérable et lumineux flocon de neige.

Gabriel Grossi, texte personnel, vers 2011.

Quelle poésie pour le XXIe siècle ? Donnez votre avis !

Les fins d’année sont une bonne occasion pour s’interroger sur l’avenir. Que peut-on souhaiter à la poésie ? Peut-on considérer que la poésie française est entrée dans le XXIe siècle ? Qu’espérez-vous de la poésie de demain ? Chers amis lecteurs, la parole est à vous ! Vous avez carte blanche !

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Nos premières paroles

TEXTE PERSONNEL

Et nos premières paroles seraient confuses, troublés que nous serions de nous avoir trouvés, et maladroits seraient nos premiers gestes ; nous nous dirions bonjour peut-être, sans vraiment oser nous regarder, je vous dirais mademoiselle, vous me répondriez monsieur, et cette conversation de quelques secondes nous hanterait pour le reste de la journée. Et c’est alors que, chacun de notre côté, après avoir un temps lutté pour n’y plus penser, nous chercherions à nous retrouver. Que ferions-nous ensuite ? Voilà ce que j’ignore, et qu’il faudra que j’explore avec vous. Nos conversations seront une confirmation. Je les imagine d’abord timides, puis s’enhardissant peu à peu, jusqu’à devenir un dialogue intarissable, qui se prolongerait de rires et de chants, lors de longues promenades qui s’éterniseraient jusqu’au soir. Et alors, quand les murmures du jour seraient taris, nous nous tairions à notre tour, et poursuivrions en silence. Où que nos pas nous aient menés, nous y resterions un instant, tout incrédules encore, un peu gênés, et ne sachant soudain que dire. Peut-être à ce moment que l’un de nous, incapable de supporter tant d’émotion en un jour, par une parole vite regrettée, briserait le charme, et, nous rappelant soudain à la réalité, nous prendrions congé. Rendus à notre solitude, nous revivrions alors cette journée en pensée, avec ce seul désir : nous revoir. Le souvenir habitant chaque pensée, nos sentiments naissants se fortifieraient. Nous attendrions, avec ce trouble dans le regard qu’ont les amoureux, et qui leur fait un air niais. Il y aurait sans doute alors quelque chose comme un coup de téléphone, un courrier, un prétexte pour nous retrouver. Puis viendrait l’excitation des préparatifs, l’hésitation sur la tenue à porter – ni trop simple, ni trop coquette –, la coiffure, le parfum, tous ces apprêtements pour une fois réalisés sans lassitude mais au contraire avec envie et application, dans l’attente du coup de sonnette qui signerait le moment de la rencontre. Bien évidemment, la précipitation aidant, il y aurait une maladresse, un vêtement mal boutonné, un pied ayant trébuché, ou que sais-je, et nous ririons, je vous rattraperais, vous tomberiez, enfin, dans mes bras, et ce serait le moment, jamais anticipé, du premier baiser. Vous vous en doutez, nous le ferions durer.

Gabriel Grossi
30 décembre 2016

Femme

Texte personnel

Elle connaît, elle aussi, ce que j’ai compris, quoiqu’elle en ait une vision plus sensible, plus aimante, sans théories fumantes ni rapports de concepts. Elle l’appréhende doucement, sans orgueil, sans volonté de dominer ou de posséder ce dont elle parle. Elle le considère comme une promenade au bord d’une rivière où il y aurait des canards de diverses sortes. Elle n’y voit aucun mal ni aucune souffrance même si je sais que parfois ce peut y être. Elle en parle comme d’un pot de confiture, comme d’un tableau de Degas ou d’une sonate entendue dans un auditorium. Elle l’écrit en lettres rondes, soignées, avec ses crayons de couleurs, là où j’ai trop tendance à rayer furieusement ma page de traits de graphite. Elle en met partout, dans les voiles de sa robe, dans les replis de ses cheveux, là où j’ai trop tendance à vouloir réserver ces choses-là dans le détroit de Béring de mon cœur. Elle utilise pour le sentir une manière tout intérieure, comme si elle le portait en elle depuis longtemps. Elle y met tout ce que peut vouloir dire le mot femme.

Gabriel Grossi, 15 février 2008.

Fantaisie

Texte personnel

Mon jeune ami
Avez-vous l’heure ?
Qu’avez-vous dit ?
Cette heure pleure.

Il est trop tard.
Qu’en savez-vous ?
On peut avoir
La perle rare
Sans rendez-vous.

C’est le matin
Après sept heures
Où l’on atteint
Le vrai bonheur

Ma jeune amie
Souriez-moi
Il n’est pas dit
Que l’on perdra

Quand l’heure passe
La magie cesse
Le charme casse
Et le jour blesse

Je sais ceci
Je n’en ai cure
Sachez aussi
Que l’amour dure

Et puis enfin
Dans un poème
On peut bien
À la fin
Dire je t’aime.

Gabriel Grossi
Dimanche de Pâques, 16 avril 2017, minuit