Archives pour la catégorie Texte personnel

Femme

Texte personnel

Elle connaît, elle aussi, ce que j’ai compris, quoiqu’elle en ait une vision plus sensible, plus aimante, sans théories fumantes ni rapports de concepts. Elle l’appréhende doucement, sans orgueil, sans volonté de dominer ou de posséder ce dont elle parle. Elle le considère comme une promenade au bord d’une rivière où il y aurait des canards de diverses sortes. Elle n’y voit aucun mal ni aucune souffrance même si je sais que parfois ce peut y être. Elle en parle comme d’un pot de confiture, comme d’un tableau de Degas ou d’une sonate entendue dans un auditorium. Elle l’écrit en lettres rondes, soignées, avec ses crayons de couleurs, là où j’ai trop tendance à rayer furieusement ma page de traits de graphite. Elle en met partout, dans les voiles de sa robe, dans les replis de ses cheveux, là où j’ai trop tendance à vouloir réserver ces choses-là dans le détroit de Béring de mon cœur. Elle utilise pour le sentir une manière tout intérieure, comme si elle le portait en elle depuis longtemps. Elle y met tout ce que peut vouloir dire le mot femme.

Gabriel Grossi, 15 février 2008.

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Fantaisie

Texte personnel

Mon jeune ami
Avez-vous l’heure ?
Qu’avez-vous dit ?
Cette heure pleure.

Il est trop tard.
Qu’en savez-vous ?
On peut avoir
La perle rare
Sans rendez-vous.

C’est le matin
Après sept heures
Où l’on atteint
Le vrai bonheur

Ma jeune amie
Souriez-moi
Il n’est pas dit
Que l’on perdra

Quand l’heure passe
La magie cesse
Le charme casse
Et le jour blesse

Je sais ceci
Je n’en ai cure
Sachez aussi
Que l’amour dure

Et puis enfin
Dans un poème
On peut bien
À la fin
Dire je t’aime.

Gabriel Grossi
Dimanche de Pâques, 16 avril 2017, minuit

Métiers d’antan

C’est en visitant, hier après-midi, le musée des métiers traditionnels de Tourrette-Levens, que j’ai eu l’idée de cet article sur les métiers d’antan. Ceux-ci sont en effet un prodigieux réservoir de mots, sinon disparus, du moins peu usités. Petit parcours dans le vocabulaire des artisans…

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Afrique

Texte personnel

On ne l’avait pas vue arriver. Elle était surgie de nulle part, comme toute chose dans une bananeraie. Elle promenait avec elle le silence, dissimulé parmi les fruits de sa robe et ceux qu’elle portait dans une corbeille d’osier. Y avait-il un nourrisson endormi sur son dos ? On n’aurait su le dire, à travers les palmes alanguies de l’été, pas plus qu’on ne pût deviner où elle se rendait. Son regard, aussi noir et luisant que sa peau, s’ourlait de chansons douces, et pourtant, traduisait la volonté inébranlable de continuer à être femme dans les souffrances de la pauvreté, de la sécheresse, de la guerre toujours latente. Elle répétait inlassablement les mêmes gestes, habituels et consciencieux, sans mépriser leur caractère anodin, mais au contraire avec toute l’attention et tout l’amour dont est capable une mère. Ses mains roses travaillaient avec douceur, imprimant un peu de leur sérénité aux choses qu’elle manipulait, faisant de chaque geste un semblant de caresse.

Gabriel GROSSI, « Afrique » (2008),
paru dans le n°52 « Jokari » de la revue Nu(e), 2012, p. 37.

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Pour accompagner le « Voyageur à son retour »

Portrait_de_Jean_Michel_Maulpoix
Portrait de Jean-Michel Maulpoix (source : Wikipédia)

C’est officiel, le nouveau recueil de Jean-Michel Maulpoix, intitulé Le Voyageur à son retour, dont je vous avais parlé il y a quelque temps, vient de paraître en librairie. Et il ne voyage pas seul. En effet, l’ouvrage s’accompagne de lectures, dont quatre viennent d’être publiées sur le site Internet du poète. Parmi celles-ci, vous trouverez plusieurs poèmes de ma main. Je remercie sincèrement Jean-Michel Maulpoix pour m’avoir invité à publier ces textes en marge de son ouvrage. Vous les trouverez ici.

Sur l’orient comme tout ce qui naît…

(Texte personnel)

Sur l’orient comme tout ce qui naît, une attention fragile enfante d’un indistinct élément. On ne sait, au juste, ce dont il s’agit. On n’en parle pas à la télévision, ni même dans les journaux les plus sérieux. On le sent parfois. On ne saurait le nommer avec certitude. On imagine quelque chose de léger, du vent peut-être, ou comme une lumière ténue, ou tenue, mais non vacillante : sûre d’elle, elle avance. On ne sait guère où elle va, — peut-être se rapproche-t-elle. Quelque chose la dissimule et la diffracte, comme le verre pilé qui vitre la porte d’une chambre connue. C’est sans doute important, quoiqu’en vérité je n’en sache rien. C’est là, ça brille, ça luit, cela est ; c’est déjà, même si cela reste non dit et non avenu, le prototype d’une promesse.

Texte personnel paru dans Nu(e), « Jokari », « enfances », n°52, octobre 2012, p. 34.