Archives pour la catégorie Texte personnel

Vous trouverez ici les poèmes et les textes dont je suis moi-même l’auteur, en espérant qu’ils trouveront votre agrément.

Ceux-là qui s’en vont par deux

J’ai beaucoup hésité avant de publier ce poème en prose, parce qu’il est très intime. C’est peut-être même l’un des plus personnels que j’aie jamais écrits. Et puis je me suis dit que c’était là précisément le rôle de la poésie, que de puiser dans l’intime la matière d’une émotion partageable. Et c’est peut-être l’un des miracles de la poésie, que de nous permettre de dire à tous ce dont nous n’avons jamais parlé à personne. N’hésitez pas à vous exprimer dans l’espace des commentaires !

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Mes poèmes présentés sur Internet

Dans le cadre de la Fête virtuelle du Livre, qui est un événement international prenant place sur Internet, mon recueil Concordance a été présenté par Emanuela Rizzo, ambassadrice culturelle, et Alessio Zanichelli, spécialiste de littérature.

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Fleur d’hiver

Fleur des tropiques
Dans mon appartement
Loin des moustiques
Et de l'acomat boucan

Mais tu fleuris
Certes pas longtemps
Déjà tu flétris
Dans mon appartement

Peut-être rêves-tu
De vrais alizés
De clameurs tues
De saveurs brisées

Loin du colibri
Bel hibiscus rouge
Tu as fleuri
Là où rien ne bouge

Fleur anachronique
Loin de ton été
Tu as mis tes tropiques
Dans mon hiver glacé

Gabriel Grossi, dimanche 22 janvier, à cinq heures du matin.

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Vagues d’hiver

Parfois, tu t’en vas demander conseil à la mer. Ce n’est pas que tu attendes une réponse. Tu es simplement là, face à elle, dans la claire lumière d’hiver. Tu lui sais gré de ne rien dire, de ne pas répondre, de ne surtout pas formuler d’injonction condescendante. Elle est simplement là, avec son délire d’éclaboussures, un peu plus folle encore qu’à l’habitude, puisque, malgré l’absence de vent, elle a décidé de se déchaîner contre la grève, redoublant d’efforts à l’assaut du mur de la promenade, comme pour passer contre lui on ne sait quelle colère, multipliant les gerbes à chaque fois que la vague vient se briser contre les rochers. Tu ne sais quelle mauvaise humeur trouble ses eaux inhabituellement boueuses. Au-dessus, un soleil franc plane dans un ciel absolument limpide, que seul le passage d’une mouette vient parfois animer. Tu t’amuses de cet étonnant contraste. Il fait presque chaud, pour une journée de janvier, lorsque, en début d’après-midi, tu te joins aux nombreux passants qui, comme toi, promènent au bord de mer. Chacun contemple le caprice de la mer, cette rage d’éclaboussures et d’écume, cette débauche d’effets et de cris puérils, dans le calme étonnant d’une chaude après-midi d’hiver.

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Lisez mes poèmes en italien

Pour les besoins de l’interview qui aura lieu samedi prochain sur Zoom, à l’invitation d’Emanuela Rizzo, j’ai traduit huit de mes poèmes en italien. Je suis parti, comme base de départ, d’une traduction automatique, et puis j’ai modifié beaucoup, beaucoup de choses, jusqu’à arriver à une traduction qui me satisfasse. Ce n’est certes pas la meilleure méthode, mais c’est la seule qui était compatible avec mon emploi du temps. Je vous laisse juger du résultat.

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Mon recueil est recensé par la BnF !

Vous vous souvenez sans doute que je vous avais annoncé la parution de mon premier recueil de poésie. Aujourd’hui, j’ai appris avec bonheur que celui-ci était désormais officiellement reconnu par la Bibliothèque Nationale de France, et annoncé parmi les nouveautés du moment. Espérons que cela aidera à sa diffusion !

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Sérénité de la mer

C’est une aube encore grise par-delà la digue de rochers. Sous nos fenêtres, la mer, parfaitement lisse, s’étend au-delà du bruyant ballet des voitures. Elle étale son rideau argenté, que seul vient perturber le vol lointain d’une mouette. Elle n’a cure de nos soucis, de nos retards, de nos pas pressés, de nos bousculades et de nos cris. Elle n’entend pas le vrombissement de nos motos et nos coups de klaxon. Elle ignore nos petites inquiétudes et nos tracas, nos désespoirs et nos jérémiades, nos colères et nos jalousies. Face à la ville qui déjà s’agite, elle demeure impassible, nous offrant gratuitement sa leçon de sérénité. Tout au plus consent-elle parfois à refléter nos phares, nos réverbères et nos feux : cela ne l’affecte guère. Elle qui dialogue avec l’infini fait peu de cas de nos minuscules lumières. Malgré ce que peuvent laisser croire son écume, ses vagues et ses tempêtes, elle n’est pas d’humeur à s’emporter, si ce n’est en surface. Son pardon est aussi prompt que sa fureur. Ses ondulations ne sont pour elle que des rides superficielles. Elle peut paraître impassible, et pourtant elle est prête à accueillir, comme en son sein, le corps et l’âme du baigneur.

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« J’aime la chauve-souris et le crapaud »

J’ai retrouvé dans mon vieux disque dur un poème écrit en classe de troisième. Celui-ci, pour le coup, faisait partie des travaux de la classe. Nous avions étudié des poèmes de Victor Hugo où le poète faisait l’éloge d’animaux ordinairement détestés, et nous devions en produire à notre tour. Voici, donc, mon petit pastiche de Victor Hugo, écrit à l’âge de 13 ans.

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À la piscine, en avril

L’eau froide enveloppe notre corps. Elle serre, elle sangle. En même temps les rayons brûlent. Sensation paradoxale. Ne pas rester très longtemps, juste quelques brasses dans la pureté exacte. Prendre soin de l’horizontalité parfaite de la surface, atténuer toute irisation. Entrer d’un coup. Et tandis que nous ne respirons plus pendant une minute, nous nous laissons porter. Le monde n’a plus de directions, tout au plus quelques régions plus claires que d’autres. Sortir de l’eau comme nous y étions entré, sans remous, comme si l’on voulait que les perles ruisselantes sur le dos construisent un long manteau qui s’en irait rejoindre l’immensité liquide, comme si l’on voulait donner l’impression que la surface sécrète notre corps, comme un précipité, et que nous émergions dans le monde comme une excroissance de l’eau, comme un premier enfant vomi par la mer avec le devoir de conquérir la terre, comme si nous étions nous-mêmes une gerbe d’écume projetée au loin. Une langue d’eau relie encore notre corps émergé et la surface, cette enveloppe devient une immense traîne transparente et fragile, puis s’amincit chaque seconde jusqu’à finalement, fatalement, rompre, rejoignant alors la surface qui se creuse un instant, puis, ayant accueilli la goutte, se soulève en ce point précis, comme pour la renvoyer à nouveau vers le ciel, mais elle rejoint vite sa place et l’équilibre se rétablit. Nous conservons sur notre peau un peu de cette matière qui lentement s’égoutte.

Gabriel Grossi, mercredi 2 avril 2008

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Daemoni furor

Poème de jeunesse

Qu’encerclent ces démons réunis en conclave,
Hagards, éberlués, abasourdis, déments,
Comme attirés par un immense puits de lave,
Attisés par la braise et leurs cris véhéments ?

Que sont-ils, que veulent-ils, pourquoi hurlent-ils
Sinon pour éveiller quelque antique colère
D’un dieu oublié à visage de reptile,
Quêtant de monstres les indicibles salaires ?

De leur glaise putride ces grands insensés
Amassent des monceaux et des blocs titanesques.
Croient-ils vraiment par leur mérite être encensés ?

Déjà la terre gronde et l’océan chancelle
Écrasant de leur force ces êtres grotesques
Enfermés pour mille ans dans un cloître éternel.

Gabriel Grossi, dimanche 1er juin 2008.

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Texte personnel (sans titre)

Ils attendent et leur patience est méritoire. Ils tournent leurs regards vers cela qu’ils ne parviennent pas à nommer. Ils s’en détournent néces­sai­rement, tôt ou tard, afin d’occuper leur existence. Engoncés dans des chaires hautes et profon­des, ils professent d’un ton doctoral des affirmations que pas même leurs maîtres n’admettraient comme certi­tudes. Du haut de leur roideur et de leurs rhumatismes, ils vénèrent quelques bibelots inutiles et mesurent la vérité de la justice à l’aune de la longueur de leurs moustaches entortillées. Ils attri­buent la plus grande importance aux règles édictées par un fou. On ne saurait pourtant leur en vouloir, car ils ne font que remplir de travail leur attente du jour où tout devrait être juste et clair et beau.

Gabriel Grossi, jeudi 14 février 2008.
Image d’en-tête : Pexels.