Archives pour la catégorie Texte personnel

Déclaration d’amour

— Toi, ô toi, ô mon amour, ô ma belle, ô ma douce, combien je te chérirai !

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Premier janvier

Premier janvier, 10 h du matin. Le soleil plane au-dessus d’une mer d’huile. Sa surface resplendit d’une vive lumière, détourant comme un pochoir les silhouettes élancées des palmiers de la promenade. Il est presque aveuglant, ce puissant miroitement qui rend mer comme ciel tout aussi intensément blancs.

Devant ce spectacle immobile, voici déjà que l’on promène, que l’on court, que l’on circule. Histoire peut-être de bonnes résolutions, certains s’empressent, tôt matin, de dépenser les calories de la veille. Sur le grand boulevard, les carrosseries métallisées défilent, reflétant un instant l’embrasement du levant.

Si les troncs des palmiers n’étaient entourés d’une guirlande électrique, on peinerait à se croire un premier janvier. Tant de douceur étonne. C’était donc hier au soir que l’on trinquait à la nouvelle année ?

Les flûtes de champagne ont retrouvé leur armoire, les lave-vaisselle ont terminé leur cycle, peut-être reste-t-il quelques victuailles disséminées dans le salon. La fête a été belle. La nouvelle année peut commencer, sous cette vive lumière de janvier.

On veut croire à un bon augure.

Meilleurs vœux pour l’année 2019 !

Image d'en-tête : Le Cros de Cagnes, Nataraja, Wikimedia Commons, 2004, https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Cros-de-Cagnes.jpg

Le nom de la montagne

Il y a bien longtemps, à une époque où les lieux n’avaient point encore de nom, se dressait au centre de la vaste plaine une très haute montagne. Sa cime majestueuse, presque toujours enneigée, se perdait fréquemment dans les nuages. Son allure était si imposante, et ses crêtes si élancées, qu’il semblait que les dieux eux-mêmes avaient voulu s’établir à son sommet. Aussi cette montagne était-elle unanimement considérée comme sacrée.

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Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?

Quand on dort mal, notre cerveau gamberge. Il y a quelques nuits, la réflexion qui va suivre m’est passée par la tête. Je l’ai mise en forme, mais ce n’est jamais qu’un premier jet, une réflexion sur le vif. Aussi, je vous invite à la lire, afin que vous m’aidiez à en trouver les failles et les limites. Vous pouvez réagir dans l’espace des commentaires.

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Poème d’une nuit d’été

Poème écrit dans le souvenir de Rimbaud,
à l’issue de soirées d’observation astronomique.

Texte personnel

Je me suis aussi baigné dans le Poème
De la Nuit, l’oeil rivé à mon télescope,
Et dans le ciel du crépuscule encore blême,
J’ai vu tous les mythes et les fables d’Esope.

J’ai cinq fois suivi le bord du grand chariot,
Et j’ai trouvé la pâle lueur polaire,
Point fixe de la grande danse stellaire,
Où tournent Hercule, Vierge et Gémeaux.

J’ai vu les perles d’astres et les nébuleuses,
Et de Rimbaud les longs figements violets,
J’ai contemplé les planètes fabuleuses,
Les étoiles filantes, les feux-follets.

Et j’ai vu les lueurs pourpres, les azurs verts,
Les bleuités célestes, les archipels sidéraux,
Que peignait Rimbaud en ses célèbres vers,
Poussières enflammées de rêves astraux.


Image d’en-tête : la nébuleuse d’Orion photographiée par Hubble (Nasa/Wikipédia)

Langueur de l’été

L’été au Cros-de-Cagnes (photo personnelle)

L’après-midi s’étire… Sous les mûriers immobiles, autour d’une petite table circulaire, on savoure la fraîcheur d’une légère brise. On regarde courir les enfants sur la plage, en suivant nonchalamment les va-et-vient d’une balle en plastique dans le ciel. On considère l’alignement multicolore des serviettes sur les galets, derrière les grands parasols jaunes et blancs. On écoute d’une oreille distraite les conversations paisibles, les clameurs joyeuses, les cris enjoués.  Aux terrasses, on sirote une limonade en contemplant les passants qui défilent devant la mer. Les amoureux se promènent, main dans la main, en partageant une glace à l’italienne. Au loin, les voiles blanches des bateaux se détachent devant un ciel absolument limpide, parfois zébré par le passage fulgurant d’une mouette qui s’en va se dissimuler derrière la façade ocre de l’église Saint-Pierre. L’après-midi s’étire… Voici enfin venu l’été.

(Gabriel Grossi, 1er juillet 2018, texte et photos personnels)

 

Pourquoi j’aime écrire

Je me souviens d’un soir d’hiver, dans la maison de montagne de mes grands-parents. Mon père, assis à la longue table de la salle à manger, avait devant lui un cahier de dessin grand format, à couverture rouge. J’étais assis à côté de lui, et, ensemble, nous inventions l’histoire extraordinaire de deux petites souris partant à la découverte de mondes souterrains insolites. Mon père dessinait les personnages étranges et les lieux mystérieux rencontrés par les deux héroïnes. D’autres jours, il représentait sous forme de bande dessinée les aventures temporelles du professeur Fireball, en me laissant le soin de terminer l’histoire. Je devais avoir entre cinq ans.

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Quand les rumeurs du jour se sont assagies

Texte personnel

Quand les rumeurs du jour se sont assagies, que se sont tues les clameurs des hommes, quand les derniers rayons se sont éteints, que les flots du jour sont taris, à l’heure tardive des grillons et des lucioles, rien ne bouge. Assis face à la nuit, avant les grands songes du sommeil, nous respirons. À la lune qui s’élève, nous adressons un sourire. Nous respectons l’immobilité des premières étoiles, dans le ciel encore clair et teinté des rougeurs du couchant. Nous nous enveloppons lentement de nos lourdes couvertures, cessant tout mouvement, dénouant le cours de nos pensées. Nous nous baignons dans le silence comme en une mer. Allongés sur le dos, nous devenons cette vastitude même de la mer, dans le dénuement d’un abandon. Peu importent alors les murmures qui nous parviennent encore, les vrombissements lointains ne sont plus que de discrets rappels de ce monde qui nous entoure et continue de tourner comme il doit le faire. Nous consentons à ce que tout ne soit pas parfait, à ce que tout ne possède pas l’équilibre sphérique des grands astres, à ce que tout ne soit encore pleinement serein. Voici cependant que peu à peu, à mesure que le souffle ralentit, la paix s’installe.

Gabriel Grossi,
mercredi 23 mai 2018.

L’été — Texte personnel

Dans mon souvenir, le sol est dallé d’octogones rouges, ces carreaux qui semblent en terre cuite, sur lesquels le soleil de midi imprime la chaleur de la Provence. Dehors, la lumière est forte. Les oiseaux se taisent. Rien ne bouge, pas même les feuilles des arbres. Mes pieds nus sont au frais. Les volets sont entrebâillés. Presque fermés. La journée est à son apogée, et pourtant c’est une heure de sommeil. Dedans, il fait presque sombre. L’idée de sieste se répand à l’intérieur des choses, des objets, et jusqu’au chant des cigales. Personne avec qui jouer quand tout le monde somnole. Peut-être une grand-mère dans une hypothétique chaise à bascule ou une balancelle. Elle regarde le lézard se pâmer sur le volet vert. Elle voit la vigne pousser sur la tonnelle. Elle sent le sol se craqueler. Il fait presque frais, lorsque, les pieds nus sur le carrelage de pierre, on contemple la chaleur de ce temps mort au milieu de l’été.

Gabriel Grossi, jeudi 29 novembre 2007.
Revu le 5 mai 2018.

L’aube au chalet – Texte personnel

Six pulsations résonnèrent sans raison dans l’air figé de la nuit. Elles semblaient provenir d’un endroit si lointain et demeuraient pourtant si audibles, si cristallines. Six coups de heurtoir, de cloche, de carillon derrière lequel trottait l’imper­cep­tible cliquetis de la continuité… L’alliance nocturne des horloges et du clocher.

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Change de regard : ce que tu prenais pour poussière et cendre
est un brillant, inaltérable et lumineux flocon de neige.

Gabriel Grossi, texte personnel, vers 2011.