Archives pour la catégorie Poésie

J’ai reçu le nouveau numéro de la revue Florilège (n°188)

C’est une femme-oiseau composée par Catrin Welz-Stein, dans un style qui peut faire penser à Moreau ou Mossa, qui orne la couverture de ce nouveau numéro de la revue Florilège. L’intérieur est tout aussi séduisant que la couverture, avec notamment un hommage de France Brel à son père, une présentation d’une anthologie ukrainienne… Et, comme toujours, un beau cahier de notes de lecture, et rien moins que quatre-vingt-six poètes publiés. Merci beaucoup à Stephen Blanchard et à son association des « poètes de l’amitié » pour cette publication qui existe depuis 1974 !

Comment découvrir de nouveaux poètes ?

Je l’ai maintes fois répété dans les colonnes de ce blog : la poésie contemporaine est tout aussi active que discrète. Si elle demeure hors des projecteurs médiatiques, elle prolifère cependant dans l’ombre. Ce sont des centaines de recueils qu’on publie chaque année. Dès lors, impossible de tout lire. Comment faire alors son choix ?

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Sylvestre Clancier à l’honneur dans Nu(e)

Un nouveau numéro de la revue Nu(e) est paru lundi dernier. Cette revue de poésie, créée par Béatrice Bonhomme et Hervé Bosio en 1994, est passée au format numérique depuis quelque temps. Désormais hébergée par Poezibao, elle propose des poèmes, des entretiens, des études critiques et des contrepoints plastiques. Chaque numéro est consacré à un poète. Sylvestre Clancier est à l’honneur de ce tout récent numéro.

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Sérénité de la mer

C’est une aube encore grise par-delà la digue de rochers. Sous nos fenêtres, la mer, parfaitement lisse, s’étend au-delà du bruyant ballet des voitures. Elle étale son rideau argenté, que seul vient perturber le vol lointain d’une mouette. Elle n’a cure de nos soucis, de nos retards, de nos pas pressés, de nos bousculades et de nos cris. Elle n’entend pas le vrombissement de nos motos et nos coups de klaxon. Elle ignore nos petites inquiétudes et nos tracas, nos désespoirs et nos jérémiades, nos colères et nos jalousies. Face à la ville qui déjà s’agite, elle demeure impassible, nous offrant gratuitement sa leçon de sérénité. Tout au plus consent-elle parfois à refléter nos phares, nos réverbères et nos feux : cela ne l’affecte guère. Elle qui dialogue avec l’infini fait peu de cas de nos minuscules lumières. Malgré ce que peuvent laisser croire son écume, ses vagues et ses tempêtes, elle n’est pas d’humeur à s’emporter, si ce n’est en surface. Son pardon est aussi prompt que sa fureur. Ses ondulations ne sont pour elle que des rides superficielles. Elle peut paraître impassible, et pourtant elle est prête à accueillir, comme en son sein, le corps et l’âme du baigneur.

« L’arbre » de Jacques Charpentreau

En ces temps de rentrée, j’ai repensé à ce poème que ma maîtresse de CE2 m’avait donné à apprendre, il y a à peu près trente ans. Je me souviens surtout du moment où je l’ai appris : c’était sur la plage, et ma mère cherchait des moyens mnémotechniques pour me faire mémoriser le poème entre deux baignades. Nous regardions côté rue, avec ses voitures, ses camions, et ses murs chargés de publicités. Voici le texte de ce poème, glané sur le site d’une classe de l’académie de Grenoble.

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« J’aime la chauve-souris et le crapaud »

J’ai retrouvé dans mon vieux disque dur un poème écrit en classe de troisième. Celui-ci, pour le coup, faisait partie des travaux de la classe. Nous avions étudié des poèmes de Victor Hugo où le poète faisait l’éloge d’animaux ordinairement détestés, et nous devions en produire à notre tour. Voici, donc, mon petit pastiche de Victor Hugo, écrit à l’âge de 13 ans.

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À la piscine, en avril

L’eau froide enveloppe notre corps. Elle serre, elle sangle. En même temps les rayons brûlent. Sensation paradoxale. Ne pas rester très longtemps, juste quelques brasses dans la pureté exacte. Prendre soin de l’horizontalité parfaite de la surface, atténuer toute irisation. Entrer d’un coup. Et tandis que nous ne respirons plus pendant une minute, nous nous laissons porter. Le monde n’a plus de directions, tout au plus quelques régions plus claires que d’autres. Sortir de l’eau comme nous y étions entré, sans remous, comme si l’on voulait que les perles ruisselantes sur le dos construisent un long manteau qui s’en irait rejoindre l’immensité liquide, comme si l’on voulait donner l’impression que la surface sécrète notre corps, comme un précipité, et que nous émergions dans le monde comme une excroissance de l’eau, comme un premier enfant vomi par la mer avec le devoir de conquérir la terre, comme si nous étions nous-mêmes une gerbe d’écume projetée au loin. Une langue d’eau relie encore notre corps émergé et la surface, cette enveloppe devient une immense traîne transparente et fragile, puis s’amincit chaque seconde jusqu’à finalement, fatalement, rompre, rejoignant alors la surface qui se creuse un instant, puis, ayant accueilli la goutte, se soulève en ce point précis, comme pour la renvoyer à nouveau vers le ciel, mais elle rejoint vite sa place et l’équilibre se rétablit. Nous conservons sur notre peau un peu de cette matière qui lentement s’égoutte.

Gabriel Grossi, mercredi 2 avril 2008

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La poésie au CP

Dans l’une des classes dont j’aurai la charge l’an prochain, je vais enseigner la poésie. Un domaine qui me passionne, comme vous le savez. Or, enseigner la poésie à des élèves qui ne savent pas encore lire, mais sans bénéficier des possibilités dont dispose l’école maternelle, cela demande des aménagements par rapport à ce que j’ai l’habitude de faire…

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Daemoni furor

Poème de jeunesse

Qu’encerclent ces démons réunis en conclave,
Hagards, éberlués, abasourdis, déments,
Comme attirés par un immense puits de lave,
Attisés par la braise et leurs cris véhéments ?

Que sont-ils, que veulent-ils, pourquoi hurlent-ils
Sinon pour éveiller quelque antique colère
D’un dieu oublié à visage de reptile,
Quêtant de monstres les indicibles salaires ?

De leur glaise putride ces grands insensés
Amassent des monceaux et des blocs titanesques.
Croient-ils vraiment par leur mérite être encensés ?

Déjà la terre gronde et l’océan chancelle
Écrasant de leur force ces êtres grotesques
Enfermés pour mille ans dans un cloître éternel.

Gabriel Grossi, dimanche 1er juin 2008.

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Texte personnel (sans titre)

Ils attendent et leur patience est méritoire. Ils tournent leurs regards vers cela qu’ils ne parviennent pas à nommer. Ils s’en détournent néces­sai­rement, tôt ou tard, afin d’occuper leur existence. Engoncés dans des chaires hautes et profon­des, ils professent d’un ton doctoral des affirmations que pas même leurs maîtres n’admettraient comme certi­tudes. Du haut de leur roideur et de leurs rhumatismes, ils vénèrent quelques bibelots inutiles et mesurent la vérité de la justice à l’aune de la longueur de leurs moustaches entortillées. Ils attri­buent la plus grande importance aux règles édictées par un fou. On ne saurait pourtant leur en vouloir, car ils ne font que remplir de travail leur attente du jour où tout devrait être juste et clair et beau.

Gabriel Grossi, jeudi 14 février 2008.
Image d’en-tête : Pexels.

Poème exhumé : à vous de voter

En ce moment, je trie mes anciens poèmes et j’en écris de nouveaux, dans l’espoir de former un recueil qui tienne la route. Celui qui va suivre ne me satisfait que partiellement. J’en aime l’intention, la simplicité, la candeur. J’avais envie de montrer qu’on n’a pas besoin d’être « tourmenté » pour écrire un bon poème. Malgré tout, je le trouve un peu simpliste et fade.

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Que mon poème ne soit que cela

Je vous propose aujourd’hui un poème inédit, composé aujourd’hui même, qui aura vocation à se retrouver dans la première section de Concordance. Parfois, on écrit un poème qu’on n’aurait peut-être pas écrit avant de songer à la mise en forme d’un recueil. Il est là, en quelque sorte, pour combler un vide dans l’architecture qui se met en place. Pour autant, ce n’est pas un simple « bouche-trou ». Il correspond à cet élan d’espoir que j’ai voulu placer dans la première section du recueil.

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La supplique d’Emmanuel Godo

Être ému, presque jusqu’aux larmes, par un poème, est un délice assez rare. Cela m’est arrivé, ces derniers temps, en écoutant, dans l’église d’Aiglun, le poète Emmanuel Godo lire sa « Supplique pour mourir dans un merci », un poème extrait de Je n’ai jamais voyagé (Gallimard, 2018). Lorsque cela arrive, il importe de relire, par la suite, le poème, avec attention, à tête reposée, et de chercher à rendre compte de cette émotion. Je vous propose donc aujourd’hui un modeste commentaire de ce poème.

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Bonheur de la famille réunie

C’est une longue table à l’ombre du grand pin. Les couverts déjà dressés annoncent la joie des retrouvailles. On a pensé à sortir quelques jouets pour la petite fille. La voici qui sort tranquillement chaque objet, l’un après l’autre, sous le regard attendri de l’arrière-grand-mère dans sa chaise longue. On s’installe, on discute, on savoure quelques plats. Simplicité de l’instant, dans la transparence des cœurs. Un mouvement attire le regard : c’est un lapin qui passe en quelques bonds farouches. Le bonheur aujourd’hui a la forme d’un jardin.

Gabriel Grossi

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Grasse s’est enslamée ce soir !

C’était ce vendredi 5 août, à 20 heures, au cœur de la capitale des parfums. La ville avait d’ailleurs, ce jour-là, célébré la fête du jasmin. Mais si je me suis rendu à Grasse, ce soir-là, c’était pour participer à une scène ouverte de poésie. En plein centre historique, dans un dédale de ruelles décorées d’ombrelles roses suspendues, se trouve « L’Arrosoir ». C’est dans ce restaurant que Michel Saint Dragon organise, le premier vendredi de chaque mois, une scène slam.

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Lumineux Emmanuel Godo

Emmanuel Godo, poète, professeur de lettres en classes préparatoires au lycée Henri IV, était invité, dimanche 31 août, à présenter son univers poétique, au village d’Aiglun, sur l’invitation de Patrick Quillier, lui-même poète, professeur émérite et membre du conseil municipal. Nous avons assisté à un très beau moment de poésie, marqué par l’aisance lumineuse et sincère d’Emmanuel Godo.

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