Yves Bonnefoy

Je viens d’apprendre le décès, survenu aujourd’hui, vendredi 1er juillet, d’Yves Bonnefoy, à l’âge de quatre-vingt-treize ans. Ce grand poète, traducteur, essayiste était mondialement connu. Il a incontestablement influencé plusieurs générations de poètes. Cette année même, son recueil le plus célèbre, Du mouvement et de l’immobilité de Douve, a connu une forme de consécration en étant placé au programme de l’agrégation de Lettres modernes.

Le dépassement du surréalisme

Comme Philippe Jaccottet ou encore André du Bouchet, Yves Bonnefoy appartient à cette génération d’après guerre qui s’écarte des voies surréalistes pour privilégier avant tout la sincérité et la justesse de la parole poétique. Il s’agit désormais moins de multiplier les images insolites que d’étreindre le réel (comme dirait Rimbaud). Cette quête d’authenticité s’incarne dans la notion, chère au poète, de « vrai lieu ».

L’influence sur les générations postérieures

Plutôt que de décrire par le menu son itinéraire poétique (je vous renvoie, pour commencer, à sa fiche Wikipédia, que vous compléterez avec profit par cette Introduction de Jean-Michel Maulpoix), je me permettrais d’insister sur l’importance de la figure d’Yves Bonnefoy dans le paysage poétique contemporain.

Si vous demandez à un poète d’aujourd’hui quelles sont ses influences, il y a fort à parier qu’il commencera d’abord par évoquer de grandes figures historiques comme Baudelaire, Rimbaud, Verlaine, Mallarmé, Villon, Ponge, Lamartine… Mais si vous lui demandez, parmi les poètes contemporains, lequel est le plus grand, je ne doute pas que le nom de Bonnefoy revienne fréquemment.

Poète, traducteur, essayiste, penseur, Yves Bonnefoy a produit une œuvre d’envergure, traduite dans trois dizaines de langues, si bien qu’il est impossible de se tromper en affirmant que la postérité se souviendra de lui.

Un poème sur la neige

Impossible de conclure cet article sans donner à lire un poème d’Yves Bonnefoy. Et c’est tout naturellement vers le recueil Début et fin de la neige que je me tourne, qui est l’un de ses ouvrages que je préfère.

« L’été encore

J’avance dans la neige, j’ai fermé
Les yeux, mais la lumière sait franchir
Les paupières poreuses, et je perçois
Que dans mes mots c’est encore la neige
Qui tourbillonne, se resserre, se déchire.

Neige,
Lettre que l’on retrouve et que l’on déplie,
Et l’encre en a blanchi et dans les signes
La gaucherie de l’esprit est visible
Qui ne sait qu’en enchevêtrer les ombres claires.

Et on essaye de lire, on ne comprend pas
Qui s’intéresse à nous dans la mémoire,
Sinon que c’est l’été encore ; et que l’on voit
Sous les flocons les feuilles, et la chaleur
Monter du sol absent comme une brume. »

Yves Bonnefoy, Début et fin de la neige (1991),
dans Ce qui fut sans lumière, suivi de Début et fin de la neige,
Paris, Gallimard, coll. « Poésie », 2007, p. 119.

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