« Magnitudo parvi » de Victor Hugo

Durant toute ma scolarité, secondaire comme supérieure, je n’ai que très rarement eu affaire à Victor Hugo, lequel est donc un poète que j’ai largement découvert par moi-même. Aujourd’hui, je voudrais vous présenter un très long poème des Contemplations, intitulé « Magnitudo parvi ».

Lire Hugo aujourd’hui

Le poète, dramaturge et romancier Victor Hugo

Je crois qu’il y a un « mythe Hugo » qui fait peut-être un peu écran à sa poésie: on s’imagine volontiers le poète, debout face à l’orage au sommet d’une falaise de Guernesey, le front haut, le regard pensif… Du reste, Hugo n’est sans doute pas pour rien dans la construction de ce mythe : Ann Jefferson rappelle ainsi que le poète aimait à se faire photographier dans des poses méditatives, créant en quelque sorte lui-même son « image médiatique ». Or, sa poésie ne se limite pas à cela… Aussi faut-il peut-être dépasser « l’ego de Hugo ».

Sans doute Victor Hugo est-il un écrivain impressionnant. Il n’est presque pas exagéré de dire qu’il a tout à la fois révolutionné le roman, le théâtre et la poésie. Cette grandeur peut faire oublier que le poète produisit aussi des textes bien moins grandiloquents et boursouflés qu’on ne se l’imagine parfois : j’en ai déjà commenté plusieurs sur ce blog, notamment dans un article intitulé « L’autre Victor Hugo », où je présentais des poèmes plus légers du grand poète.

Bref, il est peut-être nécessaire de dépasser certains a priori envers une œuvre que l’on aurait tendance à percevoir comme trop monumentale, trop imposante pour oser s’y risquer. Peut-être faut-il dédramatiser Hugo, essayer de le rendre plus accessible, de le rapprocher un peu de nous, de le faire descendre un peu de son piédestal, afin de se rendre davantage disponible à l’évidente beauté de sa poésie.

De fait, le poème que je m’apprête à commenter aujourd’hui est très imposant. Je l’ai lu à partir de l’édition en ligne fournie par Wikisource, mais, lorsqu’on copie-colle le poème dans un traitement de texte, on se rend compte qu’il occupe 21 pages de format A4. Nous avons, je crois, perdu l’habitude de lire des poèmes si longs, pour plusieurs raisons :

  • Même s’il persiste jusqu’à nos jours et continue de produire des œuvres considérables, le genre épique est malgré tout délaissé par la majorité des poètes. Notre modernité affectionne au contraire les formes courtes, voire très brèves, comme en témoigne par exemple la vogue du haïku.
  • Une autre raison, plus triviale, me semble être l’impossibilité matérielle de faire étudier des poèmes longs en classe. Or, le système scolaire reste, pour la majorité des lecteurs, la principale, voire l’unique occasion de rencontre avec la poésie. Les lecteurs de poésie sont donc davantage habitués à la lecture de textes courts.

D’ailleurs, le verbe haut de Victor Hugo eut ses détracteurs. Par exemples, Jules Barbey d’Aurevilly se fait un plaisir, dans Les Œuvres et les Hommes (1862), de railler le style de Victor Hugo, qu’il juge ampoulé, pour ne pas dire amphigourique. C’est que d’Aurevilly écrivait dans une époque qui n’était déjà plus celle des exaltations romantiques du début du siècle… Aussi ne se prive-t-il pas de définir « Magnitudo parvi » comme « la plus belle amplification du vide à coup de dictionnaire de rimes ». Nous allons essayer de lui donner tort…

« Magnitudo parvi »

Pour ne pas simplifier les choses, ce très long poème a un titre en latin : « Magnitudo parvi » (prononcez : mag-ni-tou-do par-oui). Magnitudo, c’est la grandeur (on pense à des mots comme « magnitude », « magnanime », etc.). Et parvi, c’est le génitif de parvus, adjectif signifiant « petit ». La traduction littérale de ce titre est donc « Grandeur du petit ».

Ce titre oxymorique permet à Victor Hugo de montrer que les petites gens, les gens humbles, ont aussi une forme de grandeur. On sait qu’il aimait à prendre la défense des pauvres et des déshérités. Prenant le contre-pied des valeurs esthétiques établies, il se place volontiers du côté des crapauds, des araignées et des orties — êtres vivants généralement détestés pour leur laideur ou leur toxicité.

Choisir un titre en latin n’est généralement pas anodin. C’est, souvent, le signe d’un emprunt à quelque autorité antique. J’ai essayé, sans succès, de voir où ce syntagme aurait pu avoir été emprunté : je n’ai trouvé qu’un extrait d’article (il eût fallu payer pour le lire en entier) qui fasse vaguement référence à Pascal. J’ai donc posé la question sur les réseaux sociaux.

Le penseur et savant Blaise Pascal (Wikipédia)

On m’a alors rappelé la célèbre citation pascalienne : « C’est être grand que de se connaître misérable ». Autrement dit, la véritable grandeur se situe moins chez celui qui se déclare grand que chez celui qui a pris la mesure de notre petitesse. On m’a précisé : « Dans la formule de Hugo, il y a l’idée que la grandeur mondaine (ou séculière) ne recouvre que vide. La vraie grandeur se cache sous l’apparence de l’humilité, de la pauvreté« .

On m’a également rappelé la non moins célèbre expression évangélique : « Les derniers seront les premiers ». Celle-ci justifie en quelque sorte les injustices de notre monde en affirmant un au-delà dans lequel elles seront compensées. Ceux qui ont souffert, ceux qui ont connu les situations les plus injustes, seront ceux qui seront les plus récompensés par la justice divine.

On m’a enfin cité une édition critique, laquelle permet d’affirmer que ce titre ne constitue pas une citation. Il y a toute une série de titres en latin dans la section « Aujourd’hui ».

Les grands mouvements du poème

Impossible de citer l’intégralité des vingt-et-une pages du poème ici. Je précise toutefois que vous les trouverez aisément sur Wikisource. Impossible, également, de les commenter aussi finement qu’on le ferait avec un sonnet, sans quoi il faudrait bien plus qu’un article de blog. Je me propose donc simplement d’indiquer les grands mouvements du poème, dans ce qui ne sera souvent certes qu’une vague paraphrase, laquelle me semble cependant bien utile pour se repérer dans un poème si long.

1. Regarder la nuit avec sa fille

La contemplation du ciel (Pixabay)

La première partie du poème se compose de sept sizains. Chacune des strophes peut se lire comme la succession de deux tercets où un hexasyllabe suit deux alexandrins. Les distiques d’alexandrins riment entre eux, de même que les hexasyllabes situés aux troisième et sixième vers.

Cette forme à la fois ample et souple permet au poète de planter le décor. Il se représente lui-même, face à la mer, au moment où le crépuscule du soir devient une nuit nuageuse :

« La pâle nuit levait son front dans les nuées ;
Les choses s’effaçaient, blêmes, diminuées,
Sans forme et sans couleur ;
Quand il monte de l’ombre, il tombe de la cendre
On sentait à la fois la tristesse descendre
Et monter la douleur. »

Il est accompagné de sa fille, qui pose, au discours direct, une question à laquelle le père répond immédiatement : quelles sont les deux lumières jumelles que l’on aperçoit ? Il s’agit, d’une part, d’un feu de berger, et, d’autre part, d’une étoile dans le ciel.

2. Penser l’impensable : l’immensité de l’espace et l’existence d’autres mondes

La deuxième partie est beaucoup plus longue, puisqu’elle est elle-même subdivisée en sous-parties séparées par des astérisques. On compte six subdivisions.

Une éruption solaire (Wikipédia)

De ces deux véritables « mondes » que représentent pour le poète ces deux lumières, Victor Hugo commence par parler de celle qui est dans le ciel. Le poète manifeste le souhait de pouvoir atteindre cette étoile inaccessible, en suggérant la distance incommensurable qui la sépare du plancher terrestre. Ce tout petit point dans le ciel apparaîtrait alors pour ce qu’il est réellement, un astre énorme, un « monstre de rayons ». Nous, petits humains, ne pouvons pas même imaginer ce « grand soleil ignoré », dont nous ne pourrions approcher sans voir fondre nos chairs pareilles à de la « cire vivante ».

*

La deuxième subdivision voit se poursuivre la rêverie sur cet astre lointain. La description se fait plus précise en évoquant les gigantesques masses de matière, les forces prodigieuses en jeu, les « jets de souffre ». À grand renfort de phrases exclamatives, le poète souligne la démesure impensable d’un tel spectacle. Hugo évoque la rotation d’autres mondes autour de cette étoile gigantesque, pressentant ainsi ce que les astronomes mettront bien du temps à confirmer : autour de la plupart des étoiles gravitent des planètes. Or, rien n’indique que ces autres mondes soient soumis aux mêmes lois que le nôtre : aussi Hugo laisse-t-il son imagination concevoir, mieux sans doute que bien des auteurs de science-fiction, un monde radicalement différent.

« Ce qu’on prend pour un mont est une hydre ; ces arbres
Sont des bêtes ; ces rocs hurlent avec fureur ;
Le feu chante ; le sang coule aux veines des marbres. »

Il faut souligner ici la force de l’imagination de Hugo, qui, en quelques vers, plante un décor insolite, — j’allais dire surréaliste, et au fond, même s’il s’agit d’un grossier anachronisme, il y a un peu de cela : la magie du verbe permet de donner naissance, dans un mouvement quasiment démiurgique, à un univers inconnu, régi par des lois différentes, où les choses ne sont pas telles qu’on croit les reconnaître.

Et c’est alors que le poète pense les habitants de ces autres mondes, ce qui, à cette époque, se faisait fort peu : il y eut certes L’entretien sur la pluralité des mondes de Fontenelle, les États et Empires de la Lune de Cyrano de Bergerac, ou encore Micromégas de Voltaire, mais, à l’époque de Hugo, il n’était pas aussi banal qu’aujourd’hui d’évoquer l’existence d’habitants d’autres planètes. Je me permets de citer un peu longuement ce passage, parce qu’il est tout simplement sublime :

« Et si nous pouvions voir les hommes,
Les ébauches, les embryons,
Qui sont là ce qu’ailleurs nous sommes,
Comme, eux et nous, nous frémirions !
Rencontre inexprimable et sombre !
Nous nous regarderions dans l’ombre
De monstre à monstre, fils du nombre
Et du temps qui s’évanouit ;
Et, si nos langages funèbres
Pouvaient échanger leurs algèbres,
Nous dirions : Qu’êtes-vous, ténèbres ?
Ils diraient : D’où venez-vous, nuit ? »

Vision artistique d’un monde extraterrestre (Pixabay)

Les phrases exclamatives marquent ce qu’une telle rencontre aurait d’exceptionnel et d’inouï. L’échange des regards « de monstre à monstre » souligne l’altérité radicale face à laquelle une telle rencontre nous placerait. Victor Hugo va jusqu’à imaginer le dialogue qui s’ensuivrait : on ne peut qu’admirer la force née de la brièveté des questions, de leur parallélisme de construction, et des apostrophes, si originales et pourtant si justement trouvées.

*

La troisième subdivision se fait plus philosophique : que sont ces êtres venus d’ailleurs ? Et cette question implique la suivante : qui sommes-nous, nous-mêmes, humains ? Cela conduit à considérer la fragilité de l’existence humaine et son caractère éphémère :

« Tous ces êtres, comme nous-même,
S’en vont en pâles tourbillons ;
La création mêle et sème
Leur cendre à de nouveaux sillons »

On peut penser, en lisant ces vers, au clinamen épicurien comme aussi à la fameuse citation biblique, issue de la Genèse : « Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière ». Victor Hugo essaie de nous faire éprouver cette vertigineuse considération : rien n’est éternel, nous ne sommes rien, et les étoiles, elles aussi, meurent. D’où ce sublime parallélisme :

« L’étoile voit neiger les âmes dans la tombe,
L’âme verra neiger les astres dans les cieux ! »

*

Vision artistique de Saturne (Pixabay)

Combien d’effets spéciaux de cinéma faudrait-il pour parvenir à mettre en images ce dont nous parle Hugo ? Le voici désormais qui imagine un voyage intersidéral parmi les planètes, à une vitesse folle qui permettrait de les voir comme des points qui s’agrandissent progressivement. Il est une figure de style qui caractérise l’ensemble du poème, mais qui est particulièrement à l’œuvre ici, et c’est l’hypotypose, à savoir la capacité à rendre vivantes des descriptions. Mieux que George Lucas dans Star Wars, Victor Hugo parvient représenter le passage d’une planète qui s’approche à toute vitesse puis s’éloigne.

« C’est elle ! éclair ! voilà sa livide surface
Avec tous les frissons de ses océans verts !
Elle apparaît, s’en va, décroît, pâlit, s’efface,
Et rentre, atome obscur, aux cieux d’ombres couverts »

Saturne, comètes, cataclysmes planétaires, rien n’échappe à la vision pénétrante de Victor Hugo, à une époque qui ne disposait pourtant pas des images de Hubble. La cinquième subdivision évoque encore les soleils, les gouffres interplanétaires, en posant l’inévitable question du créateur de ces mondes nombreux. Inévitable, parce que, dès lors qu’on se trouve placé face au sublime, à ce qui nous dépasse, on ne peut faire autrement que de s’interroger sur l’origine de la création. Pour Victor Hugo, le Créateur lui-même demeure invisible, et nous n’en voyons que les masques que sont les différents Soleils. Il est l’Inconnu qui ne se montre qu’en se cachant, et auxquels les hommes, qui n’en ont jamais vu que des facettes, donnent de multiples noms. Mais, prophétise Hugo, un jour le Créateur se montrera tel qu’il est :

« Et les peuples ont vu passer dans les ténèbres
Ces spectres de la nuit que nul ne pénétra ;
Et flamines, santons, brahmanes, mages, guèbres,
Ont crié : Jupiter ! Allah ! Vishnou ! Mithra !
Un jour, dans les lieux bas, sur les hauteurs suprêmes,
Tous ces masques hagards s’effaceront d’eux-mêmes ;
Alors, la face immense et calme apparaîtra ! »

Une représentation artistique de la divinité (Pixabay)

3. Du macrocosme au microcosme : l’âme humaine

Conformément au plan annoncé, Victor Hugo, après avoir sondé les « profondeurs des espaces infinis » (pour paraphraser Pascal), nous entraîne désormais dans le « cœur d’un homme ». On passe ainsi du macrocosme au microcosme, avec bien sûr l’idée que, contrairement aux apparences, le deuxième objet considéré n’est pas nécessairement moins grand que le premier.

« Le Pâtre », tableau de Maréchal (Wikipédia)

Et ce cœur n’est pas celui de n’importe qui, mais celui d’un « pâtre », autrement dit d’un berger solitaire. Rien de plus banal qu’un berger, me direz-vous, surtout à l’époque de Hugo, où il y en avait bien plus qu’aujourd’hui. Certes, mais le poète en fait une figure exceptionnelle.

Voici en effet que ce pâtre est sacré par Dieu. Le poète insiste sur son apparence sauvage, sur son extrême pauvreté, comme s’il s’agissait là d’autant de signes de sainteté. Les apparences, on le sait, sont trompeuses, et l’on se souvient de l’adage biblique : « Les derniers seront les premiers ». Victor Hugo fait de ce berger un modèle de sagesse : il est fort éloigné de l’univers mondain et superficiel des villes, et son esprit ne connaît que des instants calmes et méditatifs.

« Nos luttes, nos chocs, nos désastres,
Il les ignore ; il ne veut rien
Que, la nuit, le regard des astres,
Le jour, le regard de son chien. »

Victor Hugo compare alors les pâtres aux prophètes. Pour lui, l’attitude du berger est celle qui permet d’accéder à une forme de sagesse qui le rend pleinement conscient de la réalité qui l’entoure :

« Il plonge au fond. Calme, il savoure
Le réel, le vrai, l’élément.
Toute la grandeur qui l’entoure
Le pénètre confusément. »

Un berger gardant ses moutons (Pixabay)

Il faudrait citer plus amplement ces vers magnifiques dans lesquels Victor Hugo décrit l’élévation de la pensée, la clarté d’esprit qui perce tous les voiles, la sérénité de l’âme qui accède à la lumière. L’éloge du pâtre fait apparaître bien vaine l’agitation stérile de « l’homme des villes » :

« Pendant que, nous, hommes des villes,
Nous croyons prendre un vaste essor
Lorsqu’entre en nos prunelles viles
Le spectre d’une étoile d’or ; »

Ce quatrain ne contient pas une phrase complète : celle-ci se prolonge sur plusieurs strophes. Aussi, s’il fallait commenter dans le détail ce passage, il faudrait prendre soin de suivre attentivement les mouvements de la phrase. La très longue phrase est consacrée à un blâme de « l’homme des villes », en somme trop attaché à des éléments superficiels, dont le fait même de contempler une étoile — qui était pourtant ce à quoi le poète s’est adonné pendant toute la première partie du poème. Par opposition, le berger ne tombe pas dans les mêmes travers :

« Lui, ce berger, ce passant frêle,
Ce pauvre gardeur de bétail
Que la cathédrale éternelle
Abrite sous son noir portail, »

Plusieurs strophes successives, qui commencent toutes par « Lui », amplifient l’éloge de ce berger, dont l’attitude est tellement simple et pure qu’elle lui permet de passer outre toutes les apparences et de voir Dieu lui-même.

« Et, dépassant la créature,
Montant toujours, toujours accru,
Il regarde tant la nature,
Que la nature a disparu ! »

Pour comprendre cet apparent paradoxe (qui n’en est pas un en réalité), il faut avoir à l’esprit la classique opposition entre le monde des apparences, celui qui se livre quotidiennement à nos sens, et la réalité profonde, qui s’aperçoit en dépassant les apparences, en percevant l’unité derrière la multiplicité des formes. C’est, en somme, le mythe de la caverne de Platon. Et, donc, à force de regarder la nature, on ne voit plus la nature au sens des divers objets de la création, mais bien la nature véritable, autrement dit Dieu lui-même.

C’est pourquoi Victor Hugo poursuit avec une longue énumération, faisant la liste de tous les objets particuliers que le pâtre cesse de percevoir de façon individuelle. Il faut ici souligner la répétition anaphorique du mot « ni ». Et cette énumération se termine ainsi :

« Ni les mondes, esquifs sans voiles,
Ni, dans le grand ciel sans milieu,
Toute cette cendre d’étoiles ;
Il voit l’astre unique ; il voit Dieu ! »

À côté d’une telle vision, tous nos doutes et toutes nos interrogations sont bien dérisoires. Les considérations des grands philosophes eux-mêmes sont d’une bien piètre valeur, en regard de cette connaissance suprême. C’est pourquoi Hugo multiplie les phrases interrogatives commençant par « Que lui fait […] ? » : questions oratoires, montrant que plus rien de ce qui préoccupe l’homme moyen n’a d’intérêt pour celui qui a vu Dieu.

« Il le voit, ce soleil unique,
Fécondant, travaillant, créant,
Par le rayon qu’il communique
Égalant l’atome au géant, »

Victor Hugo décrit alors ce rayon divin qui anime le monde, avant d’en revenir à l’image de l’auguste pâtre en majesté, éclairé par la lumière divine qui fait de lui comme une étoile. Mais ce berger reste très simple dans sa capacité à s’émerveiller des choses les plus humbles, telles que le passage d’un oiseau. Il n’est qu’amour, bénissant ceux qui l’entourent.

4. La morale de l’histoire

La fin du poème rappelle la situation d’énonciation évoquée au début : le poète s’adresse à sa fille, et, à la fin de ce long discours, il en tire la leçon. Les deux lueurs observées, celles du feu de pâtre et de l’étoile au ciel, se connaissent et se répondent.

« De chacun d’eux s’envole un rayon fraternel,
L’un plein d’humanité, l’autre rempli de ciel ;
Dieu les prend et joint leur lumière,
Et sa main, sous qui l’âme, aigle de flamme, éclôt,
Fait du rayon d’en bas et du rayon d’en haut
Les deux ailes de la prière. »

*

Bref, chaque fois que je lis Hugo, je suis toujours aussi émerveillé du génie de ce grand poète. Qu’il s’agisse de décrire l’immensité des espaces intersidéraux ou la simplicité sublime d’une âme pure, Hugo trouve toujours le mot juste. Je ne trouve pas, personnellement, que la grandiloquence de ces vers soit excessive : elle est simplement en accord avec la grandeur même du sujet traité. Nous avons, sans doute, perdu l’habitude de lire des poèmes si longs. Il faut aller au-delà de cet obstacle, car, outre celui-là, le poème n’est pas d’un abord particulièrement difficile. Il est peut-être même plus facile de commenter un poème tel que « Magnitudo parvi », où abondent les procédés et les figures de rhétorique, que des poèmes contemporains caractérisés par la nudité extrême du langage, et le refus systématique de tout enjolivement stylistique. Je ne peux donc que vous inviter à lire le poème intégral, en espérant que cet aperçu en aura été une porte d’entrée utile.

N’hésitez pas à laisser commentaires, questions, remarques, propositions de lectures, etc., histoire de prolonger la réflexion autour de ce poème magnifique.

Victor Hugo (Pixabay)

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Image d’en-tête : Pixabay.

Un commentaire sur « « Magnitudo parvi » de Victor Hugo »

  1. C’est intéressant. Nous avions peut-être étudié plus de Hugo à l’époque où j’étais au lycée (j’ai passé mon bac en 71). J’ai aussi remarqué au cours des dernières années que la prononciation du latin que j’avais apprise à l’époque était bien différente de ce que l’on enseigne aujourd’hui (des articles intéressants sur le net à propos de l’évolution de l’enseignement de cette prononciation).

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