Comment faire que les élèves comprennent ce qu’ils lisent ?

C’est l’une des préoccupations majeures de tout enseignant en littérature : faire en sorte que les élèves comprennent les textes et les œuvres qu’il se propose de leur faire découvrir. Évidemment, il existe des rayonnages entiers d’ouvrages sur le sujet, mais pas, en revanche, de solution miracle. On peut malgré tout fournir quelques repères…

Partir du plus simple

C’est une évidence qu’il n’est pas mauvais de rappeler : il convient de partir du plus simple et du plus explicite pour aller vers le plus complexe et le plus implicite. Je me souviens de mes formations d’enseignant qui parlaient de la lecture a minima, appellation, que l’on doit, si mes souvenirs sont bons, à Catherine Tauveron. En somme, il s’agit d’insister sur les éléments essentiels que sont les personnages, les lieux, éventuellement les objets, et la trame générale de l’intrigue.

Les tapis de conte

Comment s’y prend-on, en maternelle ? Bien souvent, les enseignants recourent à ce que l’on appelle un « tapis de conte ». En somme, les élèves fabriquent les décors permettant de représenter les différents lieux de l’histoire, en trois dimensions. Les enfants pourront alors jouer l’histoire à l’aide de figurines. Les personnages, les lieux et les étapes essentielles de l’histoire seront ainsi constamment rappelés à la mémoire des enfants.

Un tapis de conte (photo personnelle)

À quoi cela ressemble-t-il, concrètement ? Eh bien, voici un premier exemple, construit avec mes élèves et correspondant à la célèbre histoire de Pierre et le Loup. On peut voir la maison de Pierre et de son grand-père, le jardin, la haie, la forêt, la mare.

Tapis de conte (photo personnelle)

À partir de ce modèle, on peut imaginer des variations. Ainsi avais-je imaginé un tapis de conte démontable pour représenter l’album de L’oiseau d’or, de Thomas Bargain et Solenne Fonteneau. Les enfants devaient, à chaque utilisation du tapis de conte, positionner dans le bon ordre les différents lieux, tout autour de l’arbre central qui était à la fois le point de départ et d’arrivée du protagoniste.

Le conte des « Trois Petits Cochons » codé avec des gommettes (photo personnelle)

Une variante : avec de l’aide, les élèves codent l’histoire de manière abstraite en utilisant des gommettes. C’est en observant le travail d’une classe sur le Petit Chaperon Rouge, affiché à l’ESPE de Nice, que j’ai eu l’idée de proposer cet exercice à mes élèves, avec cette fois-ci pour support les Trois Petits Cochons.

Enfin, autre astuce fréquemment utilisée en maternelle, le passage par le corps. Il s’agit de mettre à profit certaines séances de sport pour faire mimer certaines scènes aux enfants. Cela permet de rendre immédiatement sensibles certaines situations plus difficiles à expliquer avec des mots.

Comment travailler la compréhension en élémentaire?

Un enfant qui écrit (Pixabay)

L’exercice de compréhension écrite le plus traditionnel en élémentaire est sans doute le fameux questionnaire. Il s’agit cependant d’un exercice complexe en ce qu’il exige non seulement les compétences de compréhension que l’on souhaite évaluer, mais également des qualités de rédaction. Aussi certains élèves risquent-ils d’obtenir des résultats médiocres alors même que leur compréhension de l’histoire n’est pas si mauvaise.

Il existe un certain nombre d’alternatives, parmi lesquelles :

  • Le dessin légendé. Il s’agit de demander aux élèves de dessiner toute l’histoire, ou bien tous les lieux, ou encore tous les personnages, et de leur demander éventuellement de légender leur production. On peut aussi leur distribuer un dessin déjà prêt qu’il suffit de légender : c’est ce que j’avais fait en CE1/CE2 avec le Cyclope de l’Odyssée, dans la mesure où les différentes parties de son corps étaient minutieusement décrites à l’aide d’un vocabulaire spécifique.
  • La remise en ordre des illustrations. Après avoir écouté une histoire sans avoir eu accès aux illustrations, les élèves doivent remettre les images dans le bon ordre afin de raconter à leur tour l’histoire. Plus difficile, la remise en ordre de blocs de texte implique une lecture fine des connecteurs logiques et des pronoms personnels.
  • La bande dessinée. On peut demander aux élèves de raconter l’histoire sous forme de bande dessinée. En fonction de l’âge des élèves, on pourra soit leur laisser carte blanche, soit leur demander simplement de remplir certaines bulles.
  • La carte de récit (ou « plan de récit »). C’est un peu l’équivalent du tapis de conte en version élémentaire. Sur du papier affiche, les élèves représentent les différentes étapes de l’histoire. Les productions des différents groupes sont ensuite comparées.
  • La cible des personnages. Je me suis également servi de cet outil pour aider les élèves à comprendre l’histoire d’Ulysse. Le personnage principal (en l’occurrence Ulysse, donc) est placé au centre de la cible. Puis, sur des cercles concentriques, on place les personnages du plus important (vers le centre) au moins important (vers l’extérieur). On peut éventuellement utiliser un jeu de couleurs pour distinguer les adjuvants et les opposants.

Et dans la suite du cursus scolaire ?

Homme portant un livre (Pixabay)

Il me semble que ces différentes activités destinées à favoriser la compréhension des textes écrits peuvent être adaptées pour des élèves plus grands, voire pour des étudiants du supérieur.

  • On peut très bien construire une carte de récit pour Yvain, le chevalier au lion, roman de Chrétien de Troyes souvent étudié au collège.
  • Il serait également intéressant de demander à des élèves de Première de dessiner l’ensemble des personnages de Lorenzaccio, de construire la cible des personnages de cette pièce, ou encore de réaliser un schéma représentant par des traits les différents liens entre les personnages. En effet, ce drame romantique présente une multitude de personnages dont il est essentiel de comprendre les liens.
  • Avec des étudiants du supérieur, rien n’interdit de recourir aux mêmes techniques. Je pense notamment au roman de Flaubert, L’éducation sentimentale, très difficile à résumer si l’on n’a pas en tête des jalons clairs. Il serait intéressant de demander aux étudiants d’établir la liste des lieux ainsi que celle des personnages du roman. Ces éléments fondamentaux sont parfois moins bien acquis que certaines connaissances plus abstraites de théorie littéraire. On pourrait alors retracer l’itinéraire de Frédéric, à Paris, à Nogent, aux courses hippiques, etc.
  • Certains romans présentent des actions simultanées. Dans Les Chouans de Balzac, on suit tour à tour l’armée républicaine, les rebelles Chouans, et l’héroïne Marie de Verneuil. Dans L’Espoir de Malraux, il n’y a pas de personnages principaux mais une galerie de figures qui, réunies, constituent un héros collectif. Passer par le schéma peut aider à structurer la mémorisation des grandes étapes de ces intrigues complexes.

Je pense ainsi qu’il est de bonne méthode d’insister sur ces éléments fondamentaux que sont les personnages, les lieux, les objets et les actions, depuis la maternelle jusqu’à l’agreg de lettres. Avec, bien entendu, des exigences différentes, cela va de soi…


Sources et prolongements

  • Pour écrire cet article, je me suis inspiré des formations que j’ai reçues dans le cadre du Master MEEF (Université de Nice). Un grand merci en particulier à Mme Nathalie Leblanc qui enseigne avec passion la didactique du français.
  • L’image d’en-tête provient de Pixabay.
  • On trouvera sur ce blog d’autres articles consacrés à la pédagogie et à l’éducation. En particulier :
    1. Comment faire écrire de la poésie à des enfants ?
    2. La philosophie à l’école
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6 réflexions au sujet de « Comment faire que les élèves comprennent ce qu’ils lisent ? »

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