Poésie sous la coupole gaudoise

C’était une soirée poétique insolite et très conviviale que celle d’hier soir, samedi 21 mars 2015, à « la Coupole », éco-musée et centre culturel de la Gaude, dans l’arrière-pays cagnois. Elle s’inscrivait dans le cadre de journées « Poët Poët », elles-mêmes placées sous le signe du « Printemps des poètes » et de son thème annuel, « l’insurrection poétique ».

L’annonce, telle qu’elle était imprimée sur un prospectus, ne permettait pas d’imaginer à quel point cette soirée allait être incroyablement riche en poésie et en émotions :

« Trans-action poétique ou L’action du lézard mangeant le feu dans un cri ridiculum etc.
Laissez-vous surprendre par une soirée insolite au Centre Culturel de la Coupole !

Savoureux mélange d’ateliers d’écriture collective, de poésie, de théâtre, de photographie, conférence clownesque, danse transe, musique, arts plastiques »…

Un décor féerique

Lorsque j’arrive à La Coupole, aux alentours de 19 h, le public a déjà commencé à s’approprier les espaces dans lesquels il était libre de déambuler. Le centre de la pièce principale, sous la coupole, de forme circulaire, est recouvert de sable, dans lequel sont plantés des bâtons de bois. Suspendues à la coupole, des méduses. Un escalier ceinture cet espace principal, permettant de multiples points de vue sur ce curieux bac à sable, dont on se doute bien qu’il sera un lieu de spectacles. Au plafond, on peut voir le ciel à travers la verrière de la coupole. Sur les murs, une exposition de photographies sur métal, sur lesquelles apparaît, chaque fois, un élément en relief, fabriqué en raku.

À l’étage, deux percussionnistes jouent d’instruments étranges, que j’avais déjà pu voir en vidéo sur Internet, mais que je n’avais jamais vus en vrai : le hang drum et le udu.

  • Le hang est un instrument à percussion qui ressemble à une sorte de soucoupe volante et qui produit des sons assez étonnants.
  • L’udu est une sorte de jarre avec un trou.
Joueurs de "hang"
Joueurs de « hang », Schnobby, Wikimedia Commons (libre de réutilisation)
Udu (Melligem, Wikimedia Commons, libre de réutilisation)
Udu (Melligem, Wikimedia Commons, libre de réutilisation)

 

 

 

 

 

 

 

 

Un spectacle où on commence par sortir…

Après l’allocution d’une représentante de la mairie, la photographe a présenté son exposition. Puis, à notre grande surprise, nous avons tous été invités à sortir ! Tout le monde s’est exécuté, curieux de savoir pour quelle raison.

À l’extérieur, du feu brûlait dans un grand tonneau. Il commençait à faire nuit. Le public s’est assemblé autour d’un conteur qui commence à réciter son texte.

Nous sommes alors répartis en trois groupes, qui assisteront de façon séparée, et dans un ordre différent, à trois spectacles/lectures/installations. Mais entre chacun de ces trois spectacles, les trois groupes se réunissent dans la pièce centrale pour assister à une autre représentation. On peut donc parler d’un total de six spectacles pour cette soirée.

Lecture musicale au milieu des insectes et des reptiles

On nous invite alors à descendre dans la pièce du bas. Celle où se trouvent des terrariums dans lesquels on peut voir des phasmes, des grillons, des blattes, des serpents, des cistudes, des tortues de terre

Au milieu des animaux, se trouvent un comédien et un musicien. Le premier est assis sur une chaise de bureau à roulettes, et nous tourne le dos. L’autre, face à nous, également assis, est entouré de plusieurs instruments de musique d’apparence traditionnelle. Sous ses pieds, un pédalier lui permet de s’enregistrer, de dupliquer des sons, d’y ajouter des effets. Il a joué de plusieurs instruments, et produit avec sa voix des sons incroyables. Sur cet accompagnement sonore, se détachent les mots du comédien. Il s’agit de poèmes inédits de Patti Smith. Je ne la connaissais pas ; selon Wikipédia, elle est considérée comme « la “marraine” du mouvement punk ».

Le texte chamanique de Serge Pey

Après un quart d’heure d’un spectacle insolite au milieu des insectes et des reptiles, nous sommes invités à rejoindre la pièce centrale où les trois groupes se réunissent. Serge Pey, poète dont j’ai parlé dans un précédent billet, déclame un texte intitulé « Mange le feu », présenté comme « un texte chamanique de la tradition des indiens huicholes du Mexique édité par la Maison de la poésie Rhône Alpes ». Il se tient debout derrière une petite table en bois, régulièrement frappée pour scander le texte.

Quand le spectateur est invité à improviser

Puis, les trois groupes se séparent à nouveau. Le mien pénètre dans une salle assez sombre. On nous invite à nous asseoir. Devant nous, une petite cabine. On nous y fait entrer à tour de rôle. Nous avons quinze secondes pour dire n’importe quoi dans le micro. Sans avoir pu réfléchir avant à quoi dire. Mais ceux qui attendent dehors n’entendent rien. On ne sait pas ce qu’ont dit les autres.

Ensuite, on nous fait asseoir sur un tapis jonché de coupures de journaux, de pages de magazines. Au mur, un tableau noir surmonté de cette inscription : « Insurrection poétique ». Nous aurons quelques secondes pour scotcher quelque chose sur le tableau. Sandrine, à côté de moi, a une idée : découper les lettres du mot « amour », en s’y mettant à plusieurs. Nous n’aurons pas eu le temps de scotcher toutes les lettres. Tout est très chronométré.

Puis on nous dirige vers un autre tapis, sur lequel se trouvent des cartons, des stylos et des bouts de papiers. Ces derniers comportent une amorce : « Je pense que… », « Je m’engage à… ». Nous comprenons qu’il faut écrire quelque chose, là encore de façon totalement improvisée, puisque nous n’avons que quelques secondes.

À la fin, une comédienne lit ces phrases les unes après les autres, en y mettant le ton. Étrangement, le résultat est bien plus « poétique » et convainquant que ce que l’on pourrait imaginer.

Récital poésie et violoncelle

 À nouveau réunis autour de l’espace central, nous assistons à un récital mêlant poésie et violoncelle. Une comédienne arpente l’espace tout autour du sable amassé au centre de la pièce, et récite, parle, hurle, et pousse soudain des sons que l’on dirait ceux d’une chanteuse d’opéra. Elle est accompagnée d’un violoncelliste, mais ce dernier tire de son instruments des sons qui n’ont rien de classique. Il termine en troquant son violoncelle contre une guitare électrique, qu’il ne manie pas moins bien. Sur le programme qui nous a été distribué, cette représentation, intitulée « La demoiselle et cætera », est décrite comme un « washing mashine de mots écrits par une plume indisciplinée, de mélodies abruptes et de mouvements qui naissent malgré eux ».

Danse et jeux de mots

À l’issue de ce spectacle, les trois groupes se séparent à nouveau. Nous montons à l’étage, où nous assistons à une représentation insolite. Un rétro-projecteur affiche des textes poétiques. Un comédien, tout de blanc vêtu, dos au public, récite ces textes. Il adopte une posture figée. Sa manière de lire ou de réciter évoque la folie. À ses côtés, une danseuse réalise des figures et des enchaînements. Ce sont ici surtout les textes qui m’ont séduit, car ils se prêtent à un double sens permanent : l’enchaînement des syllabes produit différentes significations selon les endroits où l’on coupe les mots. Un peu à la façon, si l’on veut, de ces vers célèbres :

« Gal, amant de la reine, alla, tour magnanime,
Galamment de l’arène à la tour Magne, à Nîmes. »

Une vidéo de cette performance existe sur YouTube, mais elle date d’une autre représentation :

 La « célébration du lézard »

Dernier spectacle de la soirée, dans l’espace central : la « célébration du lézard ». Ce sont des textes et des poèmes de Jim Morrison, récités par un comédien accompagné d’un musicien. Nous sommes invités à fermer les yeux. À la fin, le comédien tombe dans le sable.

Puis, soudain, nous entendons, mixées par-dessus la musique, quelques unes des phrases que chacun d’entre nous avait prononcées, à tour de rôle, dans le micro.

Pour finir, une « soupe » en commun

Et pour clôturer la soirée, participants et spectateurs se sont réunis autour de ce qui était présenté comme une « soupe », c’est-à-dire un apéritif où chacun a pu grignoter quelques parts de pizzas, pissaladières et autres quiches. Plus aucune frontière, dès lors, entre les artistes et le public.

*

On le voit, la programmation était particulièrement riche ! Le talent des organisateurs a été d’éviter le risque d’un ensemble trop décousu, et de faire de ces différents spectacles une sorte d’aventure commune. Tout s’enchaînait de façon parfaitement minutée et sans bousculade. L’espace d’une soirée, nous étions tous réunis dans le monde de la poésie…

(Image d’en-tête : l’espace central de la Coupole, recouvert de sable, depuis le premier étage.)

 

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