Archives pour la catégorie Texte personnel

Vous trouverez ici les poèmes et les textes dont je suis moi-même l’auteur, en espérant qu’ils trouveront votre agrément.

Enchères (texte personnel)

J’ai retrouvé parmi mes écrits ce texte descriptif qui ne m’a pas déplu. Pour la petite histoire, je l’avais écrit en novembre 2008, dans le cadre d’un atelier d’écriture. Le thème lancé au groupe était celui des enchères.

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Village (texte personnel)

C’est une ruelle étroite, un volet peint sur fond de pierre sèche, une plante grasse qui résiste dans l’interstice. Ici, les aspérités retiennent le regard. En cet endroit, le temps trouve à se loger, sur un banc ombragé, une lucarne oubliée, dans le chant des cigales. Rien, ou presque, ne bouge, et l’on voudrait faire sienne l’immobilité des lourdes pierres, s’approprier un peu de leur sage tranquillité. On prend, dans les rues, le temps de serpenter comme en un labyrinthe secret. Chaque angle de rue découvre un recoin paisible, jardin perdu au milieu de la pierre, inattendus signes d’un passé qui n’est plus, heurtoir sculpté, porte gravée, cadran solaire, vieux lavoir, fontaine oubliée. Ici, l’on s’isole de l’agitation du monde, l’on s’extrait des rumeurs du jour, dans l’ombre propice des ruelles. Voici soudain qu’au détour de l’une d’entre elles, un large panorama s’ouvre, surplombant le vide, laissant enfin jaillir la lumière du jour. Le monde minéral retrouve ici l’air, la rivière, le chant des oiseaux et la présence sereine des arbres.

Gabriel Grossi, mars-avril 2020.

Mondes de joie – Texte personnel

Monde de silence     Monde de paix     Monde de courage     Monde de cœur     Monde de sérénité Monde de joie. La joie d’être allongés sur le sol dans l’herbe, la nuit des étoiles filantes et des spirales comme un nuage de lait. La joie ambiguë et généreuse du sourire de la Joconde. La joie qui n’attend rien, qui s’offre à chacun, qui se laisse saisir. Sans excitation, sans heurts, sans cris, la joie blanche, comme une sphère d’eau dans l’air, comme une flexion imperceptible du temps, comme une concordance avec soi-même et avec l’univers. La joie comme la lumière indirecte d’une bougie masquée de la main, comme dans un tableau de Georges de La Tour. La joie ni bruyante ni silencieuse. La joie comme une forêt de lucioles, comme une eau qui n’a plus besoin de chercher à s’écouler. La joie de ce qui est accompli et celle de ce qui engendre. La joie comme un acquiescement, comme ce qui n’est pas renié sitôt dit, comme ce qui se peut goûter sans honte. La joie non isolée, mais impossible à enfermer. La joie comme le son même du monde. La joie comme une parole redondante, joie de la sérénité et sérénité de la joie, comme ce qui ne peut se dire autrement que : joie.

Gabriel Grossi

Dimanche 26 août 2007
Modifié le dimanche 17 février 2008
& le mardi 1er juin 2010.

Les cloches sonnent au loin

Les cloches sonnent au loin. La journée se termine. Le temps est enfin venu où il ne s’agit plus de faire, de se presser, de réussir ou d’échouer. On dépose ses affaires, on range son manteau. Dehors, on entend encore le grand mouvement du vent. Mais dedans, tout est calme à présent. Le silence se répand comme un baume sur les choses. On s’emmitoufle dans son petit univers : un bon livre sous un plaid épais, la contemplation des flammes de la cheminée, peut-être un bain chaud, un carreau de chocolat. Les cloches sonnent au loin. La journée est passée. Demain, il faudra à nouveau avancer, agir, travailler, courir, circuler. Mais pour l’instant, on savoure de n’avoir plus rien à faire. On laisse son fardeau à la porte. Les cloches sonnent au loin. L’heure n’est plus de penser, de prévoir, de réfléchir, de calculer. La journée est passée. On écoute les cloches sonner.

Gabriel Grossi, 02/03/2020.

L’autre histoire de Cendrillon

Il y avait une fois une petite fille, pas toujours très sage, dont on ne sait plus si elle s’appelait Mathilde ou Lucette. Elle aimait, comme tous les enfants, à s’amuser, et par-dessus tout, à sauter dans les flaques et à jouer avec la boue. Un soir, la famille s’apprêtait à partir à une importante réception. Ses deux grandes sœurs étaient déjà prêtes, sur le pas de la porte, à monter dans la grande limousine noire. Elles avaient mis leurs plus belles robes et je ne sais combien de rubans dans leurs cheveux, et attendaient leur petite sœur en jouant avec leur smartphone. Mais la cadette demeurait introuvable.

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Poème du bord de mer

TEXTE PERSONNEL

Toujours, il s’en revient près de la mer.

C’est là, où que ses pas l’aient d’abord porté, qu’il finit par se rendre. Dans le dédale de la grande ville, elle lui est un repère. S’il aime à se perdre dans les méandres des rues, c’est qu’il la sait présente par-delà le béton et la grisaille. Elle n’est jamais très loin de ses pas. Elle lui rend supportables la ville et ses rumeurs, ses foules pressées et irascibles, ses cris et ses sirènes. Dans les moments d’incertitude, il s’en vient près d’elle chercher du réconfort. Jamais elle ne se refuse à lui ; jamais elle ne trahit sa confiance. Elle répète pour lui une mélodie douce et rassurante, dans le bercement continu du ressac où se perdent ses pensées. Il se laisse fasciner par ses teintes changeantes, par son bleu plus profond que la nuit, par ses irisations perlées d’écume dans la clarté rayonnante du jour. Il cherche à comprendre comment ses ondulations parviennent à se résoudre en une si parfaite ligne. Il a besoin de ces instants où le regard porte au loin et où il n’y a rien d’autre à faire que de contempler le vide, comme pour s’y perdre, sans vouloir y chercher quelque chose, accueillant simplement ce qui s’y trouve, heureux d’être là, suspendu entre ciel et mer, oublieux de tout, laissant derrière lui l’agitation de la ville, un peu stupide peut-être de se savoir figé devant rien, mais indifférent finalement au regard des autres, puisque seul importe désormais l’infini de la mer, pour quelques secondes encore avant de retourner à l’existence ordinaire, et la sensation d’être parfaitement à sa place, si petit pourtant, mais en accord avec celle qui se déroule et continue de se dérouler devant lui.

Gabriel GROSSI, 5 décembre 2019.

La baie des Anges depuis Antibes (photo personnelle)

« On n’entendrait d’abord que leurs rires »

Texte personnel

On n’entendrait d’abord que leurs rires, leurs rires soudain retrouvés de petites filles, ceux de l’époque où elles revêtaient en cachette les robes de soirée de leur mère, en se maquillant devant le miroir poussiéreux de la cave. Des rires pleins de soleil, malicieux sans méchanceté, qui parleraient d’insouciance. Chargées de paquets, elles sortiraient des boutiques et flâneraient près de la mer. Elles n’auraient cure des vieilles dames dans le bus, qui leur repro­cheraient leurs cris et leur allégresse. Sur la Promenade des Anglais, elles regarderaient les grands hôtels, les mouettes et les avions, derrière leurs grosses lunettes de soleil. Elles s’imagineraient les flashes des photographes, les marches rouges du Palais des Festivals, et la façon dont, d’un geste désinvolte, elles repousseraient paparazzi et journalistes. Elles essaieraient quelques pas de danse sur le bitume, adoptant des poses affectées et hautaines. Aujourd’hui je suis la reine, je fais ce qu’il me plaît. Il suffirait d’un ralenti, d’un mouvement calculé de cheveux, et ce serait comme au cinéma. On pourrait imaginer toutes sortes de péripéties, thriller, film policier, série télévisée, passage de la plus pure insouciance à la pire détresse, un malheur qui s’abattrait sur ces figures fragiles, et un suspense d’une heure vingt avant le bonheur recouvré. Nous préférons laisser résonner ces rires dans l’infini ciel bleu, qui ne recouvrent pas totalement l’immuable refrain des vagues et des galets, à l’heure où le soleil déjà s’allonge au-dessus de l’aéroport et où s’étirent les ombres des palmiers entre les miroitements embrasés des carrosseries.

Gabriel GROSSI, 2011-2019.

L’été — Poème en prose

Voici soudain l’été. L’air brûlant sur la terrasse aux carreaux rouges semble figer le temps. Plus rien ne bouge, sinon les mouches qui volettent en vain autour de la table débarrassée, discrètement épiées par un lézard sur le mur parfaitement immobile. Les oiseaux eux-mêmes ont cessé leur chant, et l’on n’entend plus au loin que quelques cigales dont le chant se perd dans la rumeur lointaine de la route. Les volets s’entrecroisent sur les façades des maisons, dont les habitants en quête de fraîcheur désertent les jardins. Il n’y a plus personne, plus rien ne bouge, sinon une vieille chaise à bascule qui se balance en grinçant. Sous un arbre, un petit garçon qui ne souffre pas de la chaleur et ne comprend rien à la sieste attend que tout ce monde sorte de sa torpeur et veuille enfin jouer avec lui.

Gabriel Grossi
dimanche 3 juillet 2016
Variante d’un autre poème déjà publié sur ce blog.

Égypte

C’est une rue assez large, une avenue devrait-on dire, qui disparaît presque entièrement derrière les mouvements de la foule, dense mais non compacte puisqu’on ne décèle aucune cohérence dans les mouvements disparates des individus. Une voiture est arrêtée par la traversée d’un âne chargé de sacs blancs. Les injures répondent aux coups de klaxon.

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Miroir

L’aube rosissait à l’est de ma solitude.
Je contemplais la mer. Comme à son habitude,
Elle me parla de récifs et d’îles lointaines,
De galions dorés aux vaillants capitaines,
De pirates cinglant vers des trésors cachés,
De pêcheurs de perles plongeant sous les rochers.
Sa robe ourlée d’écume aux maints reflets changeants
Ondoyait sous la tendre caresse du vent.
Il ébouriffait sa chevelure d’embruns
Et m’en apportait les exotiques parfums.

Soudain, pris de terreur, je me cachai les yeux !

Car je vis dans l’hypnotique miroitement,
Des épaves éventrées, pleines d’ossements :
Des squelettes, sur ce terrifiant cimetière,
Voulaient m’entraîner vers quelque abyssal mystère.

Gabriel GROSSI, « Miroir »,
in Paroles de Mer,
Concours Académique d’Écritures Poétiques,
Collège les Bréguières (Cagnes-sur-Mer), 3e prix, 1998.