Archives du mot-clé sérénité

Qu’il en soit ainsi

Il y a des moments où le cœur se contracte. On ne saurait sans ingratitude se dire malheureux. C’est juste que, par instants, la tristesse refait surface. Ce n’est pas quelque chose d’insurmontable. Il s’y mêle, malgré tout, de la tendresse. Cela arrive parfois par surprise. Une douleur qui, par moments, se rappelle à toi de façon plus insistante. Elle n’est jamais totalement absente, en arrière-plan, jouant discrètement quelques fausses notes dans la partition de ta vie. C’est là : quelque chose avec laquelle il faut composer. Ce n’est pas que tu sois triste en permanence. C’est comme ça : un état de fait auquel on ne peut rien changer. Cela se rappelle parfois à toi à un moment où tu ne t’y attendais pas, te laissant alors dépourvu pour y faire face. Cela ne te submerge pas longtemps : tu vis avec, faisant ton bonhomme de chemin, avançant dans la vie. Tu ne te débrouilles pas trop mal, justement parce que tu sais que, ayant vécu cela, cette perte-là, les autres problèmes de la vie sont, en comparaison, dérisoires. Alors, tu savoures la beauté de chaque instant avec plus d’intensité peut-être que tu sais combien ils sont précieux, ces instants de vie, dans la lumière et l’amour de ceux qui restent, tu sais que tu n’es pas seul et qu’il sera toujours là.

Cela s’estompe heureusement pendant les longues plages de soleil. Là, tu nages dans la lumière. Tes pas te portent auprès de l’eau : là où la mer se fait folle écume à l’assaut du ciel, là où le ruisseau se divise en fines cascades qui ruissellent sur les rochers, là où l’étang reflète l’immobilité des saules. Là, tu respires à pleins poumons, et s’estompe toute différence entre toi et le rocher, l’arbre, la flaque et même la mer. Il n’y a que la sensation du vent sur le visage, du soleil sur la peau, et le chant de l’eau, des feuilles et des oiseaux. Tu sais l’amour de ceux qui partagent cet instant avec toi, dans la transparence des coeurs si chère à Rousseau, cette simplicité chaleureuse et vraie, cette légèreté de chant d’oiseau. Il n’y a plus que le printemps. Joie.

Gabriel Grossi, mai 2021.

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La contemplation selon Yves Leclair

Je voudrais vous parler aujourd’hui d’un petit livre qui fait partie des ouvrages que je me suis offerts pour mon anniversaire. Il s’intitule Manuel de contemplation en montagne, et il a pour auteur Yves Leclair, poète français né en 1954 près d’Angers, qui a publié de nombreux recueils poétiques, mais aussi des récits et des essais.

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Des poèmes qui font du bien

C’est peu dire que nous vivons une période anxiogène. Une pandémie qui dure et ne faiblit pas, des violences et des assassinats, des catastrophes naturelles… Sans doute importe-t-il de se préserver un peu. Pourquoi ne se détournerait-on pas, pour un temps, des nouvelles angoissantes des journaux télévisés, pour découvrir quelques poèmes ? La lecture de poésie peut-elle faire du bien ? Un peu de beauté dans ce monde de brutes !

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Une réflexion sur la plénitude

« Mais l’admirable, ce qui avait déclenché cette impression de plénitude aussi intense et profonde qu’énigmatique, c’était la chaleur qui montait de ces chemins comme l’eût fait, à une autre saison, de la brume, chaleur couleur de terre elle aussi, parce qu’en quelque sorte tout était de terre en ces instants ; moins comme une caresse que comme une bonté silencieuse, sans nom ; sans visage et sans même un cœur. »

Philippe Jaccottet, « Couleur de terre »,
dans Oeuvres complètes, Paris, Gallimard, 2014,
« Bibliothèque de la Pléiade », p. 1275.

La « recette » de Guillevic

Internet offre aujourd’hui la chance de pouvoir feuilleter des extraits d’ouvrages. C’est ainsi que je viens de jeter un œil à un essai de Jean Pierrot intitulé Guillevic ou la sérénité gagnée, paru en 1984 aux éditions Champ Vallon. Un poème cité à la page 98 a retenu mon attention : il s’intitule « Recette » et se trouve dans le recueil Avec de Guillevic.

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« Apprentissage de la lenteur » de Jean-Michel Maulpoix

Je voudrais aujourd’hui commenter un extrait de poème de Jean-Michel Maulpoix, qui ma séduit par son calme et sa sérénité. Vous le trouverez dans la dernière section du recueil Chutes de pluie fine, paru en 2002 aux éditions du Mercure de France. Il s’intitule « Apprentissage de la lenteur ».

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Village (texte personnel)

C’est une ruelle étroite, un volet peint sur fond de pierre sèche, une plante grasse qui résiste dans l’interstice. Ici, les aspérités retiennent le regard. En cet endroit, le temps trouve à se loger, sur un banc ombragé, une lucarne oubliée, dans le chant des cigales. Rien, ou presque, ne bouge, et l’on voudrait faire sienne l’immobilité des lourdes pierres, s’approprier un peu de leur sage tranquillité. On prend, dans les rues, le temps de serpenter comme en un labyrinthe secret. Chaque angle de rue découvre un recoin paisible, jardin perdu au milieu de la pierre, inattendus signes d’un passé qui n’est plus, heurtoir sculpté, porte gravée, cadran solaire, vieux lavoir, fontaine oubliée. Ici, l’on s’isole de l’agitation du monde, l’on s’extrait des rumeurs du jour, dans l’ombre propice des ruelles. Voici soudain qu’au détour de l’une d’entre elles, un large panorama s’ouvre, surplombant le vide, laissant enfin jaillir la lumière du jour. Le monde minéral retrouve ici l’air, la rivière, le chant des oiseaux et la présence sereine des arbres.

Gabriel Grossi, mars-avril 2020.

Mondes de joie – Texte personnel

Monde de silence     Monde de paix     Monde de courage     Monde de cœur     Monde de sérénité Monde de joie. La joie d’être allongés sur le sol dans l’herbe, la nuit des étoiles filantes et des spirales comme un nuage de lait. La joie ambiguë et généreuse du sourire de la Joconde. La joie qui n’attend rien, qui s’offre à chacun, qui se laisse saisir. Sans excitation, sans heurts, sans cris, la joie blanche, comme une sphère d’eau dans l’air, comme une flexion imperceptible du temps, comme une concordance avec soi-même et avec l’univers. La joie comme la lumière indirecte d’une bougie masquée de la main, comme dans un tableau de Georges de La Tour. La joie ni bruyante ni silencieuse. La joie comme une forêt de lucioles, comme une eau qui n’a plus besoin de chercher à s’écouler. La joie de ce qui est accompli et celle de ce qui engendre. La joie comme un acquiescement, comme ce qui n’est pas renié sitôt dit, comme ce qui se peut goûter sans honte. La joie non isolée, mais impossible à enfermer. La joie comme le son même du monde. La joie comme une parole redondante, joie de la sérénité et sérénité de la joie, comme ce qui ne peut se dire autrement que : joie.

Gabriel Grossi

Dimanche 26 août 2007
Modifié le dimanche 17 février 2008
& le mardi 1er juin 2010.

Les cloches sonnent au loin

Les cloches sonnent au loin. La journée se termine. Le temps est enfin venu où il ne s’agit plus de faire, de se presser, de réussir ou d’échouer. On dépose ses affaires, on range son manteau. Dehors, on entend encore le grand mouvement du vent. Mais dedans, tout est calme à présent. Le silence se répand comme un baume sur les choses. On s’emmitoufle dans son petit univers : un bon livre sous un plaid épais, la contemplation des flammes de la cheminée, peut-être un bain chaud, un carreau de chocolat. Les cloches sonnent au loin. La journée est passée. Demain, il faudra à nouveau avancer, agir, travailler, courir, circuler. Mais pour l’instant, on savoure de n’avoir plus rien à faire. On laisse son fardeau à la porte. Les cloches sonnent au loin. L’heure n’est plus de penser, de prévoir, de réfléchir, de calculer. La journée est passée. On écoute les cloches sonner.

Gabriel Grossi, 02/03/2020.

Afrique

Texte personnel

On ne l’avait pas vue arriver. Elle était surgie de nulle part, comme toute chose dans une bananeraie. Elle promenait avec elle le silence, dissimulé parmi les fruits de sa robe et ceux qu’elle portait dans une corbeille d’osier. Y avait-il un nourrisson endormi sur son dos ? On n’aurait su le dire, à travers les palmes alanguies de l’été, pas plus qu’on ne pût deviner où elle se rendait. Son regard, aussi noir et luisant que sa peau, s’ourlait de chansons douces, et pourtant, traduisait la volonté inébranlable de continuer à être femme dans les souffrances de la pauvreté, de la sécheresse, de la guerre toujours latente. Elle répétait inlassablement les mêmes gestes, habituels et consciencieux, sans mépriser leur caractère anodin, mais au contraire avec toute l’attention et tout l’amour dont est capable une mère. Ses mains roses travaillaient avec douceur, imprimant un peu de leur sérénité aux choses qu’elle manipulait, faisant de chaque geste un semblant de caresse.

Gabriel GROSSI, « Afrique » (2008),
paru dans le n°52 « Jokari » de la revue Nu(e), 2012, p. 37.

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Le poète Thich Nhat Hanh

Thich Nhat Hanh est un moine vietnamien, surtout connu pour être un passeur de la sagesse bouddhiste en Occident, ainsi que pour son engagement pacifiste pendant la guerre du Vietnam. Cependant, il est aussi un poète. Si certains de ses poèmes ne sont que la traduction poétique de sa pensée bouddhiste — ce qui est déjà beaucoup –, d’autres m’ont davantage ému par leur plus grande authenticité poétique, par leur ton davantage personnel, ou par leur forme plus travaillée. Florilège. Lire la suite

Un poème contemporain : « Les rainettes, le soir » d’Yves Bonnefoy

Yves Bonnefoy fait partie, avec Philippe Jaccottet, Jacques Dupin ou encore André du Bouchet, de ces poètes contemporains qui apparaissent sur la scène poétique française d’après-guerre en prenant le contre-pied du surréalisme qui avait dominé la première moitié du siècle. Son premier recueil, Du mouvement et de l’immobilité de Douve, a été suivi par de nombreux autres. Je vous propose aujourd’hui de découvrir le premier poème des Planches courbes.

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