Archives du mot-clé Texte personnel

Nuit des étoiles

S’allonger, un soir d’été, dans la fraîcheur du jardin. Plonger le regard dans l’immensité. Se tourner vers l’ouest, où le ciel rougeoie encore un peu. Regarder apparaître les premières étoiles. Reconnaître les deux Ourses et le W de Cassiopée. Identifier les trois étoiles du triangle d’été : Altaïr de l’Aigle, Deneb du Cygne et Vega de la Lyre. S’exercer, à mesure que le ciel s’assombrit, à percevoir des détails plus subtils. Distinguer les draperies laiteuses de la voie lactée. Repérer les satellites artificiels qui traversent le ciel, trahis par leur vitesse. Contempler l’univers, son apparente sérénité, en prenant part à l’infini. Écouter les criquets et le hululement lointain du moyen duc. Attendre qu’enfin le spectacle commence : car voici que pleuvent les étoiles filantes, minuscules poussières à la longue traîne embrasée.

Gabriel Grossi, 13/08/2021.

Un sketch de mon cru

Aujourd’hui, je vous propose un « texte personnel ». Contrairement à l’habitude, il ne s’agit pas d’un poème mais d’une petite pièce de théâtre. J’espère que ce sketch sans prétention vous fera rire ! La pièce se joue avec trois personnages : un agent immobilier (dont le sexe est indifférent) et deux visiteurs, simplement nommés « Monsieur » et « Madame ». Cette visite de maison ne va pas se passer tout à fait comme ils l’imaginaient…

Lire la suite

À la montagne, le soir

Douceur d’une soirée à la montagne, en été. On promène entre les champs. On profite du calme revenu, du vent retombé, de la fraîcheur arrivée. On regarde paître les moutons, sous l’œil placide du chien de berger à moitié endormi. On s’émerveille de la jeunesse des agneaux, au pas encore incertain, qui cherchent à s’accrocher au téton de leur mère. On écoute le chant des grillons : plus tard viendra celui des grenouilles, entrecoupé du sifflement intermittent du moyen duc. Progressivement, entre les nuages encore roses, paraissent les premières étoiles.

Lire la suite

Paix des montagnes

Paix des montagnes, dans l’immobilité massive des roches, les lignes tracées par des siècles d’orogénèse et d’érosion. Paix des crêtes, aux architectures alambiquées, qui se découpent sur le ciel d’été. Paix des arbres, dans la stabilité des troncs et des lignes, dans la croissance de jeunes et douces aiguilles. Paix des fleurs, dans la volubilité de leurs formes et de leurs couleurs, qui puisent dans l’aridité des pierres de quoi faire naître un peu de grâce. Paix des lacs, miroirs des montagnes, où l’infini vient se refléter dans un peu d’eau claire. Paix des aigles, dans la lenteur de leurs mouvements, cercles de silence dominant les sommets. Paix des vaches, qui ruminent sur les pentes, presque sans mouvement. Paix des nuages, qui se déplacent sans menace, estompent les ombres, et jettent parfois sur tout cela un air froid. Et cette paix est joie, joie sans excitation, joie de la nature qui s’exprime dans le paysage de la montagne, dans un silence que ne perturbe que le cri farouche d’une marmotte.

Lire la suite

Le poète écoute

Le poète écoute. Qu’entend-il ? Ce sont des clameurs qui montent de la plaine. Il entend l’inquiétude et la détresse, les questions sans réponse et les prières, les cris, les peurs et les peines. Il entend la complainte de l’être humain, les coups du sort et de la maladie, les assauts de la mort, de la douleur et de la folie. Toutes ces voix se mêlent en un dissonant concert, où chacun crie et chacun appelle à l’aide. Il entend ces voix implorantes, ces torrents de larmes, ces vagues d’indignation, de colère et de peur. Il perçoit l’angoisse du monde, les violents noeuds du coeur et de l’âme, dont la rumeur sourde s’élève depuis la plaine, comme un nuage toxique de poussière, dans l’indifférence et le vacarme des grandes villes.

Le poète affirme : de cela, il faut rendre compte. Cela, il faut le dire. Le mettre en mots. La poésie ne peut pas, ne doit pas, faire comme si cela n’était pas. Sans quoi elle ne serait qu’un jeu trop facile pour grands enfants naïfs, qu’une façon en somme de maquiller le désastre sous le fard des belles phrases, qu’une forme du mensonge.

Le poète est cependant convaincu que son rôle ne s’arrête pas à l’enregistrement de la misère du monde, à la mise en forme, par toutes sortes de moyens, de la détresse. Il voudrait porter au-delà. Trouver et recueillir des parcelles d’espoir. Donner courage. Rappeler toute l’aide que peut apporter la beauté. Dire l’enchantement de l’aube et le ravissement du couchant. Rappeler le chant des oiseaux, la force massive des montagnes, la sérénité des fleurs, l’immensité de la mer. Évoquer la paix des étoiles, les soirs d’été. Faire entendre le silence de la neige. Laisser place à une parole de joie. Ce faisant, il n’essaie pas de faire oublier pas les cris et les larmes. Il ne prétend pas avoir de solution. Il n’entend pas faire la morale à qui que ce soit, ni donner la moindre leçon. Il dit ce qu’il voit, ce qu’il entend, ce qu’il ressent. Il a trouvé, depuis longtemps, un titre pour ses poèmes : concordance.

Gabriel Grossi

Lire la suite

Best-of : retrouvez mes articles sur l’été

Le thème de l’été est fécond en littérature et en poésie. Profitons de ces temps de détente estivale pour (re)découvrir quelques articles qui abordent cette saison. J’espère que vous apprécierez cette petite sélection. Je vous laisse les découvrir, en vous souhaitant un bon et heureux été !

Lire la suite

Qu’il en soit ainsi

Il y a des moments où le cœur se contracte. On ne saurait sans ingratitude se dire malheureux. C’est juste que, par instants, la tristesse refait surface. Ce n’est pas quelque chose d’insurmontable. Il s’y mêle, malgré tout, de la tendresse. Cela arrive parfois par surprise. Une douleur qui, par moments, se rappelle à toi de façon plus insistante. Elle n’est jamais totalement absente, en arrière-plan, jouant discrètement quelques fausses notes dans la partition de ta vie. C’est là : quelque chose avec laquelle il faut composer. Ce n’est pas que tu sois triste en permanence. C’est comme ça : un état de fait auquel on ne peut rien changer. Cela se rappelle parfois à toi à un moment où tu ne t’y attendais pas, te laissant alors dépourvu pour y faire face. Cela ne te submerge pas longtemps : tu vis avec, faisant ton bonhomme de chemin, avançant dans la vie. Tu ne te débrouilles pas trop mal, justement parce que tu sais que, ayant vécu cela, cette perte-là, les autres problèmes de la vie sont, en comparaison, dérisoires. Alors, tu savoures la beauté de chaque instant avec plus d’intensité peut-être que tu sais combien ils sont précieux, ces instants de vie, dans la lumière et l’amour de ceux qui restent, tu sais que tu n’es pas seul et qu’il sera toujours là.

Cela s’estompe heureusement pendant les longues plages de soleil. Là, tu nages dans la lumière. Tes pas te portent auprès de l’eau : là où la mer se fait folle écume à l’assaut du ciel, là où le ruisseau se divise en fines cascades qui ruissellent sur les rochers, là où l’étang reflète l’immobilité des saules. Là, tu respires à pleins poumons, et s’estompe toute différence entre toi et le rocher, l’arbre, la flaque et même la mer. Il n’y a que la sensation du vent sur le visage, du soleil sur la peau, et le chant de l’eau, des feuilles et des oiseaux. Tu sais l’amour de ceux qui partagent cet instant avec toi, dans la transparence des coeurs si chère à Rousseau, cette simplicité chaleureuse et vraie, cette légèreté de chant d’oiseau. Il n’y a plus que le printemps. Joie.

Gabriel Grossi, mai 2021.

Lire la suite

Les ruines d’Aspremont

Village : espace où le temps
Cesse de courir. C'est la fontaine
D'un ancien lavoir, qui coule
Pour rien ou personne. C'est l'ocre
D'un mur enduit à la chaux, de lourdes
Pierres sèches, d'étroites ruelles qui
S'enroulent autour d'un platane ou d'un
Marronnier.

Rien ne bouge dans la tiédeur du printemps,
Sinon l'ombre parfois d'un chat paresseux.

Le regard s'accroche aux nombreux détails
Que le temps a laissés là, puis s'envole dans
L'infini paysage qui s'étend tout autour,
Savourant la possibilité d'embrasser enfin le
Monde.

Car là, tout en bas, s'écoule le grand fleuve,
Celui qui s'abreuve aux plus hautes cimes,
Et dont les eaux grises serpentent sur leur lit
De galets. On devine encore longtemps la route
De ses eaux sombres qui se poursuit dans la mer.

Au-dessus, c'est tout un dégradé de collines
Et de montagnes, de sommets abrupts perdus dans
La brume, dont le vert se teinte progressivement
D'un énigmatique violet, avant que se devinent,
Tout en haut, les dernières arêtes de neige.

Le sentier continue de grimper sous le soleil,
Étroite ligne de cailloux parmi les cystes et
Les bouquets de thym qui embaument dès qu'on les
Effleure. L'ombre des chênes verts se fait
De plus en plus rare et les derniers mètres
Tiennent presque de l'escalade.

On arrive enfin aux ruines : quelques murs épais
Dessinent ce qu'il reste d'une chapelle, tandis
Que se dresse une grande arche au-dessus du
Vide, porte ouverte sur le rien, sinon le
Temps, lointaine époque d'un village perché sur
Ces hautes cimes. Vertige du vide qui entoure
L'arche de pierres sèches, alliance du ciel et de
La terre.

Gabriel Grossi, mai 2021.

Le sommet

Texte personnel

Parvenu, au terme d’une longue promenade, sur quelque sommet d’où contempler le monde, tu changes de perspective. En bas, tu vois cet entrelacs insensé de routes et de rues dont la rumeur ne te parvient plus. Tu considères les empilements d’immeubles, les alignements de villas, les successions de bâtiments qui proliféreraient à l’infini s’ils n’étaient arrêtés, au loin, par la ligne bleue du littoral. Tu observes les avions qui décollent et atterrissent dans un ballet incessant. Voici donc ce que font les petits hommes. Ils se démènent, s’agitent, courent, souffrent beaucoup et jouissent un peu, recommençant chaque jour les mêmes gestes frénétiques, les mêmes mouvements désordonnés, obnubilés qu’ils sont par leurs désirs, leurs peines, leurs soucis, malmenés par la peur de mourir au point qu’ils feraient n’importe quoi pour y échapper, y compris et surtout cela même qui les précipite pourtant vers leur propre destruction. Tous ces gestes auxquels ils donnent de l’importance, tous ces impératifs parés de la plus haute urgence, apparaissent enfin, vus d’en haut, comme une vaine agitation. Ils ne font qu’étaler du gris face à la mer qui les ignore, quand les eaux turquoise des alluvions fluviales se mêlent au bleu sombre de l’horizon.

Au-dessus de tout cela, dans la clarté du ciel, planent quatre rapaces paisibles. Leur envergure paraît plus importante que celle d’une simple buse. Leur vol lent autour du soleil, leurs amples mouvements dans le vent, circonscrivent le temps. Étrangers à l’agitation des hommes, ils appartiennent au ciel et aux montagnes, à toute cette immense étendue silencieuse que tu découvres en te retournant, jusqu’aux hauts sommets de neige qui découpent, là-bas, au-delà des premières lignes de crête, leur blancheur immaculée.

Gabriel Grossi, mercredi 14 avril 2021.

Lire la suite

Matin de fin d’hiver

Ils approchent de la fenêtre pendant le petit-déjeuner. À petits pas discrets. Le rouge-gorge arrive en premier. Il observe furtivement les alentours, perché un peu en hauteur sur la poignée de la brouette. Ayant vérifié que la place est libre, il se pose sur la terrasse, picore quelques-unes des miettes laissées aux oiseaux, puis s’en va se dissimuler dans un buisson. Il ne faut pas rester trop longtemps à découvert. Ensuite, c’est l’apparition du merle. Moins farouche, il prend son temps. Son bec orange saisit goulûment les plus grosses miettes, sans craindre le frêle rouge-gorge qui n’ose plus s’avancer. Une mésange approche à son tour. Elle reste en retrait pendant le repas du gros oiseau noir. Il est alors possible d’observer son plumage jaune, blanc et noir. Plus loin, entre les branches nues du fustet, on reconnaît sans peine le geai. Son plumage beige et brun cache sous les ailes un peu de bleu. Qu’il est agréable de prendre son petit-déjeuner devant la fenêtre ! On mange avec les oiseaux et leur manège, chaque jour presque le même, a quelque chose de paisible et rassurant : on laisse s’écouler le temps, et voici la forêt toute entière qui s’éclaire et s’éveille, et ses branches nues qui chantent le chant de multiples oiseaux, qui en répètent et répercutent l’écho, célébrant la fraîche lumière de cette matinée de fin d’hiver.

Gabriel Grossi, 10 mars 2021

Lire la suite

Appel à la poésie

J’ai récemment été contacté par Sabine Venaruzzo, poète et organisatrice du festival « Poët Poët » qui se déroule chaque année dans les Alpes-Maritimes dans le sillage du Printemps des Poètes. Elle m’a proposé de participer à un appel à la poésie, une invitation à faire circuler la poésie, qui devait prendre la forme d’une courte vidéo pour faire entendre la voix de la poésie. Je vous présente, dans les lignes qui vont suivre, ma modeste contribution.

Lire la suite

Près de la mer. Poème en prose

Lorsqu’il sent poindre en lui les assauts de la dépression, il s’en va chercher refuge près de la mer. Elle ne se lasse pas de chanter, pour lui comme pour quiconque, la même histoire de vagues et d’écume, offrant à chacun, pour rien, son spectacle de rue, ses acrobaties légères, sa danse de voiles et de tulle. Jamais elle ne refuse de donner, à qui le demande, sa vision toute féminine de l’infini. Elle est une présence qui apaise, dans le bercement du ressac et la ligne pure de l’horizon. Elle laisse, à qui veut bien les trouver, de menus lots de consolation : morceaux de verre colorés, squelettes d’oursin étoilé, fragments d’algues desséchées… Certains jours, assis sur un banc, face au vide, seul avec la mer et plus uni encore avec elle qu’un doge de Venise, il écoute sa fable mélancolique, ses plaintes caricaturales et ses cris de mouette effarouchée. Il ne lui reproche pas son emphase, non plus que ses trop longues phrases et sa grandiloquence mal placée. Il sait qu’en dépit de ses postures de cinéma, de ses airs de princesse et de son humeur fantasque, la mer est sincère. Il laisse à cette amie fidèle le soin de bercer son chagrin.

Gabriel Grossi, janvier 2021.

Lire la suite