Un recueil pour l’hiver : Pas sur la neige

L’hiver approche, et avec lui, tant d’images de blancheur et de froidure, de veillées près de la cheminée, d’arbres dénudés… Ces images sont si stéréotypées, qu’on peut se demander comment les poètes contemporains parviennent à renouveler l’imaginaire de l’hiver. En effet, la thématique des saisons apparaît comme un motif traditionnel, rendant d’autant plus difficile son traitement. Alors, comment les poètes contemporains traitent-ils le thème de l’hiver ? C’est ce que je vous propose de découvrir avec une série d’articles, à travers lesquels je présenterai à chaque fois un recueil dont le thème central est l’hiver. Aujourd’hui, je vous présente Pas sur la neige de Jean-Michel Maulpoix.

Pas sur la neige, publié en 2004 aux éditions du Mercure de France, est le recueil que le poète préfère dans son œuvre. Ce qui tombe bien, puisque c’est aussi l’un de mes coups de cœur. Jean-Michel Maulpoix a su traduire avec une grande justesse le silence, la blancheur, la fragilité de la neige. « Trouver le mot juste, ou plutôt un toucher juste » : c’est, de l’aveu du poète, l’ambition même de ce recueil. Aussi a-t-on l’impression d’un ouvrage aussi pur, délicat et ciselé qu’un flocon de neige. Et le poète a su éviter le risque de la froideur. Rien de glacial dans le ton du poète, bien au contraire. La chaleur humaine est au contraire omniprésente.

Car ces pas dans la neige sont bien ceux de quelqu’un, même si ce n’est qu’une silhouette vite effacée, une trace en creux dans la neige. L’on pourrait attribuer au recueil lui-même ce que le poète écrit à propos de Pissarro : « il y a presque toujours quelqu’un qui part ou qui passe. La neige aussi est habitée ». Chaleur humaine, donc, par ces présences qui sont celles des peintres impressionnistes, Guillaumin, Pissarro, Sisley, Monet, mais aussi celle du compositeur Debussy, qui a inspiré le titre et plus d’une ligne du recueil, et surtout celle de la « femme de neige », grand-mère disparue et retrouvée par la mémoire.

Ainsi, l’apparente objectivité d’un propos attaché à décrire minutieusement la fragilité et la chute d’un flocon ne doit pas faire oublier la dimension très intime de l’ouvrage. Et les deux vont de pair, faisant l’unité du recueil par-delà les multiples formes adoptées : proses, fragments, vers libres. « Froidure et tiédeur mélangées », l’une n’allant pas sans l’autre. « Neige est manière étrange de mélanger la joie et le mourir. »

C’est donc un recueil qui parle de froid, qui parle de mort, car la neige, on le sait, ne peut que tomber. Mais c’est une chute heureuse. Le poète parle de « consentement ». Acceptation de la mort, acquiescement à la vie : une leçon de sagesse, peut-être, mais alors très légèrement formulée, pareille à l’insouciance du flocon.

« Très haut
Le bleu
Se désassemble

Le ciel part en poussières :
Poumons du temps
Poudre d’espace

Sucrée ?
Salée ?
Qui sait ? » (pp. 55-56)

 


(Image : Pixabay)

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2 réflexions au sujet de « Un recueil pour l’hiver : Pas sur la neige »

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