Des poèmes pour les quatre saisons

S’il est un thème qui a toujours été très présent en poésie, et qui continue de l’être jusqu’aujourd’hui, c’est bien celui des saisons.

À vrai dire, cela n’a rien d’étonnant : les poètes sont particulièrement sensibles à la réalité qui les entoure. Ils sont attentifs au passage du temps, au changement des couleurs, aux irisations du ciel et de la mer. Ils regardent vraiment les choses et les êtres, trop souvent dissimulés par l’écran de nos préoccupations. Pour percevoir la beauté, encore faut-il être disponible à elle, c’est-à-dire être prêt à l’accueillir. C’est là toute l’importance des saisons. Celles-ci sont bien plus qu’un mot sur un calendrier, ou qu’un décor accessoire pour une scène principale. Les saisons nous parlent du passage du temps. Elles nous rappellent que la Nature n’a jamais cessé d’être un thème poétique essentiel, y compris d’ailleurs chez les poètes modernes où la ville passe, il est vrai, au premier plan.

Un thème poétique essentiel

Une représentation artistique de l’effet des saisons sur les cernes des arbres (Wikipédia)

Nous avons, je crois, besoin de continuer à écrire des poèmes sur les saisons. Je ne crois pas que cela soit démodé, bien au contraire. Nos vies trépidantes et urbaines ont tendance à négliger le rythme des saisons. Beaucoup d’entre nous sommes sommés, en raison de nos obligations professionnelles, de vivre à peu près de la même manière quelle que soit la saison. Nous avons besoin de prendre le temps d’observer les arbres, le ciel, la mer, les animaux. La poésie peut nous y aider. Peut-être nous rendrons-nous compte alors que le chant d’un oiseau importe en réalité bien davantage que l’accumulation de biens ou la multiplication des projets.

Bien sûr, les saisons peuvent parfois se lire comme des métaphores de l’existence, de la vie à la mort, et de ses cycles. Mais il faut aussi les considérer pour elles-mêmes, et non uniquement pour ce à quoi elles font penser. Rimbaud intitule très justement « Sensation » son poème sur l’été. Il s’agit alors de pleinement sentir l’été, ses blés et ses sentiers.

Être avec la nature

« Les Saisons de la vie » par Roussel (Wikipédia)

Je ne pense pas qu’il y ait de saison plus poétique qu’une autre. Tout est affaire de regard porté sur les choses. Il s’agit de se rendre véritablement disponible aux saisons, à la nature et à son langage de couleurs, de parfums et de sons. L’existence humaine n’est alors plus contre la nature, mais avec elle.

Je ne veux pas faire de philosophie de bas étage, mais il me semble juste de dire, dans une logique assez dialectique, que l’homme a d’abord été dans la nature (et alors proche d’une condition animale) puis contre la nature, stade nécessaire pour élever ses capacités humaines, et qu’il doit désormais trouver à vivre avec la nature, c’est-à-dire sans s’y fondre comme un animal mais sans rompre pour autant avec elle, trouvant un équilibre et une relation harmonieuse avec ce sans quoi la vie ne serait pas possible.

Poétique est alors le langage qui formule ce lien essentiel de l’homme et de la nature. Poésie, cette façon de vivre avec la nature, sans vouloir en tirer profit, sans voir en elle une source de bénéfices ou le simple décor interchangeable de l’agir humain. Poésie, cette façon de ne pas s’éloigner de l’essentiel, de ce qui fait notre condition humaine.

Petite anthologie saisonnière

C’est pourquoi je voudrais vous proposer aujourd’hui un petit florilège sur les saisons, constitué de poèmes déjà évoqués sur ce blog. Cela vous permettra de redécouvrir ces poèmes. En cliquant sur les liens, vous retrouverez les articles où ces poèmes étaient cités et commentés pour la première fois.

1. L’hiver

• Dans l’un de ses sonnets, Alfred de Musset s’écrie : « Que j’aime le premier frisson d’hiver !«  On voit ainsi que l’hiver est loin d’être une saison dépréciée…

• Dans le poème « Brumes et pluies », Charles Baudelaire fait l’éloge de la saison froide et des paysages lugubres, manifestant un attrait presque subversif pour le froid et la mort.

• Le beau sonnet « En hiver » d’Émile Verhaeren propose un saisissant contraste entre l’inhospitalière nature gelée, où l’on n’entend que les croassements des corbeaux affamés, et la chaleur conviviale du foyer.

• Le célèbre poème « Les étrennes des orphelins » d’Arthur Rimbaud se passe pendant la nuit de Noël. C’est encore Noël qui est au centre du poème de Verhaeren intitulé « Décembre ». Ce mois est aussi le titre d’un poème de François Coppée.

• Connue de nombreux enfants, la « Chanson pour les enfants l’hiver » de Jacques Prévert est très enseignée dans les écoles maternelles et élémentaires.

Yves Bonnefoy est l’auteur du recueil Début et fin de la neige, qui n’est pas son ouvrage le plus connu, mais où l’on trouve de très beaux poèmes. L’un d’entre eux nous fait ainsi découvrir un jardin enneigé, dont la porte semble ouvrir sur une forme d’au-delà.

• Le poète André du Bouchet est l’auteur d’un recueil intitulé Désaccordée comme par de la neige. Ce recueil n’est pas l’un de ses plus connus. Il a été écrit dans le sillage d’un poème de Hölderlin.

• Les « haïkus d’hiver » de Daniel Biga, parus dans un recueil intitulé Le Sentier qui serpente, vous raviront par leur brièveté et leur spontanéité fidèles à la tradition japonaise.

« À la lumière d’hiver » est l’un des recueils de Philippe Jaccottet que je préfère. Si cet ouvrage est centré sur le douloureux motif du deuil, il laisse aussi place à des poèmes plus sereins, où la neige recouvre la nature de son manteau protecteur. Je pense en particulier à un poème où Jaccottet exprime le désir « Que descende la neige » et qu’elle recouvre toute chose.

« Pas sur la neige » de Jean-Michel Maulpoix est un recueil admirable par son authenticité, par son épure, par sa beauté. On suit une silhouette anonyme qui s’enfonce dans la neige, on accompagne les peintres et les compositeurs, on découvre la figure de « la femme de neige », et on se réveille au printemps…

• Je vous invite également à découvrir mon article consacré à la neige dans la poésie contemporaine, inspiré des cours que je donnais à la fac de lettres de Nice il y a quelques années. Je vous recommande aussi mon autre article sur le même thème, plus ancien, intitulé « La neige en poèmes ».

2. Le printemps

« L’hirondelle au printemps » est un très beau poème de Victor Hugo, où la vie de deux oiseaux et celle d’un couple d’amants sont mises en parallèle.

• J’aime aussi le poème intitulé « Votre muse est dans son printemps », qui est de Frédéric II de Prusse lui-même…

• On appréciera aussi le poème « Juin » de Leconte de Lisle.

• Je vous recommande aussi « Les Soleils d’Avril » d’Auguste Lacaussade.

• Vous trouverez aussi de beaux poèmes printaniers dans Sur le carnet de Marion de Jean-Marie Barnaud.

• Un vrai coup de cœur pour moi est le poème « Ma mie est en printemps » de Jacques Moulin, un poème contemporain qui retrouve la tradition de la reverdie.

3. L’été

• On pourra commencer par relire « La Cigale et la Fourmi » de Jean de la Fontaine, où l’ardeur estivale du charmant insecte vient vite buter contre les premières rigueurs de l’hiver. Surtout, on découvrira les nombreuses réécritures de ce poème.

• J’aime beaucoup les « Nuits de Juin » de Victor Hugo. Vous pourrez découvrir aussi son magnifique poème consacré aux étoiles filantes.

• On lira le sonnet « Juillet » de Georges Lafenestre.

• Inoubliables sont les « soirs bleus d’été », dans le poème Sensation de Rimbaud.

• On appréciera la dimension méditative de la promenade estivale de Philippe Jaccottet, dans le poème intitulé « Couleur de terre ».

• Parmi les contemporains, je vous propose également de découvrir le poème « Fin août » de Jean-Pierre Lemaire.

4. L’automne

• Dans « Un soir d’octobre », Paul Verlaine jouit de cette saison pourtant âpre et rigoureuse, et revendique ainsi sa singularité. Beaucoup plus connue est la « Chanson d’automne » de ce poète.

• Dans « Décembre », François Coppée livre une réflexion mélancolique sur le passage du temps. On lira aussi, du même, le poème intitulé « Novembre ».

• Impossible de faire l’impasse sur la très célèbre « Chanson d’automne » de Victor Hugo. Du même, on pourra lire aussi le poème sobrement intitulé « L’automne », que j’avais appris quand j’étais élève de CE2.

J’espère que cette sélection vous aura plus, et qu’elle vous aura permis de (re)découvrir certains poèmes très célèbres de notre littérature, comme aussi des voix plus contemporaines. N’hésitez pas à indiquer, dans l’espace des commentaires, les poèmes qui vous auront le plus touchés !

Vous aurez sans doute reconnu que les images de fond qui décorent les titres de cet article sont du célèbre peintre Arcimboldo. Les images ont été trouvées sur Wikipédia. L’image d’en-tête est la photographie d’une sculpture végétale visiblement inspirée d’Arcimboldo, trouvée sur Pixabay (image par Vincent Godfroy de Pixabay).

4 commentaires sur « Des poèmes pour les quatre saisons »

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