Les compléments circonstanciels

On m’a demandé, il y a quelque temps, un article sur les compléments circonstanciels. Dont acte. C’est donc désormais chose faite avec cet article qui se veut le plus clair et le plus synthétique possible. Celui-ci peut être lu en relation avec les articles précédents que sont « Les compléments », « Le prédicat » et « Le locatif ».

1. Phrase minimale et phrase étendue

La « phrase de base », la phrase canonique, comporte un groupe sujet (GS) et un groupe verbal (GV). Aussi la Grammaire méthodique du français propose-t-elle l’équation :

P → GS + GV

Le complément circonstanciel apparaît comme un « troisième constituant majeur de la phrase de base », toujours selon la GMF. On aurait tort, toutefois, d’ajouter un troisième membre à cette équation, dans la mesure où le complément circonstanciel est particulier puisqu’il est facultatif et mobile. Le complément circonstanciel relève ainsi de la « phrase étendue », apportant des informations complémentaires. Il ne fait pas partie du groupe verbal et ne dépend d’aucun autre élément de la phrase. On dit parfois que son point d’inférence est la phrase elle-même. Aussi trouvera-t-on parfois la dénomination de complément de phrase, par opposition aux compléments du verbes qui, eux, ne sont ni déplaçables, ni supprimables, et qui sont pronominalisables.

La terminologie grammaticale en vigueur dans les écoles élémentaires a évolué d’une façon qui reflète l’évolution de la réflexion grammaticale.

Anciens programmesProgrammes de 2016Ajustements de 2018
« Complément circonstanciels »« Compléments de phrase »« Complément circonstanciels »
« Compléments d’objet » (COD, COI)« Compléments du verbe »« Compléments d’objet » (COD, COI)
La terminologie enseignée dans les écoles

2. Complément du verbe ou complément de phrase ?

Pour être précis, les termes de « complément d’objet » et de « complément du verbe » ne sont pas exactement synonymes, de même que les termes de « complément circonstanciel » et de « complément de phrase » ne se recoupent pas exactement. Aussi faut-il parfois y regarder de près pour distinguer les deux types de compléments. Quelques exemples glanés au sein de la Grammaire méthodique du français :

EXEMPLEFONCTIONExplication
« Je vais à la plage. »C. du verbeNon déplaçable, non supprimable
« A la plage, on ne peut pas skier. »C. circ.Déplaçable, supprimable
« Il est défendu d’écrire sur les murs. »C. du verbeSe rapporte seulement à « écrire », non à la phrase
« Sur le mur bronzait un lézard. »C. circ.Déplaçable, supprimable, rapporté à toute la phrase
Distinguer complément du verbe et complément de phrase

3. Les limites de la classification traditionnelle

Les grammaires traditionnelles, par exemple celle de Grevisse (éd. Duculot, 1995), classent les compléments circonstanciels en fonction du type de circonstance indiquée. Il en résulte un nombre important de catégories, liées au nombreuses nuances sémantiques que peut revêtir la notion de « circonstance » : la cause, le temps, le lieu, la manière, le but, l’instrument, la distance, le prix, le poids, la mesure, la partie, l’accompagnement, la matière, l’opposition, le point de vue, le propos, le résultat.

On notera que, dans les exemples proposés par Grevisse, nombreux sont ceux qui seraient, d’un point de vue syntaxique, plutôt analysés comme des compléments du verbe (ainsi dans Il a changé l’eau en vin, qui me semble plutôt un complément indirect).

Surtout, il importe de remarquer que la liste proposée par Grevisse n’est pas limitative, et que l’on pourrait ajouter la conséquence, l’hypothèse, la concession, etc.

4. La nature des compléments circonstanciels

Les compléments circonstanciels peuvent être :

  • des groupes nominaux : « Le soir, les grenouilles chantent. » ;
  • des groupes nominaux prépositionnels : « Au coucher du soleil, les grenouilles chantent. »;
  • des adverbes : « Souvent, les grenouilles chantent » ;
  • des pronoms : « Les grenouilles y chantent » (même si c’est discutable car ces pronoms ne sont pas déplaçables, quoique supprimables)
  • des propositions circonstancielles : « Quand le soleil s’est couché, les grenouilles chantent ». ;
  • des propositions circonstancielles réduites :
    • à un infinitif : « Les grenouilles chantent pour se signaler auprès de leurs congénères » ;
    • à un gérondif : « Les grenouilles chantent en coassant«  ;
    • à une participiale : « Le chat parti, les grenouilles dansent » ;
  • des constructions absolues : « Il se promenait, un livre à la main. »

5. Comment classer les compléments circonstanciels ?

Il est plusieurs manières de classer les compléments circonstanciels.

► Le classement traditionnel consiste à classer les compléments circonstanciels selon le type d’information apportée (temps, lieu, cause, etc.). Ce classement est déconseillé pour les raisons indiquées plus haut.

► Un classement selon la nature du complément circonstanciel me semble possible et permet de mettre en évidence la variété des mots et groupes de mots pouvant occuper cette fonction.

► Un classement selon le degré de mobilité du complément circonstanciel me semble intéressant. Certains compléments circonstanciels sont malgré tout relativement peu mobiles (on dira difficilement *Beaucoup, il mange). On met ainsi en évidence l’idée d’un continuum entre le complément du verbe (ou complément d’objet) et le complément de phrase (ou complément circonstanciel).

► Un classement selon la position du complément circonstanciel dans la phrase me semble également intéressant, dans la mesure où cela permet de mettre en évidence des nuances de sens. Commencer ou terminer par le complément circonstanciel, cela n’a pas tout à fait le même effet.

*

J’espère par cette petite mise au point avoir répondu à la question qui m’était posée, et permettre au plus grand nombre de prendre connaissance des quelques subtilités que pose l’analyse des compléments circonstanciels. N’hésitez pas à poser des questions ou formuler des remarques dans l’espace des commentaires. Pensez aussi à consulter les nombreux autres articles traitant de grammaire sur ce blog.

7 commentaires sur « Les compléments circonstanciels »

  1. En effet, les termes «cplt d’objet» et «cplt du verbe» ne sont pas synonymes, de même que «cplt circonstanciel» et «cplt de phrase» ne se recoupent pas. La confusion est trop fréquente!
    On clarifierait beaucoup les choses en admettant que ces couples de termes relèvent de deux ANGLES DE VUE différents dans la façon d’aborder l’analyse : les termes C.d’objet et C.circonstanciel intéressent le plan sémantique, C.deVerbe et C.dePhrase le plan syntaxique. Il est donc plus cohérent de les distinguer sur un même plan.
    Ce qui n’implique nullement qu’il faille se limiter à un seul plan, il s’agit plutôt de savoir sur lequel on se situe.

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