Non, Balzac n’est pas un romancier ennuyeux !

Balzac n’a pas forcément bonne réputation chez les ados, qui gardent surtout le souvenir de ses longues descriptions. Moi-même, j’ai sans doute découvert Balzac un peu trop tôt,  avec Eugénie Grandet d’abord, puis Le Père Goriot, à l’âge de treize ans. Je me souviens avoir bien aimé le premier, mais avoir eu du mal avec le second.

Une galaxie de personnages, bien avant Marvel

L’univers balzacien est une véritable galaxie. Ses romans, loin d’être indépendants les uns des autres, se situent tous dans le même univers. Tel personnage secondaire d’un roman sera le héros d’un autre. On retrouve par exemple le général Hulot, héros monarchiste de la guerre des Chouans, en tant que personnage de La Cousine Bette, où il a beaucoup perdu de sa prestance. Cette technique narrative aura de beaux jours devant elle. Aujourd’hui encore, elle est le principe de l’univers Marvel, dont les studios font se succéder de nombreux films et séries de super-héros qui se font constamment référence les uns aux autres.

Complots, sociétés secrètes, rivalités politiques, bien avant Game of Thrones

Vous aimez la série à succès Game of Thrones ? Vous aimerez les romans de Balzac. Être un auteur « réaliste » n’a jamais voulu dire se contenter de raconter des histoires anodines. Si vous aimez les complots politiques, les sociétés secrètes, les intrigues liées au pouvoir, vous allez être servis avec les romans de Balzac. Il y a des espions chez Balzac : par exemple Corentin, l’émissaire de Fouché, dans les Chouans de Balzac. Mais aussi, dans ce même roman, Marie de Verneuil, une sorte de Mata Hari avant l’heure, qui joue les agents doubles. Pensons aussi aux Treize, membres d’une société secrète qui se retrouvent dans plusieurs romans. Il y a aussi des repris de justice qui dupent leur monde en arborant la robe ecclésiastique avant d’entrer dans la police : c’est Vautrin.

On présente souvent Balzac en insistant sur la dimension réaliste et sur l’ambition pharaonique d’un écrivain qui voulut, de son propre aveu, se comparer avec l’état civil. Il me semble que l’on ferait bien mieux d’insister sur la dimension romanesque d’une œuvre qui, par certains côtés, n’est pas sans ressemblance aucune avec des romans plus populaires, qui effraient moins les lecteurs, comme ceux, par exemple, d’un Alexandre Dumas ou d’un Eugène Sue. Tout cela pour dire qu’il y a aussi du suspense chez Balzac, et que le piédestal sur lequel on l’a placé le dessert peut-être, en ce qu’il finit par le faire cataloguer comme un auteur classique, difficile d’accès et rébarbatif, — ce qu’il n’est pas.

Un maître du fantastique

Il ne faut pas oublier que Balzac était aussi un maître du fantastique. Si vous ne l’avez déjà fait, je ne peux que vous inviter à lire La Peau de Chagrin. L’aventure du jeune Raphaël de Valentin bascule dans le fantastique au moment où il découvre une peau magique, capable d’exaucer tous ses vœux en échange d’un peu de sa vie… Et ce n’est pas le seul roman fantastique de Balzac. Le surnaturel s’invite également dans Ursule Mirouët

Décidément très en avance sur son temps, Balzac présente en outre dans Séraphîta un personnage androgyne, qui est tout à la fois homme et femme. Dans ce roman, le fantastique et le surnaturel ont également une belle part.

Les Chouans, un roman tout-en-un

Mais mon coup de cœur, ça a été Les Chouans. C’est un livre assez génial, parce que vous avez à la fois le style de Balzac, qui n’est quand même pas le plus mauvais qui soit, et en même temps, un roman d’aventures, un roman d’espionnage, un roman de guerre et une histoire d’amour. 4 en 1. Tous les ingrédients pour plaire : de l’action, du suspense, une intrigue amoureuse, des sentiments passionnés. Des personnages pittoresques : Marche-à-Terre, plus Breton que la Bretagne elle-même ; Corentin, l’espion émissaire de Fouché ; et bien sûr les deux héros, Marie de Verneuil et le Marquis de Montauran. Des personnages attachants, encore un peu romantiques ou idéalistes, et non des arrivistes prêts à tout comme dans d’autres romans de Balzac.

Réconciliez-vous avec Balzac !

Bref, si vous êtes fâchés avec Balzac, sachez qu’il y a vraiment de quoi vous réconcilier avec lui dans son œuvre multiple et protéiforme. Balzac incarne à juste titre un âge d’or du roman français, et ce n’est pas pour rien si, dans les années 1950, c’est précisément lui qui sera choisi comme anti-modèle par les Nouveaux Romanciers.

Et si lire de gros pavés vous rebute, savez-vous qu’il y a aussi des nouvelles, par définition assez brèves, de Balzac ? Parmi ces dernières, j’aime bien Massimila Doni, qui se passe à Venise, et qui est une belle histoire d’amour passionnel. Bref, il y en a pour tous les goûts ! Il y a certainement un Balzac qui vous conviendra !

Et vous, quel est votre Balzac ?


(Image d’en-tête : Portrait d’Honoré de Balzac par Louis-Auguste Bisson, 1842, disponible sur Wikimedia Commons et libre de réutilisation)

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