Bac 2015 : Jean-Michel Maulpoix au programme de la série L

Ce matin, les élèves de Première passaient les épreuves anticipées du baccalauréat en Français. Comme chaque année, ils devaient plancher sur un corpus de plusieurs textes, assorti d’une question puis de trois sujets au choix : commentaire composé, dissertation ou écriture d’invention. Et c’était la poésie qui était à l’honneur de la série L, avec, notamment, un extrait de L’instinct de ciel de Jean-Michel Maulpoix, le poète contemporain sur lequel j’ai travaillé pendant plusieurs années pour ma thèse de doctorat.

Qui est Jean-Michel Maulpoix ?

Né en 1952 à Montbéliard, Jean-Michel Maulpoix est apparu sur la scène poétique française dans les années quatre-vingts. Son premier recueil, Locturnes, paru en 1978, a été salué par Maurice Nadeau qui l’a édité. Il n’a, depuis cette date, cessé de publier à un rythme régulier des recueils de poésie, en prose pour la plupart, dont le plus connu est Une histoire de bleu, paru en 1992 aux éditions du Mercure de France, puis réédité en 2005 chez Gallimard. A côté de cette abondante production poétique, Jean-Michel Maulpoix a également produit une importante réflexion théorique, à travers plusieurs essais dont l’enjeu central est la notion de lyrisme.

Un poète voyageur

Le texte proposé aux lycéens était extrait de L’instinct de ciel, très beau recueil de proses dont le titre est inspiré de Mallarmé. Plus précisément, il s’agissait d’une partie du septième poème de la troisième section, dont on peut trouver une version quelque peu différente sur le site Internet du poète, sous le titre « Testament du voyageur ».

En effet, Jean-Michel Maulpoix est aussi un grand voyageur. Son recueil Chutes de pluie fine (2002) est ainsi organisé autour de quatre régions géographiques, l’Extrême-Orient, le Moyen Orient, l’Amérique et l’Europe. Il n’est pas exagéré de dire que Jean-Michel Maulpoix a presque fait le tour du monde au fil des années. C’est ainsi que la thématique du voyage intervient, de temps en temps, dans ses ouvrages.

Et cette multiplication de voyages ne laisse pas indemne, du moins si l’on en croit le poète lui-même, qui écrit dans le poème proposé aux lycéens :

« Je suis cet homme tout bossué de sacs et de valises qui va et vient dans sa propre vie, avec des départs, des retours, portant au cœur des coups, et des bleus plein la tête, traînant des cartables de cuir remplis de phrases et des serviettes bourrées de lettres, toujours rêvant de se blottir dans le sac à main d’une femme, parmi les tubes de rouge à lèvres, les miroirs, les photos d’enfants et les flacons de parfum. »

Jean-Michel Maulpoix, L’instinct de Ciel (2000), III-7,
dans Une histoire de bleu, suivi de L’instinct de ciel,
Paris, Gallimard, coll. « Poésie », 2005, p. 222.

Si le « bleu » du ciel et de la mer est une couleur chère à Jean-Michel Maulpoix, cette couleur est ici l’image des « coups » et des bosses qui façonnent son portrait. A l’opposé du va-et-vient incessant des voyages, le poète rêve de paix et d’immobilité, à travers l’image rassurante du « sac à main » de femme, lieu où « se blottir », où se sentir en sécurité. Cette métaphore apparaît plusieurs fois dans l’œuvre du poète, où elle est l’une des expressions d’un idéal d’apaisement.

Une figure universelle

Cet autoportrait du poète en voyageur semble, plus largement, une image de la condition de l’homme contemporain. Dans Une histoire de bleu, Jean-Michel Maulpoix parle de la « condition claudicante » de l’homme. Les pérégrinations et les voyages apparaissent comme un aspect de cette claudication.

On remarque, en effet, que, dans ce poème, la troisième personne prend, à certains moments, le relais de la première. Si la première phrase commençait par « Je suis cet homme bossué de sacs et de valises », les suivantes poursuivent à la troisième personne : « Cet homme hérissé d’antennes essaie de capter son amour sur les ondes ».

La figure du poète a donc quelque chose d’universel :

« J’ai fui, j’ai pris le large. L’habitude surtout de n’être nulle part, en apnée dans ma propre vie. Portrait du poète fin-de-siècle en créature d’aéroport, avec cette tête bizarre qu’a l’homme des foules en ces lieux-là : cerveau de gélatine blanche, œil à demi ensommeillé tourné vers le dedans, mais de la fièvre au bout des doigts. »

(Ibid., p. 223)

Le malaise personnel dont le poète fait ici état entre en écho avec celui de ses « semblables », « ceux de nulle-part et de là-bas, qui s’en vont chercher des soleils en poussant leur vie devant eux et en perdant mémoire ». Jean-Michel Maulpoix écrit, dans un autre passage du même ouvrage :

« Chacun n’est après tout que la forme nouvelle d’une question toujours posée, et manière singulière de tenter d’y répondre aussi bien que de l’oublier, avec des jeux, des cris, des tâches, des en allées et des retours, des bains et des éclaboussures, sur la plage, en été, près du bleu qui gonfle et qui remue. »

(Ibid., I-2, p. 148-149)

Les « jeux », les « cris », les « tâches » apparaissent ainsi comme une façon de se divertir, au sens pascalien, de « l’énigme » de l’existence.


Lycéens, comment avez-vous trouvé l’épreuve du bac ?

N’hésitez pas à intervenir dans les commentaires pour apporter votre impression personnelle sur l’épreuve de Français du baccalauréat. L’avez-vous trouvée difficile ? Quels textes vous ont-ils particulièrement ému ?

En tout cas, bon courage pour les oraux !

Pour en savoir plus

Bref, Jean-Michel Maulpoix est un poète qui mérite le détour. Si vous avez envie de davantage le connaître, vous pouvez commencer par vous reporter aux différents articles de ce blog qui évoquent sa poésie. Et si vous voulez le lire, je vous recommande de commencer par le recueil Une histoire de bleu, suivi de L’instinct de ciel, dans le format de poche des éditions Gallimard : c’est l’un de ses ouvrages les plus accessibles, et aussi, à mon sens, l’un des plus beaux.


 

(Image d’en-tête : Un avion, Gustavmelin0, Pixabay, libre de réutilisation)

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