Enchères (texte personnel)

J’ai retrouvé parmi mes écrits ce texte descriptif qui ne m’a pas déplu. Pour la petite histoire, je l’avais écrit en novembre 2008, dans le cadre d’un atelier d’écriture. Le thème lancé au groupe était celui des enchères.

Les satins noirs et les cols blancs déambulaient devant l’étal. Les flûtes remplies éclataient sous les lustres, les colliers de perles. Le feutre de la moquette étouffait chaque murmure. L’attente se promenait entre les rayons, les vitrines brillantes et les murs blancs. Les marbres de l’escalier se tapissaient d’or et de rouge. Les couronnes et les sceptres paradaient. Dans un angle, près du plafond, un voyant rouge clignotait. De longs gants blancs recouvraient les fines mains et les bras graciles qui remuaient doucement. On observait, on contemplait, on comparait les écrins, les vernis, les bulles de champagne et les œufs d’esturgeon. On prenait le temps de faire le tour de la galerie surplombant le hall. On écoutait distraitement la valse du pianiste en smoking. On dévisageait les belles femmes, on cherchait à reconnaître des visages, des allures, des personnalités. On présentait celle dont on porte le bras aux médaillés, aux milliardaires et aux princes. On regardait encore ce lustre immense qui remplissait à peine le hall, ses petits diamants disposés en cercle, suspendus, dessinant avec la lumière de subtils jeux de prismes et de délicates rosaces. Sur la terrasse, au-dessus, les petits points rouges des cigarettes s’avivaient à mesure qu’au loin l’horizon se parait d’un indigo plus sombre. Quelques silhouettes s’essayaient à la valse. D’autres s’accoudaient comme au pont d’un bateau, légèrement isolés, et se grisaient doucement de sentiments mélancoliques, tournant un instant le dos à la resplendissante demeure. Un air frais les faisait frissonner, les reconduisait vers la foule luxueuse. Ils se rapprochaient du caviar, rectifiaient leur coiffure, regardaient l’heure. Il n’y en avait plus pour très longtemps.

Soudain en effet une flûte à champagne se mit à tinter sous le choc d’une petite cuillère en argent. Une voix aiguë se fit entendre, annonçant le début de la vente. Les verres rejoignirent les tables, les cigarettes s’éteignirent, la valse s’interrompit. La terrasse se dépeupla. Le bois verni se referma sur les notes noires et blanches et les cordes d’acier du grand piano. La masse dispersée se rassembla. On traversait une dernière fois la grande galerie où s’alignaient les vitrines. On s’assemblait au sommet de l’escalier. Une grande salle ouvrit ses portes blanches et dorées. On commença à s’installer sur les sièges alignés. Les chaises grincèrent sur le parquet. Peu à peu l’attention se reporta sur l’avant de la pièce, légèrement surélevé pour l’occasion, où une tribune avait été installée. Des grincements suraigus se firent entendre, précédant la voix chevrotante de la donatrice de la fondation. Il y eut des applaudissements. La vieille dame alla s’asseoir au premier rang, remplacée à la tribune par un homme à la voix claironnante. Des mains commencèrent à se lever dans l’assistance. Un geste subtil suffisait, à peine un remuement des doigts. Certains s’étaient munis des pancartes distribuées à l’entrée. D’autres se contentaient d’un très léger signe de tête. On murmurait à peine, seule régnait la voix puissante, relayée par les haut-parleurs, du commissaire-priseur. On cherchait parfois à voir de plus près, avant d’enchérir. Mais les doigts finissaient toujours par se lever, parfois au premier rang. Des investisseurs étrangers demeuraient immobiles, remplacés par leurs employés, reconnaissables à leur téléphone portable qui fonctionnait sans cesse. Des affaires se firent, cette soirée-là.

Et puis les longues fourrures retrouvèrent les dos. Les voitures se rassemblèrent devant les grands escaliers extérieurs. Il fallait faire quelques pas dans la neige. Des portières claquèrent. Des moteurs vrombirent. L’immense demeure restait illuminée. Chaque lustre de cristal prolongeait à sa manière la soirée, tandis que s’éloignait la foule. Les fenêtres imprimaient de vifs rectangles de lumière sur la neige. Des mains se serrèrent. Des visages se promirent de se retrouver. Certains emportaient des paquets de diverses tailles. L’animation faiblissait à chaque seconde. La neige fut bientôt le seul témoin de tout ce faste. Un huhulement peut-être se percha sur la terrasse. Les ombres furent désormais celles sculptées sur la façade par la lune. Les dernières lumières s’éteignirent. Les portes furent soigneusement fermées à clef. Les moquettes retrouvèrent le silence.

mercredi 12 novembre 2008

Image d’en-tête : Pixabay.

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