En relisant mes textes

Si mes propres textes, poétiques pour la plupart, publiés dans ce blog, sont indépendants les uns des autres, ils finissent malgré tout par esquisser les tendances de ce que j’aime écrire. C’est pourquoi je voudrais revenir aujourd’hui sur cette aventure, en relisant avec du recul les textes publiés, et en vous donnant, du même coup, l’occasion de les (re)découvrir. 

Pourquoi des poèmes ?

Pourquoi des poèmes ? C’est une voie qui m’a très tôt requis, dès l’adolescence où ma prof de français m’avait inscrit au concours d’écriture poétique de l’Académie de Nice, année 1996. Autant dire que la poésie m’intéresse et me requiert depuis toujours. Sans en avoir eu nécessairement conscience sur le moment même, je pense que les cours portant sur la poésie et le théâtre m’ont davantage intéressé que ceux qui concernaient le roman. Depuis, je me suis spécialisé dans l’étude de la poésie contemporaine. Aujourd’hui encore, l’écriture poétique reste celle que je pratique le plus.

Pourquoi des poèmes ? Pour être tout à fait honnête, il y a aussi à cela une raison beaucoup plus pratique, qui est que l’on peut plus facilement écrire des textes brefs, quand on dispose de très peu de temps. Il faudrait, à vrai dire, avoir le luxe de ne pouvoir faire que cela, ou presque, pour réellement pouvoir s’impliquer dans un projet d’écriture de grande ampleur, être disponible à l’écriture, laisser aux idées le temps de germer en trouvant les mots adéquats, la forme idoine, le juste rythme. 

D’imperceptibles signes d’espoir 

L’un des tout premiers poèmes personnels publiés sur ce blog s’intitule « Sur l’orient comme tout ce qui naît ». Ce poème en prose part à la recherche de signes presque imperceptibles d’espoir. C’est un poème qui me ressemble en ce que je refuse absolument le pessimisme et le défaitisme. Bien sûr, il ne s’agit pas pour autant de nier la douleur, la peine, la souffrance, et les immenses déséquilibres qui perturbent notre époque. Mais je pense que cette lucidité doit s’accompagner d’espoir, aussi ténu et embryonnaire soit-il. Et c’est ce que ce poème cherche à dire, en parlant d’un « indistinct élément », presque imperceptible, qui est comme un infime détail qui pourrait tout changer, comme « le prototype d’une promesse ». 

Depuis longtemps, mes poèmes s’inscrivent dans un ensemble que j’ai intitulé « Concordance ». J’aime ce titre simple, où l’on entend le corps et la danse, comme pour montrer que l’accord ainsi recherché est un équilibre dynamique et mouvant. Ce mot a aussi quelque chose de musical, comme un accord qui sonne juste. Il s’agit de justesse mais aussi d’équilibre. Une harmonie qui ne va pas de soi, mais qui est toujours à conquérir. 

Le poème « Femme » traduit lui aussi, à sa manière, cette concordance, avec l’idée que la femme, du fait même de sa féminité, est sans doute bien plus proche que l’homme de cette concordance. Le poème ne traite pas de la féminité qui se montre à l’homme par les artifices de la séduction. C’est une toute autre féminité, simple, naturelle, une façon d’être avec les choses et les êtres qui est parfaitement authentique, dans la joie comme dans la peine. On retrouve cette concordance dans « Afrique », poème qui dit la paradoxale sérénité d’une femme meurtrie par le labeur, par ses devoirs de mère, par la guerre toujours latente. Ce personnage mêle la plus grande douceur et le plus grand courage. Il me semble que c’est cela, une mère. 

Une quête de sérénité 

Oui, relisant mes poèmes, j’y retrouve une quête de sérénité, diversement formulée mais toujours très présente. C’est pour moi un mouvement indispensable. Écrire des poèmes sereins me permet de dépasser une inquiétude qui ne manque pas de raisons de proliférer. Les causes de l’inquiétude étant impossibles à éradiquer de façon rapide et individuelle, il faut bien commencer par trouver une façon d’être en paix malgré elles. On retrouvera cette aspiration à la sérénité dans « Quand les rumeurs du jour se sont assagies », ou dans « Les cloches sonnent au loin », par exemple. 

C’est pour cette raison que j’aime particulièrement « Heure de joie », poème en prose qui évoque un instant de pure sérénité, d’harmonie, d’acquiescement au monde. Cet instant est celui de l’aurore, dont on oublie trop souvent le miracle qu’elle constitue. Les Égyptiens représentaient des singes sur leurs temples dédiés au dieu soleil : en effet, ces animaux applaudissent lorsque paraissent les premiers rayons du jour. Nous avons peut-être eu tort d’oublier ce geste. Nous, qui savons que le soleil se lève tous les jours, nous qui pouvons prédire l’aube à la seconde près, nous avons peut-être oublié à quel point l’aube tient du miracle. Aussi sombre que soit la nuit, renaît toujours la lumière. Y a-t-il plus grand miracle ? 

Le poème intitulé « Sitôt que la rive s’élargit » évoque le moment précis où la rivière rejoint la mer, où l’eau se découvre donc beaucoup plus vaste que le simple lit où elle était jusqu’à présent contenue. Cette prise de conscience de l’eau peut être comparée à une forme d’éveil spirituel, de « sentiment océanique ». Le moment où l’eau rejoint l’océan est aussi un moment où elle cesse de couler, où il n’y a donc plus de mouvement, et l’eau découvre qu’elle peut être paisible, qu’elle n’est pas obligée de constamment se débattre. Nous ne sommes pas obligés de toujours nous rendre d’un point A à un point B : nous pouvons aussi parfois nous arrêter, cesser de vouloir contrôler notre destin et laisser faire la vie. C’est cela, je crois, qu’on appelle le lâcher-prise.

Le poème plus récent intitulé « Qu’il en soit ainsi » porte la marque du deuil. Il évoque ces moments où, même si du temps a passé, le cœur se resserre. Il dit cette tristesse qui ne manque pas de resurgir ponctuellement. Mais il ne s’en tient pas à elle. Il tente de se tenir dans la lumière du soleil, et de savourer ces instants de communion avec la nature.

La communion avec la nature

Plusieurs poèmes apparaissent comme des relations de promenades dans la nature, au contact avec le ciel, les oiseaux, les montagnes, la mer… Il m’apparait de façon très nette que le contact avec la nature relève pour moi de ce qui est vital. Il n’y a rien de plus régénérant que de ne faire plus qu’un, pendant un temps, avec cette nature qui nous entoure, qui nous nourrit, qui nous permet de vivre, mais qu’hélas nous détruisons à un rythme effréné. Parmi ces poèmes composés au contact avec la nature, on peut citer « Le sommet », ou encore « Les ruines d’Aspremont »

Ces deux poèmes sont nés de promenades réelles dans le moyen-pays. Il ne s’agit pas encore des très hautes cimes du Mercantour, très proches cependant, mais des premiers contreforts alpins, qui ne sont plus de simples collines mais ne sont pas encore tout à fait des montagnes. Du haut de ces premiers sommets, la vue porte au loin et permet d’embrasser toute l’étendue côtière du regard.

Cette communion avec la nature peut aussi, plus simplement, s’ancrer dans le vécu quotidien, comme dans « Matin de fin d’hiver », où je relate un instant de contemplation des oiseaux, ou dans « Automne », souvenir de journées encore chaudes de l’automne provençal.

Je ne suis décidément pas un homme des villes. J’en sais apprécier les commodités, bien entendu, mais bien vite il me faut retrouver la nature. Si certains poèmes évoquent les montagnes, d’autres se perdent dans la contemplation de la mer. C’est sur la mer que j’ai écrit mon tout premier poème, en classe de sixième. Aujourd’hui, la mer continue d’avoir une grande importance dans mon imaginaire. Je crois que la poésie de Jean-Michel Maulpoix m’a d’abord séduit par cette importance donnée à la mer dans Une histoire de bleu. Inévitablement, sa façon de traiter le sujet m’a influencé. J’ai aimé sa prose très rythmée, au point de lui consacrer ma thèse de doctorat. 

Un autre rythme 

Si beaucoup de mes poèmes sont en prose, c’est sans doute également parce que j’ai baigné pendant plusieurs années dans la prose de Jean-Michel Maulpoix. La fréquentation assidue de ses poèmes a confirmé ce que je pensais déjà après avoir lu Baudelaire, à savoir que la prose est tout à fait à même d’accueillir une parole poétique. 

Certains de mes poèmes possèdent cependant un autre rythme. Pour Éluard, les vers respirent grâce aux « grandes marges blanches, aux grandes marges blanches de silence » dont ils s’entourent. Mes poèmes en vers résultent souvent d’une inspiration plus légère, en tout cas d’un autre rythme. En témoignent les « Haïkus d’été », qui n’ont guère emprunté de la tradition japonaise que le goût du bref et l’intérêt porté aux saisons. J’ai aussi écrit, pendant le confinement, un poème sur les fleurs du jardin de ma mère « au mois de mai »

J’ai écrit le poème « Enfance » pour la revue Nu(e), qui publiait un numéro spécial intitulé « Jokari », précisément consacré à l’enfance. Dans ce poème, je dis que j’ai l’enfance « devant moi », pour la regarder en face, et qu’au lieu de déplorer sa perte, je me réjouisse qu’elle fut heureuse. Les répétitions me permettent de montrer que l’enfance ne fut pour moi qu’une succession de bonheurs. J’aime beaucoup ce poème ; ma sœur l’a utilisé comme fond sonore pour un diaporama de nos photos d’enfance. 

Là où va l’oiseau 

J’ai également publié sur ce blog quelques extraits d’une suite intitulée « Là où va l’oiseau ». Cet ensemble, qui reste encore largement à écrire, se veut un survol du monde par un oiseau tutélaire, qui observerait l’humanité, depuis toujours, d’en haut. Ce serait donc une mini-épopée. Font partie de cet ensemble « Immense oiseau » et « Chamane du Bégo ». Dans le premier, on remonte aux origines du monde et au premier envol de l’oiseau. Dans le second, l’oiseau survole les hautes cimes du Mercantour à l’époque où des sorciers-chamanes y gravèrent d’obscurs symboles. L’oiseau est destiné à poursuivre sa route dans des poèmes qui ne sont pas encore écrits. 

À côté de cette veine plus « épique », j’ai aussi envie d’écrire des poèmes qui soient faits pour être dits plutôt que lus. Cette prise en compte implique une écriture bien différente, au rythme plus enlevé. J’ai ainsi écrit « La poésie s’est mariée avec les étoiles », qui progresse au rythme de répétitions successives. J’ai récité ce poème sous le soleil couchant d’Aiglun, dans le cadre de journées poétiques organisées par Patrick Quillier. Et c’est sous la forme d’une vidéo que j’ai proposé un « Appel à la poésie », à l’invitation de Sabine Venaruzzo pour le festival Poët Poët. Il s’agissait d’interpeler l’auditeur, de l’apostropher, de l’appeler pour lui dire que lui aussi, il était concerné par la poésie. 

L’amour absolu 

J’ai écrit « Déclaration d’amour » comme une déclaration idéale. Pour la petite histoire, ce texte est né après avoir regardé un épisode de série télévisée où le héros ne parvient pas à déclarer sa flamme. Le spectateur devant son poste n’a qu’une envie, celle de lui dire : « Bouge-toi ! », et de lui souffler les mots d’amour qui lui manquent. Tentant en somme de dire à sa place ce qu’il aurait dû dire et n’a pas dit, ce poème s’extrait cependant de cette situation de départ, si bien que chacun peut s’approprier cette déclaration d’amour absolu. 

Je suis assez satisfait de « Nos premières paroles », un texte tout entier au conditionnel, consacré à l’excitation fébrile des commencements, pour un jeune couple pudique. C’est ma façon à moi d’aborder le thème, si souvent traité dans la littérature, de la scène de la première rencontre. Est-ce un poème ou une page de roman ? Sans doute quelque chose entre les deux. 

Du côté de la narration

Puisqu’il est question de roman, j’ai aussi écrit quelques textes narratifs. Vous trouverez ainsi une réécriture du conte de Cendrillon. Quand j’étais en prépa, Perrault était au programme, et j’avais lu un article critique qui m’avait donné l’idée de cette réécriture, mais je ne l’ai écrite que bien plus tard. Il s’agit d’une réinterprétation qui se passe de tout enchantement magique. Cendrillon reste une petite fille, elle ne se transforme pas en princesse, mais sa bonne marraine lui donne le moyen d’accepter sa mauvaise fortune. 

« Le nom de la montagne » est un conte philosophique qui voulait montrer combien d’ancestraux désaccords peuvent ne reposer sur rien d’important. Les habitants des quatre flancs d’une montagne ne parviennent pas à s’accorder sur le nom de cette montagne. Ils en ont tous une perception différente. J’aime bien ce petit texte qui raconte de façon légère quelque chose d’important à mes yeux. 

« Enchères » se veut un texte qui pourrait s’insérer dans un roman. Ce n’en est qu’une page. Je l’avais écrit à l’occasion d’un atelier d’écriture sur le thème des enchères. C’est donc la description d’une vente aux enchères, conçue comme un exercice de style. J’ai depuis retrouvé ce texte, écrit lors d’un atelier d’écriture, alors que j’étais étudiant en master, et j’ai voulu le publier sur ce blog, car je suis satisfait du résultat. 

Je suis par ailleurs assez satisfait d’un petit sketch de théâtre qui m’a été directement inspiré par le lieu même où je pratique, depuis quelques années, le théâtre amateur, dans le cadre du Centre Culturel de Cagnes-sur-Mer. Il ne prétend pas à autre chose que de faire sourire. 

*

J’espère que vous avez pris du plaisir à découvrir, ou à redécouvrir, ces textes personnels que je publie ici, de temps à autre. Je n’ai parlé que de quelques-uns des 69 textes personnels parus à ce jour. Leur relecture m’a fait du bien, car je me suis rendu compte que leur inspiration n’était pas aussi disparate que je le craignais. N’hésitez pas à commenter pour faire état de vos préférences, dans cet ensemble ! Et pensez aussi, si ce n’est encore fait, qu’il est facile de vous abonner au blog, pour recevoir automatiquement les nouvelles publications !

4 commentaires sur « En relisant mes textes »

  1. Et bien, quelle magnifique présentation ! Bravo, je l’ai lue d’une seule traite en appréciant la poésie se dégageant de nombreux passages. Je mets votre courriel de côté afin de retourner lire les liens avec les poèmes. Merci et bonne journée à vous !

    Aimé par 1 personne

  2. J’espère que son auteur ne m’en voudra pas de cette brève citation destinée à mettre l’eau à la bouche pour ses poèmes! Brève citation tirée du poème « Les ruines d’Aspremont » : « Vertige du vide qui entoure
    L’arche de pierres sèches, alliance du ciel et de
    La terre ».

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  3. « Propices à la sieste
    Les volets entrebâillés
    Au plus chaud du jour ». Je ne saurais tout citer ! Mais tous sonrt un régal !

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