Les animaux dans la poésie

Aujourd’hui 4 octobre, c’est la journée mondiale des animaux. Cette initiative onusienne vise à « protéger les espèces en voie de disparition ». Les poètes n’ont évidemment pas attendu cette injonction pour évoquer, célébrer, chanter les animaux dans leurs poèmes. Quelques exemples puisés dans différentes époques.

1. Catulle : la mort du moineau de Lesbie

Catulle, grand poète latin de l’Antiquité, natif de Vérone, écrivit de très beaux poèmes, dont des poèmes consacrés à son amour pour « Lesbie ». On peut apprécier le ton lyrique et plaintif, donc élégiaque, du Carmen III :

« Lugete, o Veneres Cupidinesque,
Et quantum est hominum uenustiorum !
Passer mortuus est meae puellae,
Passer, deliciae meae puellae,
Quem plus illa oculis suis amabat »

Je tenais à citer le poème (enfin, une partie du poème) en latin, en vous invitant à lire les traductions et les commentaires proposés dans le « jardin des muses » du site « Trigofacile ».

Le poème commence avec un impératif, « Lugete », « Lamentez-vous ». Le registre de la complainte est donc affirmé d’emblée.

Passer, passeris, c’est le moineau ; puella, puellae, c’est ici la femme aimée, Lesbie elle-même ; amo, amas, amare, ce n’est rien d’autre que le verbe aimer ; morior, moriri, c’est le verbe mourir (on dit que c’est un verbe déponent parce qu’il se conjugue à la voix active en suivant la conjugaison du passif). Je suis sûr que, rien qu’avec ces trois mots, vous pourriez, même non latiniste, inventer une traduction qui serait très proche d’une traduction véritable…

2. La Fontaine : les obsèques de la lionne

Impossible de ne pas faire un détour chez La Fontaine, où nous avons l’embarras du choix en termes d’intervention des animaux dans ses poèmes. Pour maintenir une certaine unité avec le poème précédent, j’ai choisi un poème portant lui aussi sur la mort d’un animal. Pourtant, le registre n’est pas du tout le même. Il s’agit ici bien moins de complainte que de satire.

               « La femme du Lion mourut :
Aussitôt chacun accourut
Pour s’acquitter envers le Prince
De certains compliments de consolation,
Qui sont surcroît d’affliction.
Il fit avertir sa Province
Que les obsèques se feraient
Un tel jour, en tel lieu ; ses Prévôts y seraient
Pour régler la cérémonie,
Et pour placer la compagnie.
Jugez si chacun s’y trouva. »

Le poème est trop long pour être ici cité en son entier, mais on le trouvera en version intégrale sur un site consacré à ce poète, accompagné de quelques notes.

Il faut bien sûr voir, derrière le Lion, une figure royale, si bien que ce poème consiste à railler l’hypocrisie du milieu de la Cour. « Jugez si chacun s’y trouva » : être présent aux obsèques est avant tout un devoir.

3. Le romantisme d’un Victor Hugo

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Victor Hugo

Victor Hugo aussi a écrit des poèmes sur des animaux. J’aime bien cette sorte de fable philosophique que l’on trouve dans La légende des siècles, où le poète prend le parti du crapaud, alors que cette créature était traditionnellement honnie pour sa laideur. C’est une forme du romantisme de Hugo : chanter le laid, prendre la défense des faibles, utiliser la noblesse de l’alexandrin pour grandir un hideux animal.

On trouvera le texte intégral sur Wikisource, mais voici un extrait :

« Un homme qui passait vit la hideuse bête,
Et, frémissant, lui mit son talon sur la tête ;
C’était un prêtre ayant un livre qu’il lisait ;
Puis une femme, avec une fleur au corset,
Vint et lui creva l’œil du bout de son ombrelle ;
Et le prêtre était vieux, et la femme était belle »

Ni la sagesse de l’âge, ni la beauté du corps ne préservent l’individu d’une sorte de cruauté instinctive envers la laideur. Un peu plus bas dans le poème, un groupe d’enfants prend un malin plaisir à torturer la pauvre bête. Le seul ami que trouvera le crapaud ne sera pas humain mais animal : un âne. Ça donne à réfléchir, non ?

4. Le lyrisme matérialiste d’un Francis Ponge

On sait comment Francis Ponge s’est attaché à prendre — et c’est le titre de l’un de ses recueils les plus célèbres — le parti des choses. Son souci d’objectivité n’est paradoxalement pas sans lyrisme. Et, parmi les objets qu’il décrit minutieusement, en lien souvent avec la réalité graphologique ou phonétique du mot qui les désigne, il y a au moins un animal : les crevettes.

J’ai appris, en assistant à un colloque, qu’une artiste plasticienne s’était fait une spécialité dans la peinture de crevettes pongiennes.

5. Et chez les plus contemporains ?

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La poète Marie-Claire Bancquart (Wikimedia Commons, libre de réutilisation)

Parmi les poètes les plus contemporains, on peut citer :

  • Béatrice Bonhomme qui, dans Passant de la lumière, utilise par métaphore l’image d’un moineau, d’un passereau, pour évoquer la mort de son père ;
  • James Sacré qui, dans Anacoluptères, s’intéresse notamment aux papillons. J’ai eu la chance de pouvoir feuilleter cet ouvrage magnifiquement illustré ;
  • Marie-Claire Bancquart, auteur de Opportunité des Oiseaux. On trouve aussi, dans Avec la mort, quartier d’orange entre les dents, un très beau poème où l’homme et l’insecte s’observent mutuellement d’égal à égal.

La parole est à vous !

Si d’autres exemples vous viennent à l’esprit, n’hésitez pas à le signaler en commentaire. Cela permettra d’élargir notre bestiaire poétique !


(Image d’en-tête : Pixabay)

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2 réflexions au sujet de « Les animaux dans la poésie »

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