D’où vient le « s » du pluriel ?

C’est une règle que nous avons apprise très tôt : la plupart des substantifs forment leur pluriel en y adjoignant un « s ». Une marque la plus souvent muette à l’oral, ce qui explique la facilité avec laquelle on peut oublier de l’écrire. Mais d’où vient cet « s » ?

Un héritage du latin…

C’est bien connu, le français vient du latin. Et le latin était une langue à flexions. Autrement dit, la forme des mots changeait selon leur fonction dans la phrase. Ces changements portaient sur la syllabe finale des mots. Ce sont les fameuses déclinaisons.

Il y avait cinq déclinaisons. Par exemple, la première déclinaison comportait beaucoup de mots féminins, comme rosa (la rose), mais aussi des mots masculins, comme nauta (le marin) ou poeta (le poète).

Or, à l’accusatif pluriel, on trouve déjà cet -s qui permet aujourd’hui de former la plupart des pluriels français :

  • rosas (les roses) dans la première déclinaison,
  • dominos (les maîtres) dans la deuxième déclinaison,
  • consules (les consuls) dans la troisième déclinaison,
  • exercitus (les armées) dans la quatrième,
  • ou encore res (les choses) dans la cinquième déclinaison.

On notera, par parenthèse, que ces déclinaisons latines proviennent elles-mêmes des déclinaisons de l’indo-européen, une langue préhistorique, non attestée à l’écrit, mais dont les spécialistes parviennent à se faire une idée en comparant ses différentes langues-filles.

…qui s’est peu à peu transformé…

Le latin a connu de nombreuses déformations qui ont abouti aux différentes langues latines que nous connaissons aujourd’hui. Dès l’Antiquité, les hommes du peuple, comme par exemple les soldats qui conquirent la Gaule, ne parlaient pas tout à fait la même langue que Cicéron.

Gaston Zink, dans la Phonétique historique du français (PUF, 1986, rééd. 2006, p. 32-33), rappelle que « des écarts de tous ordres altèrent quotidiennement le parler de locuteurs isolés », mais que seuls ceux qui sont adoptés par un groupe important de personnes ont une chance de devenir la norme.

Toujours d’après Gaston Zink, il y a, à ces altérations, des causes mécaniques (par exemple, la simplification visant à l’économie de l’effort articulatoire), des causes sociales (par exemple, certains milieux cultivés affectant une prononciation différente de celle de la masse), et des causes géographiques (par exemple, l’influence d’une langue parlée dans un pays limitrophe ou véhiculée par un envahisseur).

…jusqu’en ancien français…

En ancien français, il ne reste des déclinaisons latines que deux cas : le cas sujet et le cas régime.

Par exemple, pour un certain nombre de noms masculins (je n’entre pas dans les détails), le cas sujet porte un S au singulier (ou rien), et rien du tout au pluriel ; tandis que le cas régime ne porte rien au singulier, et un S au pluriel.

Il faut donc faire attention lorsqu’on lit des textes en ancien français, la marque -s pouvant être celle du nominatif singulier ou du cas régime pluriel.

En français moderne, la disparition du système de déclinaisons a favorisé les formes de cas régime. C’est ainsi que le singulier ne porte pas de marque particulière, tandis que le pluriel porte généralement la marque -s.

Et les pluriels en -x ?

Souvent, les pluriels en -x correspondent à des singuliers en -l. La marque du pluriel -s, s’ajoutant à ce singulier, donne régulièrement -ls. Or, le -l- s’est alors vocalisé en -u-, donnant des finales en -us. Par exemple, cheval chevals vocalisé en chevaus (prononcez quelque chose comme « tchévaousse »).

Maints copistes ont alors graphié la finale -us sous la forme d’un -x : chevax. La valeur de cette lettre -x a ensuite cessé d’être perçue, considéré comme un simple équivalent du s final. On a alors écrit chevaux qui est l’orthographe moderne.

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