Non, tout ne va pas mal à l’école

Avec la rentrée scolaire qui s’annonce, la presse nous inondera sans doute d’articles concernant l’éducation. Le sujet ne laisse personne indifférent. Et il est parfois source d’inquiétudes légitimes. Il convient cependant de ne pas voir la réalité plus noire qu’elle n’est véritablement. Laissons pour un temps les « c’était mieux avant », les « tout va mal », les « tout est à revoir ». Car la réalité est là : chaque jour, des millions d’enfants apprennent et grandissent…

 Mon point de vue

Un enfant qui écrit (Pixabay)

Chaque jour, en période scolaire, des millions d’enfants rentrent satisfaits de leur journée à l’école : ils sont les grands oubliés des conversations de comptoir, où l’on aime à parler de « crise », où l’on affirme haut et fort que « c’était mieux avant », et où l’on se convainc que « rien ne fonctionne ».

Chaque jour, des enfants lisent, écrivent, dessinent, colorient, chantent, dansent, jouent, courent, sautent, rampent, découvrent, s’interrogent, réfléchissent, et, finalement, grandissent. Alors, oui, certains rencontrent des difficultés scolaires. Mais je crois que les aborder avec angoisse n’aide pas à les résoudre. Il faut, bien entendu, les prendre en considération avec tout le sérieux qui s’impose. Mais sans crispation, sans anxiété, sans inquiétude inutile.

Dédramatiser la difficulté scolaire

Je pense qu’il est bon de se souvenir que la difficulté scolaire a toujours fait, et fera toujours, partie du quotidien d’une école. Enfants, parents, enseignants ont, selon moi, besoin de la considérer avec plus de recul et moins de stress. Les enfants concernés ont besoin de savoir qu’ils ne sont pas seuls à rencontrer des difficultés, qu’une telle situation n’est pas anormale. Les parents ont besoin de se rassurer afin de pouvoir jouer leur rôle au mieux. Et les enseignants doivent pouvoir, eux aussi, travailler avec sérénité.

Il y a des tas de raisons à une difficulté passagère

Des craies (Taken, Pixabay )

On parle beaucoup de troubles de l’attention, de dyslexie, de dyspraxie, d’autisme, de troubles du comportement, etc. Ce sont des mots angoissants. Pourtant, l’inquiétude n’est d’aucune aide. Parents, rassurez-vous : on peut très bien être dyslexique ou dyspraxique et réussir sa vie ! Les Universités accordent un tiers-temps pour les étudiants concernés : cela prouve bien que ceux-ci accèdent à l’enseignement supérieur et peuvent poursuivre des études s’ils le désirent…

Et il y a des tas d’autres raisons, plus anodines, mais moins souvent évoquées, qui peuvent expliquer une difficulté passagère. Romain (les personnages sont fictifs) est triste parce que Dylan ne veut plus jouer avec lui : son cerveau, préoccupé par la tristesse, n’est pas disponible pour apprendre. Natacha est inquiète parce que sa maman a une angine : elle n’est pas davantage prête à écouter. Thomas est en colère parce que Mélody a cassé son stylo préféré : même diagnostic. Bref, les enfants sont des enfants. Ils ne sont pas des machines à apprendre, mais des êtres humains. On ne peut pas leur demander d’être toujours performants. Mais, en fin de compte, la plupart finiront par apprendre.

Était-ce mieux avant ?

Un manuscrit (Pcdazero, Pixabay, libre de réutilisation)

Alors, non, tout ne va pas mal. Était-ce mieux avant ? Difficile à dire. Certains ont beau jeu d’exhiber des cahiers remarquables, à la calligraphie parfaite, du début du siècle dernier. Si l’on trouve tant de beaux cahiers, c’est peut-être simplement que les mauvais n’ont pas été conservés. Et c’est oublier un peu vite qu’à cette époque, l’école ne s’était pas encore massifiée. Au-delà des quelques élèves doués, encouragés par leurs professeurs à poursuivre leurs études, il y avait aussi un ensemble d’élèves moins brillants, pour lesquels les exigences étaient moindres.

De même qu’il est difficile de comparer le niveau des élèves d’un pays à l’autre, tant les problématiques sociales, les enjeux éducatifs, les vécus extrascolaires sont différents, il est peu aisé de juger de l’évolution d’un niveau dans le temps.

Pour autant, je vais malgré tout affirmer que, au vu de ce que j’ai pu entendre auprès d’enseignants plus âgés, il reste probable que, oui, sans doute, c’était mieux avant. Mais il me semble que ce qui s’est dégradé, ce ne sont pas l’école, ni les programmes, ni les capacités des élèves. Ce qui s’est dégradé, c’est la société elle-même.

C’est la société, non l’école, qui s’est dégradée

La tour Eiffel (Pixabay)

Nous vivons dans une société plus urbaine, où les gens mènent une existence plus anonyme, où les solidarités de proximité sont probablement moins puissantes qu’il y a quelque décennies. Un parent pouvait faire appel à un ami, un parrain, un parent, un voisin… Aujourd’hui, les familles sont des noyaux plus étroits, avec parfois un seul parent pour gérer plusieurs enfants. C’est beaucoup de poids sur leurs épaules.

Nous vivons aussi dans une société plus dangereuse, où laisser ses enfants gambader seuls est devenu irresponsable. J’ai lu quelque part qu’en quelques décennies, la zone de liberté laissée aux enfants, exprimée en mètres, avait considérablement réduit. Cela ne m’étonne pas.

Nous vivons dans une société plus bruyante, plus active, où nous sommes constamment sollicités pour toutes sortes d’activités, par toutes sortes de messages. L’ère du tout-connecté laisse bien peu de repos à notre esprit. Les enfants n’échappent pas à ces stimulations excessives qui les excitent et les énervent, au détriment de leurs apprentissages.

Une place de parking pour ovnis (Pixabay, libre de réutilisation)

Nous vivons dans une société précaire, où un très grand nombre de personnes sont inquiètes pour leur lendemain. Malgré leurs efforts, les parents ne peuvent pas cacher les situations difficiles qu’ils rencontrent à leurs enfants, qui sont des êtres particulièrement sensibles et qui devinent, bien souvent, que quelque chose ne va pas.

Nous vivons dans une société où le poids de la réussite s’est fait plus pressant. Il y a seulement quelques décennies, ne pas faire d’études était quelque chose de tout à fait courant, et n’était absolument pas une entrave dans l’obtention d’un métier. Dans la France d’après-guerre où tout était à reconstruire, aucun bras n’était de trop. Si bien que l’absence de dispositions particulières aux études scolaires n’était pas un problème en soi.

Nous vivons dans une société plus riche, mais paradoxalement aussi plus pauvre. Il fut un temps où la moindre chaumière avait des meubles en bois véritable, certes fort simples et peut-être même faits maison, mais pas du mobilier en sciure agglomérée. Nous mangeons à notre faim, mais cet accroissement de la quantité s’est fait au détriment de la qualité : il fut un temps où tout fruit et légume consommé était « bio », puisqu’il n’existait que ceux-là. Nous pourrions multiplier les exemples.

Aucun rapport avec l’école ? Pas si sûr… L’école n’est pas mystérieusement coupée du monde extérieur. Elle reflète nécessairement la société qui l’entoure.

N’accusons pas l’école de tous les maux

J’entends ou je lis parfois des opinions très péremptoires et excessivement pessimistes, qui accusent l’école de tous les maux, et qui prétendent que tout devrait être remis à plat, comme si rien n’allait, comme si tout était à refaire, comme si rien de ce qui existe déjà ne fonctionnait.

C’est pourquoi je voudrais faire entendre un son de cloche plus positif et plus optimiste. Non par aveuglement naïf, mais simplement parce que je crois encore en l’école publique. Je pense sincèrement qu’elle reste quelque chose dont on peut être fier. Je n’essaie pas de dire que tout va pour le mieux. Mais dans l’ensemble, ça ne va pas si mal.

La plupart des enfants s’épanouissent à l’école. Nombre d’entre eux préféreraient sans doute passer davantage de temps à jouer qu’à étudier, ce qui est bien naturel, mais dans l’ensemble, ils apprennent, ils grandissent, ils évoluent. Dans l’ensemble, l’école reste un endroit où il fait bon vivre. C’est, je crois, le ressenti de la grande majorité.

4 commentaires sur « Non, tout ne va pas mal à l’école »

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