« Inventer une langue »

« Inventer une langue » : la formule est de Rimbaud, et certains semblent l’avoir prise littéralement. En effet, il existe sur Internet des communautés d’usagers qui se renseignent et partagent autour de la création d’idiomes imaginaires, dans la lignée notamment de Tolkien qui faisait parler les personnages du Seigneur des Anneaux dans leur propre langage. Petit tour d’horizon de ces « langues construites »…

1. Les langues forgées par Tolkien

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Un poème en Sindarin, par J.R.R. Tolkien (Simhur, Wikimedia Commons, libre de réutilisation)

Tolkien était en effet philologue en plus d’être le grand auteur de sagas que l’on connaît. L’encyclopédie en ligne Wikipédia offre un aperçu de son travail de construction de langues imaginaires. L’image ci-contre montre ainsi un poème en Sindarin, une langue inventée par Tolkien. On peut admirer la beauté des caractères, appelés des tengwar. Le résultat est d’autant plus convainquant que Tolkien a su inventer une langue qui soit parfaitement cohérente avec l’univers fictionnel qu’il a inventé.

 

Pour en savoir plus sur les langues inventées par Tolkien, vous pouvez consulter :

2. Une pratique devenue assez courante

Il est devenu assez courant d’inventer des langues pour les faire parler par les personnages d’univers fantastiques, du moins dans le genre de la Fantasy. Un exemple célèbre est celui de la série Game of Thrones, où la mère des dragons s’exprime fréquemment en Dothraki.

Un article paru en 2014 dans Rue89 offre un petit tour d’horizon de ces pratiques, tout en insistant sur l’expérience de John Quijada, un Américain ayant inventé l’Ithkuil.

Quant à l’écrivain français Frédéric Werst, il a inventé toute une civilisation, sa langue et sa grammaire, dans son livre Ward.

3. Comment faire pour inventer une langue ?

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La tour de Babel, par Peter Brueghel l’Ancien, 1563, via Wikimedia Commons.

Inventer une langue peut être un divertissement tout aussi agréable qu’instructif. Mais comment s’y prendre ? Pour avoir commencé, je peux vous assurer que cela demande du temps, surtout lorsqu’il est impossible d’y consacrer beaucoup de temps.

Il existe des « modes d’emploi » prêts à l’usage sur Internet :

Ces différentes sources s’accordent sur la démarche à adopter : il vous faudra successivement une phonologie, un système d’écriture, un lexique, une grammaire (morphologie et syntaxe), une culture de référence.

Je vous conseille donc de créer ces cinq sections dans votre fichier, ce qui vous permettra de faire facilement des va-et-vient de l’une à l’autre.

Vous pouvez commencer par vous faire une idée du résultat auquel vous voulez aboutir : une langue harmonieuse et raffinée, une langue rude et pleine d’aspérités, une langue qui ressemble à certaines langues déjà existantes, ou au contraire la plus éloignée possible des langues humaines?

Décidez des sons de votre langue imaginaire

Vous trouverez sur Wikipédia un tableau de l’Alphabet Phonétique International (API), sur lequel on peut cliquer sur chaque signe de l’alphabet pour l’entendre. Cela permet de se faire une idée de tous les sons possibles utilisés dans le monde pour parler, et, pourquoi pas, de choisir des phonèmes qui ne sont pas employés par la langue française.

Vous pouvez aussi consulter l’API sur le site d’un laboratoire de phonétique italien, le Lfsag. Les enregistrements sonores des différents sons est légèrement différent, ce qui vous permettra, par comparaison, de vous faire une idée du son réel.

Peaufinez ensuite la prononciation : pour chaque phonème, vous pouvez associer une durée (long ou bref), une intensité (fort ou faible), une hauteur (grave ou aigu, montant ou descendant), ce qui multiplie de fait les phonèmes disponibles. Vous pourrez ensuite décider d’associer l’un de ces paramètres à un trait morphologique ou grammatical particulier. Ainsi, en français, les mots sont généralement accentués sur la dernière syllabe, et le ton descend progressivement dans les phrases déclaratives. Quel sera votre propre choix ?

Décidez du système de transcription de la langue

Le plus simple est d’inventer une série de symboles, que vous associerez chacun à l’un des sons que vous avez choisi d’utiliser pour votre langue imaginaire. Cependant, beaucoup de langues ne fonctionnent pas ainsi. Pensez qu’en français, le son o peut s’écrire o, mais aussi au, eau, aux, eaux, aulx… Quant aux langues idéographiques, elles transcrivent des idées et non des sons. Il existe aussi des langues où un symbole désigne une syllabe, et non un son. Bref, vous avez l’embarras du choix !

Après avoir travaillé au brouillon, vous pourrez utiliser le logiciel gratuit FontForge pour créer une police de caractères utilisant vos signes !

Associez des sons à des traits grammaticaux

Il vous faut ensuite associer vos sons à des traits morphologiques et syntaxiques. Par exemple, vous pouvez décider que tel son ne se trouve jamais au début d’un mot, où à la fin d’un mot. Choisissez les sons correspondant aux marques du singulier, du pluriel, du masculin, du féminin. Vous êtes même libres d’inventer des catégories grammaticales qui n’existent pas en français !

Petit à petit, vous dessinerez ainsi la morphologie et la syntaxe de votre langue. Comment les mots se forment-ils ? Comment dériverez-vous les mots les uns des autres ? Comment organiserez-vous la syntaxe ?

Passez de l’échelle du mot à celle de la phrase, puis de celle de la phrase à celle du texte : écrirez-vous de gauche à droite ? de droite à gauche ? de haut en bas ? de bas en haut ? en boustrophédon ? voire en diagonale ou en spirale ?

Construisez un lexique

Petit à petit, vous inventerez des mots et construirez ainsi un dictionnaire bilingue. Il existe sur Internet des générateurs de mots, qui vous créent automatiquement une liste de mots à partir des contraintes que vous imposez au logiciel (pas de mots commençant par tel son, etc.). Vous en trouverez sur la page « Software tools for conlanging ».

Construisez des textes

La dernière étape consiste à écrire des textes dans votre langue imaginaire, et de vérifier si, avec votre grille de décodage, on peut parvenir à traduire en français. Si ça marche, c’est que votre grammaire est bien construite, et que vous avez réussi à construire un langage imaginaire !

*

Il est fort possible que vous trouviez ce divertissement quelque peu excentrique, et il l’est très certainement. Mais, après tout, ce n’est pas tellement différent de collectionner des timbres ou de se passionner pour n’importe quel sujet un peu pointu. Cela vous permettra de mieux comprendre le fonctionnement des langues. Et cela vous procurera une belle satisfaction !

N’hésitez pas à réagir dans les commentaires, à donner votre opinion, des liens de sites intéressants sur le sujet… La parole est à vous !

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3 réflexions au sujet de « « Inventer une langue » »

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