Archives du mot-clé poésie

Desbordes-Valmore : « La jeune fille et le ramier »

Née en 1786 et morte en 1859 à l’âge de 73 ans, Marceline Desbordes-Valmore est l’une des figures féminines de la poésie les plus connues. Son poème le plus célèbre s’intitule Les roses de Saadi : le dessinateur de bande dessinée Gotlib a d’ailleurs proposé, dans une de ses planches, une parodie d’analyse critique de ce poème, dans laquelle il se moque non pas de la poète, mais de ceux qui se laissent aller trop facilement à une lecture misogyne. Dans la logique de la rubrique « Le poème d’à côté », je vous propose aujourd’hui la lecture du poème qui suit immédiatement celui-ci dans le recueil des Poésies de Marceline Desbordes-Valmore, paru en 1860, un an après la mort de la poète.

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« Je te méprise enfin, souffrance passagère !
J’ai relevé le front. J’ai fini de pleurer.
Mon âme est affranchie, et ta forme légère
Dans les nuits sans repos ne vient plus l’effleurer.

Aujourd’hui je souris à l’Amour qui me blesse.
Ô vent des vastes mers, qui, sans parfum de fleurs,
D’une âcre odeur de sel ranimes ma faiblesse,
Ô vent du large ! emporte à jamais les douleurs !

Emporte les douleurs au loin, d’un grand coup d’aile,
Afin que le bonheur éclate, triomphal,
Dans nos cœurs où l’orgueil divin se renouvelle,
Tournés vers le soleil, les chants et l’idéal ! »

Renée Vivien, « Aurore sur la mer », Études et préludes, 1901.

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La place des femmes en poésie aux XIXe et XXe siècles

C’est avec beaucoup d’intérêt que j’ai lu l’article d’Évelyne Lloze sur la place et le rôle des femmes en poésie aux XIXe et XXe siècles. Cet article est publié dans le dernier numéro de la revue Nu(e), qui mettait à l’honneur sept femmes poètes d’aujourd’hui.

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Le poète écoute

Le poète écoute. Qu’entend-il ? Ce sont des clameurs qui montent de la plaine. Il entend l’inquiétude et la détresse, les questions sans réponse et les prières, les cris, les peurs et les peines. Il entend la complainte de l’être humain, les coups du sort et de la maladie, les assauts de la mort, de la douleur et de la folie. Toutes ces voix se mêlent en un dissonant concert, où chacun crie et chacun appelle à l’aide. Il entend ces voix implorantes, ces torrents de larmes, ces vagues d’indignation, de colère et de peur. Il perçoit l’angoisse du monde, les violents noeuds du coeur et de l’âme, dont la rumeur sourde s’élève depuis la plaine, comme un nuage toxique de poussière, dans l’indifférence et le vacarme des grandes villes.

Le poète affirme : de cela, il faut rendre compte. Cela, il faut le dire. Le mettre en mots. La poésie ne peut pas, ne doit pas, faire comme si cela n’était pas. Sans quoi elle ne serait qu’un jeu trop facile pour grands enfants naïfs, qu’une façon en somme de maquiller le désastre sous le fard des belles phrases, qu’une forme du mensonge.

Le poète est cependant convaincu que son rôle ne s’arrête pas à l’enregistrement de la misère du monde, à la mise en forme, par toutes sortes de moyens, de la détresse. Il voudrait porter au-delà. Trouver et recueillir des parcelles d’espoir. Donner courage. Rappeler toute l’aide que peut apporter la beauté. Dire l’enchantement de l’aube et le ravissement du couchant. Rappeler le chant des oiseaux, la force massive des montagnes, la sérénité des fleurs, l’immensité de la mer. Évoquer la paix des étoiles, les soirs d’été. Faire entendre le silence de la neige. Laisser place à une parole de joie. Ce faisant, il n’essaie pas de faire oublier pas les cris et les larmes. Il ne prétend pas avoir de solution. Il n’entend pas faire la morale à qui que ce soit, ni donner la moindre leçon. Il dit ce qu’il voit, ce qu’il entend, ce qu’il ressent. Il a trouvé, depuis longtemps, un titre pour ses poèmes : concordance.

Gabriel Grossi

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Best-of : retrouvez mes articles sur l’été

Le thème de l’été est fécond en littérature et en poésie. Profitons de ces temps de détente estivale pour (re)découvrir quelques articles qui abordent cette saison. J’espère que vous apprécierez cette petite sélection. Je vous laisse les découvrir, en vous souhaitant un bon et heureux été !

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Jean-Claude Pinson : « Le poème, forme de vie »

Poète, philosophe, auteur de plusieurs livres de poésie et d’un grand nombre d’essais philosophiques, Jean-Claude Pinson s’étend, dans un passionnant entretien paru dans la revue Esprit, sur quelques-uns des thèmes qui lui sont chers : l’héritage d’une période de militantisme communiste, la philosophie, le jazz, la dimension politique de la poésie, la question écologique, la notion de « poéthique »…

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L’été de Paul Valéry

Né en 1871 et mort en 1945, Paul Valéry fait partie des poètes de la première moitié du vingtième siècle. Poète pour qui le lyrisme était une « fête de l’intellect », il est surtout connu pour les splendides vers de La Jeune Parque ou ceux de Charmes. À l’occasion des vacances d’été qui commencent, j’ai déniché pour vous, dans les entrailles de Wikisource, un poème de Valéry précisément intitulé « Eté », que je voudrais commenter aujourd’hui.

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La revue Nu(e) célèbre les Poèt(e)s

C’est dans les pages virtuelles de la revue Nu(e) que sont parus les actes de journée d’étude organisée à l’Université de Lorraine par Aude Préta-de Beaufort. Ceux-ci constituent le premier volet de plusieurs publications, menées conjointement par plusieurs universités françaises, autour de la poésie contemporaine, avec pour objectif de mettre en lumière les poètes-femmes d’aujourd’hui.

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Tour d’Europe poétique

Comme des millions d’autres personnes, j’ai regardé dernièrement la finale du concours de l’Eurovision. Cela m’a donné une idée : pourquoi ne pas proposer, à l’instar de ce tour d’Europe de la musique populaire contemporaine, un petit panorama des grands poètes européens ? Partons à la découverte des grandes voix poétiques de notre continent…

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Le « Florilège » du mois de juin

Chaque trimestre, donc quatre fois par an, paraît la revue dijonnaise Florilège, qui rassemble, dans chacun de ses numéros, un grand nombre de poèmes, souvent inédits, mais aussi des chroniques et des critiques qui informent de l’actualité éditoriale de la poésie.

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Est-ce abîmer un poème que de le commenter ?

C’est une idée que l’on entend parfois ici ou là, à propos de poésie : parler de poésie serait presque illégitime, au sens où le poème devrait se suffire à lui-même. Toute tentative d’explication ou de commentaire est alors présentée, au mieux comme une perte de temps, au pis comme une sorte d’atteinte à la sacralité du poème.

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« Marcher sur les trottoirs, sauter dans les flaques d’eau où la lumière du ciel se reflète, souiller le cuir de nos brodequins, comme on le faisait enfant, dans la boue, cela vaut bien le miracle de marcher sur les eaux. C’est un aussi sûr paradis. »

Yves Leclair, « Parfums et aromates »,
dans Orient intime, Paris, Gallimard, coll. « L’Arpenteur », 2010, p. 82.

La poésie n’est-elle qu’un jeu avec les mots ?

Je constate aujourd’hui que quelqu’un a « atterri » sur ce blog avec cette question, issue d’un sujet de dissertation : « Pensez-vous que la poésie n’est qu’un jeu avec (sur) les mots et le langage ? » J’ai pensé que cela pourrait faire l’objet de la réflexion du jour. Il me semble en effet qu’une telle question est au cœur des enjeux de ce blog, et qu’elle est susceptible d’intéresser bien au-delà d’un public étudiant. Cela permet aussi d’insérer quelques billets plus théoriques et transversaux, parmi les nombreux articles monographiques. Si cela peut, en outre, donner matière à réflexion à des élèves et des étudiants, tant mieux…

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Des poèmes sur la ville

La « fréquentation des villes énormes » est, depuis Baudelaire, une source d’inspiration féconde pour les poètes. C’est bien en elle, en effet, que réside la modernité, avec tout ce qu’elle suppose de mouvement, de vitesse, d’innovations en tous genres… Les villes d’aujourd’hui sont grouillantes, trépidantes, tentaculaires. Elles prennent toujours plus de place, dans nos vies concrètes comme dans notre imaginaire. Je me souviens avoir lu dans un article, il y a de ça quelques années, que l’univers urbain avait tendance à monopoliser le paysage télévisuel, et que l’on trouvait de moins en moins de films et de séries dont l’action se situe dans la nature. On s’en doute, la ville apparaît chez les poètes autant comme un idéal que comme un repoussoir. Et cela, dès La Fontaine…

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