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Au matin

Il n’entendit d’abord que le chant des oiseaux, cachés derrière les frondaisons. Il crut reconnaître les trilles élégants du merle, qui se mêlaient, sans recherche d’harmonie, à d’autres pépiements. Il perçut aussi quelques craquements caractéristiques. L’écureuil, là encore, se dérobait à la vue : tout au plus put-il discerner quelques mouvements de branches qui lui semblèrent causés par autre chose que le vent. Il entendit encore le travail de forage du pic-vert, sans parvenir à identifier son origine. Peu importait. Il savourait le plaisir d’être-là, confortablement assis sous la tonnelle, sans avoir rien d’autre à faire, en cette heure matinale, que d’écouter la forêt qui s’étendait face à lui. Il laissait la fraîche brise lui apporter des nouvelles de toute cette vie qui se trouvait là, heureux de ce temps que le matin lui accordait, profitant de ce répit qui ne durerait pas. Pour un instant encore, il pouvait s’imaginer perdu au milieu d’une nature vierge, une nature de commencement du monde, où rien n’importait que le chant des oiseaux. Bientôt se mettraient en marche les tondeuses, les débroussailleuses, les engins de chantier, les camions de pompiers. La forêt redeviendrait ce qu’elle est : une minuscule parcelle perdue au milieu de la ville. Lui aussi, alors, devrait se mettre à travailler.

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Matin de fin d’hiver

Ils approchent de la fenêtre pendant le petit-déjeuner. À petits pas discrets. Le rouge-gorge arrive en premier. Il observe furtivement les alentours, perché un peu en hauteur sur la poignée de la brouette. Ayant vérifié que la place est libre, il se pose sur la terrasse, picore quelques-unes des miettes laissées aux oiseaux, puis s’en va se dissimuler dans un buisson. Il ne faut pas rester trop longtemps à découvert. Ensuite, c’est l’apparition du merle. Moins farouche, il prend son temps. Son bec orange saisit goulûment les plus grosses miettes, sans craindre le frêle rouge-gorge qui n’ose plus s’avancer. Une mésange approche à son tour. Elle reste en retrait pendant le repas du gros oiseau noir. Il est alors possible d’observer son plumage jaune, blanc et noir. Plus loin, entre les branches nues du fustet, on reconnaît sans peine le geai. Son plumage beige et brun cache sous les ailes un peu de bleu. Qu’il est agréable de prendre son petit-déjeuner devant la fenêtre ! On mange avec les oiseaux et leur manège, chaque jour presque le même, a quelque chose de paisible et rassurant : on laisse s’écouler le temps, et voici la forêt toute entière qui s’éclaire et s’éveille, et ses branches nues qui chantent le chant de multiples oiseaux, qui en répètent et répercutent l’écho, célébrant la fraîche lumière de cette matinée de fin d’hiver.

Gabriel Grossi, 10 mars 2021

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