Archives du mot-clé Gabriel Grossi

De la poésie sous un tilleul

Ces derniers jours, la poésie était à l’honneur à Aiglun, paisible village de la vallée de l’Estéron, perché sur un promontoire surplombant la rivière et sa belle clue. Au terme d’une route étroite et sinueuse, on arrive en vue de ce village typique de l’arrière-pays grassois. C’était au-dessus de la place centrale, à proximité du lavoir et sous l’ombre rafraîchissante d’un tilleul, que les poètes s’étaient donné rendez-vous, sur l’invitation de Patrick Quillier, poète et professeur à l’Université de Nice, dans le cadre des « Rencontres poétiques d’Aiglun », co-organisées par la mairie et par l’association « Aigo Luno ».

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Chamane du Bégo

Texte personnel

Chamane du Bégo
Les noces de la terre et du ciel
La rencontre du taureau et de la jument
La fécondation du sol par l’éclair
Tu les gravas dans l’ocre
Tes gravures qui regardent le ciel
Virent-elles l’ombre de l’oiseau devant le soleil ?

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Liturgie hellénique (texte personnel)

Je voudrais vous proposer aujourd’hui un poème que j’ai écrit en février 2005. Il s’agit de poésie sonore, qui ne signifie absolument rien, mais qui cherche à produire l’effet d’une incantation en grec ancien. Il faut imaginer ces mots prononcés dans l’obscurité d’un temple, psalmodiés par un prêtre ou une pythie…

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Heure de joie

Il y eut un jour une voix d’enfant. Le monde s’entrouvre puis se ferme comme une fleur de lotus. Les matins s’éclairent au-delà de la digue de rochers. La simplicité éclot comme une tache d’encre, comme une phrase où le sujet précéderait le verbe, suivi, sans surprise, de son complément. Le sourire innocent du monde luit dans les échos d’un matin sans brume. Les dieux des hiéroglyphes semblent apparaître, avec leurs soleils verts et leurs scarabées rouges, comme les ordonnateurs généreux de l’aurore. Déjà, les grands singes applaudissent bruyamment. Heure de joie entre toutes, célébrée en tous temps, non parce qu’elle symbolise naissance et renaissance – lieu commun éculé et rebattu –, mais parce que l’on prend conscience soudain d’un sourire discret du monde. C’est le prodige qui fit éclater le néant et advenir le monde. C’est l’énergie d’une voix d’enfant.

Gabriel Grossi.
Septembre 2007

Village (texte personnel)

C’est une ruelle étroite, un volet peint sur fond de pierre sèche, une plante grasse qui résiste dans l’interstice. Ici, les aspérités retiennent le regard. En cet endroit, le temps trouve à se loger, sur un banc ombragé, une lucarne oubliée, dans le chant des cigales. Rien, ou presque, ne bouge, et l’on voudrait faire sienne l’immobilité des lourdes pierres, s’approprier un peu de leur sage tranquillité. On prend, dans les rues, le temps de serpenter comme en un labyrinthe secret. Chaque angle de rue découvre un recoin paisible, jardin perdu au milieu de la pierre, inattendus signes d’un passé qui n’est plus, heurtoir sculpté, porte gravée, cadran solaire, vieux lavoir, fontaine oubliée. Ici, l’on s’isole de l’agitation du monde, l’on s’extrait des rumeurs du jour, dans l’ombre propice des ruelles. Voici soudain qu’au détour de l’une d’entre elles, un large panorama s’ouvre, surplombant le vide, laissant enfin jaillir la lumière du jour. Le monde minéral retrouve ici l’air, la rivière, le chant des oiseaux et la présence sereine des arbres.

Gabriel Grossi, mars-avril 2020.

Mondes de joie – Texte personnel

Monde de silence     Monde de paix     Monde de courage     Monde de cœur     Monde de sérénité Monde de joie. La joie d’être allongés sur le sol dans l’herbe, la nuit des étoiles filantes et des spirales comme un nuage de lait. La joie ambiguë et généreuse du sourire de la Joconde. La joie qui n’attend rien, qui s’offre à chacun, qui se laisse saisir. Sans excitation, sans heurts, sans cris, la joie blanche, comme une sphère d’eau dans l’air, comme une flexion imperceptible du temps, comme une concordance avec soi-même et avec l’univers. La joie comme la lumière indirecte d’une bougie masquée de la main, comme dans un tableau de Georges de La Tour. La joie ni bruyante ni silencieuse. La joie comme une forêt de lucioles, comme une eau qui n’a plus besoin de chercher à s’écouler. La joie de ce qui est accompli et celle de ce qui engendre. La joie comme un acquiescement, comme ce qui n’est pas renié sitôt dit, comme ce qui se peut goûter sans honte. La joie non isolée, mais impossible à enfermer. La joie comme le son même du monde. La joie comme une parole redondante, joie de la sérénité et sérénité de la joie, comme ce qui ne peut se dire autrement que : joie.

Gabriel Grossi

Dimanche 26 août 2007
Modifié le dimanche 17 février 2008
& le mardi 1er juin 2010.

La revue Nu(e) célèbre Salah Stétié

Le dernier numéro de la revue Nu(e) a été mis en ligne à la fin du mois de mars. Cette revue a déjà dédié soixante-et-onze numéros à la poésie contemporaine, chaque opus s’intéressant à un poète à travers un entretien, des inédits, des poèmes d’amis, des œuvres plastiques et des articles critiques. Ce dernier numéro est consacré à Salah Stétié, poète français d’origine libanaise qui, depuis les années soixante, fait œuvre de passeur poétique entre Orient et Occident.

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Les cloches sonnent au loin

Les cloches sonnent au loin. La journée se termine. Le temps est enfin venu où il ne s’agit plus de faire, de se presser, de réussir ou d’échouer. On dépose ses affaires, on range son manteau. Dehors, on entend encore le grand mouvement du vent. Mais dedans, tout est calme à présent. Le silence se répand comme un baume sur les choses. On s’emmitoufle dans son petit univers : un bon livre sous un plaid épais, la contemplation des flammes de la cheminée, peut-être un bain chaud, un carreau de chocolat. Les cloches sonnent au loin. La journée est passée. Demain, il faudra à nouveau avancer, agir, travailler, courir, circuler. Mais pour l’instant, on savoure de n’avoir plus rien à faire. On laisse son fardeau à la porte. Les cloches sonnent au loin. L’heure n’est plus de penser, de prévoir, de réfléchir, de calculer. La journée est passée. On écoute les cloches sonner.

Gabriel Grossi, 02/03/2020.

L’autre histoire de Cendrillon

Il y avait une fois une petite fille, pas toujours très sage, dont on ne sait plus si elle s’appelait Mathilde ou Lucette. Elle aimait, comme tous les enfants, à s’amuser, et par-dessus tout, à sauter dans les flaques et à jouer avec la boue. Un soir, la famille s’apprêtait à partir à une importante réception. Ses deux grandes sœurs étaient déjà prêtes, sur le pas de la porte, à monter dans la grande limousine noire. Elles avaient mis leurs plus belles robes et je ne sais combien de rubans dans leurs cheveux, et attendaient leur petite sœur en jouant avec leur smartphone. Mais la cadette demeurait introuvable.

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Poème du bord de mer

TEXTE PERSONNEL

Toujours, il s’en revient près de la mer.

C’est là, où que ses pas l’aient d’abord porté, qu’il finit par se rendre. Dans le dédale de la grande ville, elle lui est un repère. S’il aime à se perdre dans les méandres des rues, c’est qu’il la sait présente par-delà le béton et la grisaille. Elle n’est jamais très loin de ses pas. Elle lui rend supportables la ville et ses rumeurs, ses foules pressées et irascibles, ses cris et ses sirènes. Dans les moments d’incertitude, il s’en vient près d’elle chercher du réconfort. Jamais elle ne se refuse à lui ; jamais elle ne trahit sa confiance. Elle répète pour lui une mélodie douce et rassurante, dans le bercement continu du ressac où se perdent ses pensées. Il se laisse fasciner par ses teintes changeantes, par son bleu plus profond que la nuit, par ses irisations perlées d’écume dans la clarté rayonnante du jour. Il cherche à comprendre comment ses ondulations parviennent à se résoudre en une si parfaite ligne. Il a besoin de ces instants où le regard porte au loin et où il n’y a rien d’autre à faire que de contempler le vide, comme pour s’y perdre, sans vouloir y chercher quelque chose, accueillant simplement ce qui s’y trouve, heureux d’être là, suspendu entre ciel et mer, oublieux de tout, laissant derrière lui l’agitation de la ville, un peu stupide peut-être de se savoir figé devant rien, mais indifférent finalement au regard des autres, puisque seul importe désormais l’infini de la mer, pour quelques secondes encore avant de retourner à l’existence ordinaire, et la sensation d’être parfaitement à sa place, si petit pourtant, mais en accord avec celle qui se déroule et continue de se dérouler devant lui.

Gabriel GROSSI, 5 décembre 2019.

La baie des Anges depuis Antibes (photo personnelle)

La rentrée de Petite Crevette

Cette année, je passe la moitié de mon temps dans une classe de maternelle. En début d’année, n’ayant pas encore reçu mes commandes d’albums, j’ai moi-même créé une petite histoire pour mes élèves. Comme ceux-ci découvraient l’école pour la première fois, j’ai voulu parler de la rentrée. Et comme le thème de l’année est la mer, j’ai situé cette petite histoire sous l’océan…

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