Archives pour la catégorie Poésie

Le surréalisme après le surréalisme

On me demande aujourd’hui quelle est l’influence du surréalisme dans la poésie d’aujourd’hui, et plus précisément s’il se trouve encore des poètes pour revendiquer l’écriture automatique. C’est une question intéressante, bien trop vaste pour faire l’objet d’une réponse complète dans le cadre d’un simple article de blog, mais à laquelle je vais tâcher de répondre de mon mieux, sachant que je ne suis pas spécialiste du surréalisme.

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Connaissez-vous René Depestre ?

De René Depestre, poète haïtien né en 1926, je ne connaissais que le texte liminaire de Minerai noir, magnifique poème qui utilise la métaphore minière pour condamner l’esclavage et la traite négrière. J’ai voulu en connaître davantage, et c’est pourquoi je me suis procuré un petit recueil, paru en 2019 chez Points, qui rassemble dans un même ouvrage Minerai noir (1956), Au matin de la négritude (1990), Anthologie personnelle (1993) et Un été indien de la parole (2002).

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« Je m’abandonne à la rêverie. J’attends la retombée des apparences, la chute des illusions. Le moi se dégonfle comme une chambre à air se libère. Petit vaniteux qui cherche à se faire décorer d’une rustine. Je m’offre, j’enlève mes peaux, je me découvre, je ne suis qu’orbes dans l’air. Je retrouve le chemin, celui de la fumée. »

Yves Leclair, Manuel de contemplation en montagne, Paris, La Table Ronde, 2005, p. 96.

Le festival Poët Poët fête ses 15 ans

Depuis plusieurs années, je vous entretiens des manifestations poétiques organisées par la compagnie « Une petite voix m’a dit » et son « PoëtBuro », dans le sillage du Printemps des Poètes. Le festival Poët Poët fête son quinzième anniversaire dans un contexte bien particulier.

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Matin de fin d’hiver

Ils approchent de la fenêtre pendant le petit-déjeuner. À petits pas discrets. Le rouge-gorge arrive en premier. Il observe furtivement les alentours, perché un peu en hauteur sur la poignée de la brouette. Ayant vérifié que la place est libre, il se pose sur la terrasse, picore quelques-unes des miettes laissées aux oiseaux, puis s’en va se dissimuler dans un buisson. Il ne faut pas rester trop longtemps à découvert. Ensuite, c’est l’apparition du merle. Moins farouche, il prend son temps. Son bec orange saisit goulûment les plus grosses miettes, sans craindre le frêle rouge-gorge qui n’ose plus s’avancer. Une mésange approche à son tour. Elle reste en retrait pendant le repas du gros oiseau noir. Il est alors possible d’observer son plumage jaune, blanc et noir. Plus loin, entre les branches nues du fustet, on reconnaît sans peine le geai. Son plumage beige et brun cache sous les ailes un peu de bleu. Qu’il est agréable de prendre son petit-déjeuner devant la fenêtre ! On mange avec les oiseaux et leur manège, chaque jour presque le même, a quelque chose de paisible et rassurant : on laisse s’écouler le temps, et voici la forêt toute entière qui s’éclaire et s’éveille, et ses branches nues qui chantent le chant de multiples oiseaux, qui en répètent et répercutent l’écho, célébrant la fraîche lumière de cette matinée de fin d’hiver.

Gabriel Grossi, 10 mars 2021

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La contemplation selon Yves Leclair

Je voudrais vous parler aujourd’hui d’un petit livre qui fait partie des ouvrages que je me suis offerts pour mon anniversaire. Il s’intitule Manuel de contemplation en montagne, et il a pour auteur Yves Leclair, poète français né en 1954 près d’Angers, qui a publié de nombreux recueils poétiques, mais aussi des récits et des essais.

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Appel à la poésie

J’ai récemment été contacté par Sabine Venaruzzo, poète et organisatrice du festival « Poët Poët » qui se déroule chaque année dans les Alpes-Maritimes dans le sillage du Printemps des Poètes. Elle m’a proposé de participer à un appel à la poésie, une invitation à faire circuler la poésie, qui devait prendre la forme d’une courte vidéo pour faire entendre la voix de la poésie. Je vous présente, dans les lignes qui vont suivre, ma modeste contribution.

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« Apprenez à poser votre voix. Vous qui avez la chance d’habiter près de la mer, n’hésitez pas. Allez par les nuits d’insomnie sur la plage. Dites n’importe quoi face au vent. En algonquin, en iroquois, parlez à travers l’hygiaphone géant de l’océan. Détachez bien les mots. Par paquets de notes comme des paquets de mer. Apprenez à hurler aphone en américain. Apprenez le chuchoté-crié. Peut-être qu’elle vous entendra là-bas sur l’autre rive. »

Jean-Claude Pinson, « Laos leçon lyrique », www.maulpoix.net

Philippe Jaccottet

La triste nouvelle m’est apparue de nombreuses fois sur les réseaux sociaux : le poète Philippe Jaccottet est mort le 24 février à l’âge de 95 ans. Il était émouvant de lire tous ces hommages, toutes ces citations, ces articles de presse, ces souvenirs rapportés par les uns et les autres. Le nombre même de ces messages indique combien Jaccottet comptait pour la poésie contemporaine. Celle-ci vient indubitablement de perdre une de ses plus grandes voix.

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« J’ai un camion jaune avec des ailes bleues, un volant rouge et une hélice orange. Papa dit que c’est un avion, mais je ne le crois pas. J’ai beau appuyer sur tous les boutons, il ne décolle pas. Il joue de la musique, comme mon lapin en peluche et ma vache. Moto rouge, train bleu, arbre très vert : j’habite un monde sonore et qui marche sur piles, fait de couleurs vives et d’objets simples. »

Jean-Michel Maulpoix, Journal d’un enfant sage,
Paris, Mercure de France, p. 21.

Les correspondances baudelairiennes

Parmi les poèmes de Baudelaire qui sont souvent cités et commentés, le sonnet des « Correspondances » n’est pas le moins connu, sans doute parce qu’y apparaît une lecture du monde sensible qui en fait un signe vers une signification plus profonde.

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