Archives pour la catégorie Citation du jour

Complies

Vue de la colline
la mer s’établit
au-dessus des maisons :

tente de la Sagesse,
manteau bleu de la Vierge,
couvrant la ville entière.

Le soir n’a laissé
dans l’eucalyptus
qu’une seule cigale

et sur le mur clair
de la chapelle ouverte
le soleil remonte

comme un roi les degrés
que l’ombre matinale
avait descendus. »

Jean-Pierre Lemaire, L’intérieur du monde,
Le Chambon-sur-Lignon, Cheyne éditeur, 2002, p. 97.

« Prends-moi la main, ami, il n’est pas de bonheur plus clair
que de marcher sur une route avec celui qu’on aime
au jour levé, trouvant ouverte toute l’aube.

Viens, nous ferons sourire les passants, nous chercherons
la sagesse des sources, la bienheureuse
connaissance de l’eau qui garde la mémoire de l’orage

et se souvient de la nuit traversée. Viens avec moi
demander au matin le sens de ce mot : la jeunesse,
pendant qu’il en est temps, ne tarde pas, bien-aimé, viens. »

Jean-Yves Masson, Neuvains du sommeil et de la sagesse,
Le Chambon-sur-Lignon, Cheyne éditeur, 2007,
poème XIV, p. 26.

Un poème de Jean-Yves Masson

Né en 1962 en Lorraine, Jean-Yves Masson, poète, nouvelliste, traducteur, éditeur, enseigne la littérature comparée à l’Université de la Sorbonne. Il est notamment connu pour ses Onzains de la nuit et du désir (1995) et ses Neuvains du sommeil et de la sagesse (2007), tous deux parus chez Cheyne Éditeur. Il a reçu le prix Max Jacob pour ce dernier ouvrage.

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La prose aux accents poétiques de Tayeb Saleh

article-afriqueJ’ai découvert récemment une citation dont l’auteur est Tayeb Saleh. Une petite recherche sur Wikipédia m’apprend que c’est un écrivain soudanais, considéré par l’encyclopédie comme « l’un des plus grands écrivains arabes » (1929-2009). Ce qui tombe bien, puisqu’à l’approche du Printemps des Poètes 2017, le blog « Littérature Portes Ouvertes » se met à l’heure de l’Afrique.

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Il y a dans la nuit ton cri. Tu le répètes au moins trois fois. Je ne l’entends qu’en m’affolant. Tu cries avec les étoiles. Tu cries avec ton ventre qui déchire. Je dors dans la surdité de l’écrasement. Je ne t’entends pas. Mais les étoiles traversent mon rêve. Les déchirements de ton ventre m’ouvrent les yeux. Je t’entends tomber. J’entends ton cri descendre me prendre. Dans la nuit éblouissante. Je m’accroche à ta chute. […] »

Serge Martin, Ta résonance, ma retenue (extrait),
à paraître prochainement aux éditions Tarabuste.

Deuil du duo

« sans toi
c’est le silence
assis sur sa chaise
sans toi
la miroir creuse
jusqu’au vide
jusqu’au vif
ô poésie
striée de perte
sans toi
l’ombilic
crève ô
furie douce
sans toi voici mon corps
bâtard taraudé
à mort
sans toi
mes yeux privés
ne touchent plus
rien
sans toi
c’est l’enfer
d’une enfance
enragée
sans toi
c’est le drame
le deuil brame
âme bée »

Yves Charnet, « Deuil du duo », dans « Tranches d’âmes »,
paru dans Nu(e), n°40, 2009

« Et si tu écrivais le roman du désespoir,
celui des terres inondées ou recluses,
celui des villes renégates ou celui
des hameaux délabrés, que dirais-tu
à ton poème qui tremble et qui s’alarme ? que
dirais-tu ? Mais regarde bien autour de toi,
un petit garçon prend la lumière entre
ses doigts, il remonte les pentes du matin,
il est l’encre violette des prairies
avec leurs fleurs, leurs silences de fleurs,
leurs émeutes de fleurs devant l’éternel
combat de l’enthousiasme et de l’inquiétude. »

Richard Rognet, Élégies pour le temps de vivre,
Gallimard, via Google Books.

« Doucement, tombent les premiers flocons, très espacés, très lents : des épluchures de ciel.

— Qui donc, là haut, débarrasse la table, jette par la fenêtre la nappe blanche du dimanche, néglige à ce point les couverts d’argent et fait tomber le sucre en poudre et les miettes de pain sur la terre ? »

Jean-Michel Maulpoix, Pas sur la neige,
Paris, Mercure de France, 2004, pp. 33-34.