Tous les articles par Gabriel Grossi

A propos Gabriel Grossi

Passionné de lecture et de poésie, je m'intéresse particulièrement à la poésie contemporaine, à laquelle j'ai consacré ma thèse de doctorat. J'essaie par mon blog "Littérature portes ouvertes" de mieux faire connaître la littérature sous toutes ses formes, comme domaine de recherche et source de plaisir.

Mort du poète Bernard Noël

Le poète Bernard Noël est décédé hier à l’âge de quatre-vingt-dix ans, quelque temps après Philippe Jaccottet. C’est dire que les grandes voix du vingtième siècle s’éteignent peu à peu… Aussi importe-t-il, pour lui rendre hommage, de présenter sa poésie.

Lire la suite

Le sommet

Texte personnel

Parvenu, au terme d’une longue promenade, sur quelque sommet d’où contempler le monde, tu changes de perspective. En bas, tu vois cet entrelacs insensé de routes et de rues dont la rumeur ne te parvient plus. Tu considères les empilements d’immeubles, les alignements de villas, les successions de bâtiments qui proliféreraient à l’infini s’ils n’étaient arrêtés, au loin, par la ligne bleue du littoral. Tu observes les avions qui décollent et atterrissent dans un ballet incessant. Voici donc ce que font les petits hommes. Ils se démènent, s’agitent, courent, souffrent beaucoup et jouissent un peu, recommençant chaque jour les mêmes gestes frénétiques, les mêmes mouvements désordonnés, obnubilés qu’ils sont par leurs désirs, leurs peines, leurs soucis, malmenés par la peur de mourir au point qu’ils feraient n’importe quoi pour y échapper, y compris et surtout cela même qui les précipite pourtant vers leur propre destruction. Tous ces gestes auxquels ils donnent de l’importance, tous ces impératifs parés de la plus haute urgence, apparaissent enfin, vus d’en haut, comme une vaine agitation. Ils ne font qu’étaler du gris face à la mer qui les ignore, quand les eaux turquoise des alluvions fluviales se mêlent au bleu sombre de l’horizon.

Au-dessus de tout cela, dans la clarté du ciel, planent quatre rapaces paisibles. Leur envergure paraît plus importante que celle d’une simple buse. Leur vol lent autour du soleil, leurs amples mouvements dans le vent, circonscrivent le temps. Étrangers à l’agitation des hommes, ils appartiennent au ciel et aux montagnes, à toute cette immense étendue silencieuse que tu découvres en te retournant, jusqu’aux hauts sommets de neige qui découpent, là-bas, au-delà des premières lignes de crête, leur blancheur immaculée.

Gabriel Grossi, mercredi 14 avril 2021.

Lire la suite

Baudelaire : « La Fontaine de sang »

Il ne vous aura pas échappé que nous fêtons cette année le deux-centième anniversaire de Charles Baudelaire. Aussi ai-je l’intention de publier régulièrement des articles destinés à mieux faire connaître ce grand poète, en puisant parmi la matière offerte par les Fleurs du Mal ou encore les Petits Poèmes en prose. Aujourd’hui, je vous propose de découvrir un poème qui ne fait pas partie des plus souvent cités, intitulé « La Fontaine de sang ».

Lire la suite

Lecture de poèmes de Jean-Michel Maulpoix

Quoi de mieux, en ces temps d’enfermement, que de s’évader par la lecture ? Profitons de cette période où nous sommes fréquemment à la maison pour lire de la poésie, et pour découvrir des poètes contemporains. Aujourd’hui, je voudrais vous lire quelques poèmes extraits d’Une histoire de bleu, le plus célèbre recueil de Jean-Michel Maulpoix.

Lire la suite

Enseigner la grammaire à des enfants

Comme vous le savez peut-être, j’aime la grammaire, parce qu’elle permet de mieux comprendre notre langue, parce qu’elle aide à en percevoir la beauté, mais aussi parce qu’elle livre parfois des énigmes dont la résolution s’apparente à un jeu. Et, en tant que prof des écoles, c’est aussi une matière que j’aime enseigner. Je voudrais aujourd’hui livrer mes réflexions sur l’enseignement de la grammaire.

Lire la suite

Bicentenaire de Baudelaire

Le 9 avril, Charles Baudelaire fêtera ses deux-cents ans. Impossible, n’est-ce pas, de ne pas y consacrer un article ! Baudelaire reste, cent soixante-quatre ans après la publication des Fleurs du Mal, le père de la poésie moderne. Aussi nombreuses qu’aient été les évolutions de la poésie après lui, Charles Baudelaire reste considéré comme le tournant majeur de la poésie de ces deux derniers siècles, comme celui qui a fait entrer la poésie dans la modernité. Il est, pour Michel Jarrety, un « point de départ » (1). Petit parcours dans la poésie baudelairienne…

Lire la suite

« L’éveil de Pâques » de Verhaeren

En ce lundi de Pâques, je vous propose la lecture d’un poème d’Émile Verhaeren, intitulé L’éveil de Pâques. Il est publié dans la troisième série de Poèmes parue au Mercure de France, qui rassemble les recueils Les Villages illusoires, Les Apparus dans mes chemins et Les Vignes de ma muraille. C’est dans ce dernier ensemble que l’on trouvera le sonnet de L’éveil de Pâques.

Lire la suite

Le surréalisme après le surréalisme

On me demande aujourd’hui quelle est l’influence du surréalisme dans la poésie d’aujourd’hui, et plus précisément s’il se trouve encore des poètes pour revendiquer l’écriture automatique. C’est une question intéressante, bien trop vaste pour faire l’objet d’une réponse complète dans le cadre d’un simple article de blog, mais à laquelle je vais tâcher de répondre de mon mieux, sachant que je ne suis pas spécialiste du surréalisme.

Lire la suite

Connaissez-vous René Depestre ?

De René Depestre, poète haïtien né en 1926, je ne connaissais que le texte liminaire de Minerai noir, magnifique poème qui utilise la métaphore minière pour condamner l’esclavage et la traite négrière. J’ai voulu en connaître davantage, et c’est pourquoi je me suis procuré un petit recueil, paru en 2019 chez Points, qui rassemble dans un même ouvrage Minerai noir (1956), Au matin de la négritude (1990), Anthologie personnelle (1993) et Un été indien de la parole (2002).

Lire la suite

Les « ultimes vérités » de Jean-Yves Masson

Publiées en 2007 aux éditions Verdier, sises à Lagrasse, dans l’Aude, les Ultimes vérités sur la mort du nageur sont un recueil de nouvelles de Jean-Yves Masson, qui est aussi poète, traducteur, éditeur et professeur de littérature à l’Université de la Sorbonne. Je voudrais vous parler de ce livre que j’ai beaucoup aimé.

Lire la suite


« Je m’abandonne à la rêverie. J’attends la retombée des apparences, la chute des illusions. Le moi se dégonfle comme une chambre à air se libère. Petit vaniteux qui cherche à se faire décorer d’une rustine. Je m’offre, j’enlève mes peaux, je me découvre, je ne suis qu’orbes dans l’air. Je retrouve le chemin, celui de la fumée. »

Yves Leclair, Manuel de contemplation en montagne, Paris, La Table Ronde, 2005, p. 96.

Le festival Poët Poët fête ses 15 ans

Depuis plusieurs années, je vous entretiens des manifestations poétiques organisées par la compagnie « Une petite voix m’a dit » et son « PoëtBuro », dans le sillage du Printemps des Poètes. Le festival Poët Poët fête son quinzième anniversaire dans un contexte bien particulier.

Lire la suite

Matin de fin d’hiver

Ils approchent de la fenêtre pendant le petit-déjeuner. À petits pas discrets. Le rouge-gorge arrive en premier. Il observe furtivement les alentours, perché un peu en hauteur sur la poignée de la brouette. Ayant vérifié que la place est libre, il se pose sur la terrasse, picore quelques-unes des miettes laissées aux oiseaux, puis s’en va se dissimuler dans un buisson. Il ne faut pas rester trop longtemps à découvert. Ensuite, c’est l’apparition du merle. Moins farouche, il prend son temps. Son bec orange saisit goulûment les plus grosses miettes, sans craindre le frêle rouge-gorge qui n’ose plus s’avancer. Une mésange approche à son tour. Elle reste en retrait pendant le repas du gros oiseau noir. Il est alors possible d’observer son plumage jaune, blanc et noir. Plus loin, entre les branches nues du fustet, on reconnaît sans peine le geai. Son plumage beige et brun cache sous les ailes un peu de bleu. Qu’il est agréable de prendre son petit-déjeuner devant la fenêtre ! On mange avec les oiseaux et leur manège, chaque jour presque le même, a quelque chose de paisible et rassurant : on laisse s’écouler le temps, et voici la forêt toute entière qui s’éclaire et s’éveille, et ses branches nues qui chantent le chant de multiples oiseaux, qui en répètent et répercutent l’écho, célébrant la fraîche lumière de cette matinée de fin d’hiver.

Gabriel Grossi, 10 mars 2021

Lire la suite

La contemplation selon Yves Leclair

Je voudrais vous parler aujourd’hui d’un petit livre qui fait partie des ouvrages que je me suis offerts pour mon anniversaire. Il s’intitule Manuel de contemplation en montagne, et il a pour auteur Yves Leclair, poète français né en 1954 près d’Angers, qui a publié de nombreux recueils poétiques, mais aussi des récits et des essais.

Lire la suite