Rencontre avec Marina Skalova à la librairie Masséna

C’était mardi dernier, 21 mars, aux premiers jours du printemps. La librairie Masséna, attenante à la célèbre place du même nom, à Nice, fermait plus tard qu’à l’habitude. Une rencontre était en effet prévue avec la poète Marina Skalova. Et, dans le cadre des Journées Poët Poët, c’était à moi qu’il revenait de conduire l’entretien avec elle.

J’étais aux anges quand Sabine Venaruzzo m’a appelé pour me demander de mener cet entretien. Je ne sais pas si elle sait quel cadeau elle m’a fait. Ayant lu la plupart des recueils de Marina Skalova, des idées de questions me sont immédiatement venues. Le fait de côtoyer la poète pendant les trois jours précédents, à Breil, Saorge et Nice, et d’assister à plusieurs de ses lectures, m’a permis d’affiner les choses. Aussi, je ne pouvais pas être plus heureux quand Marina Skalova m’a dit qu’elle avait beaucoup aimé l’entretien, les questions posées et l’espace laissé pour s’exprimer.

Avec Morgane Attento, chargée de production du festival

L’entretien est d’abord revenu sur le parcours singulier de la poète, tant celui-ci est déterminant pour comprendre l’oeuvre. Marina Skalova est née en 1988 à Moscou, dans une famille d’origine juive-ukrainienne. Elle apprend d’abord à parler le russe, qui est sa langue maternelle, si tant est que cette expression fasse sens en ce qui la concerne. Dès son plus jeune âge, Marina Skalova a en effet vu sa famille s’installer en France et en Allemagne. Elle a appris facilement le français. Elle maîtrise aussi parfaitement l’allemand, même si elle raconte avoir dans un premier temps refusé d’apprendre cette langue. Enfant, elle avait intériorisé des préjugés sur l’allemand, et s’était réfugiée autour de manuels d’espagnol. Marina Skalova vit désormais en Suisse.

En ayant grandi dans plusierus pays, au contact de plusieurs langues, Marina Skalova s’est constituée comme citoyenne du monde. Même si le terme de « poète engagée » ne fait pas sens pour elle, force est de constater que les problématiques sociales et politiques de notre temps sont très présentes dans son oeuvre, avec en particulier l’indignation de voir que les capitaux sont beaucoup plus libres de circuler que les hommes. On s’en rend compte dans « Exploration des flux » ou dans « Silences d’exils » notamment.

Ce dernier recueil s’est construit en animant des ateliers d’écriture auprès de migrants. Des ateliers pas comme les autres, puisqu’ils mettaient en contact des individus qui n’avaient aucune langue en commun. Il s’est donc agi de jouer avec les mots, avec les sons, dans un jeu de ping-pong oral où chacun devait répondre par un mot de sa langue phonétiquement proche de celui énoncé par la personne précédente dans une langue différente. Mais bien vite, la réalité, le vécu tragique, s’invitent dans le jeu qui n’est plus seulement un jeu. On se rend compte, même si l’on ne peut les mesurer, de toutes les souffrances vécues par ces gens, dans le pays de départ, pendant la traversée puis à nouveau dans les pays d’arrivée. Le livre qui en est issu présente différents types de caractères pour distinguer la parole des migrants, la réflexion que celle-ci suscite, et l’évocation de souvenirs personnels qui ne manquent pas de surgir. Un drame, le meurtre d’un des migrants, bouleverse le projet initial et souligne la violence à laquelle ceux-ci sont exposés.

Avec Marina Skalova

Marina Skalova a également présenté « La chute des comètes et des cosmonautes », un livre qui se présente à la croisée du théâtre et de la poésie, et qui a déjà été porté plusieurs fois à la scène. C’est, pour le dire vite, l’histoire d’un père et de sa fille, dont les relations ne sont pas au beau fixe, qui se rendent ensemble, en voiture, en Russie. Le lieu est donc tout à la fois l’Europe elle-même, dans toute sa vastitude, et le huis-clos de la voiture. Le dialogue dénoue peu à peu le vécu personnel de ces deux générations marquées à des titres différents par l’Histoire.

Marina Skalova a également présenté « Atemnot » et en a lu des extraits. Ce recueil, paru il y a quelques années, était épuisé et c’est pourquoi il vient d’être réédité. Le titre de ce livre peut se traduire par « Souffle court », aussi présente-t-il une succession de poèmes très brefs. Il s’agit d’un livre bilingue, en français et en allemand, et Marina Skalova prévient que ce sont des traductions poétiques, guidées par l’émotion avant tout.

L’échange a permis à la poète de lire plusieurs extraits de ses ouvrages. L’assistance a ensuite eu l’occasion de poser des questions. La soirée s’est terminée par un temps de signature-dédicace qui a permis à qui le voulait de dialoguer avec Marina Skalova et de se procurer ses ouvrages. Encore une belle étape de ce festival Poët Poët, qui allait se prolonger jusqu’à la fin de la semaine.

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