L’histoire sans fin

Beaucoup de films destinés à la jeunesse sont gnangnan. Ils cherchent à être drôles, mais le second degré n’a guère de sens quand le premier est si mince. Et puis il y a quelques films qui sortent du lot. L’histoire sans fin en fait partie.

Un film dérangeant ?

Ce film a beaucoup compté dans mon enfance. Je pense que les enfants uniquement habitués à la soupe mainstream le trouveront dérangeant. Le film n’élude pas la question de la mort, à travers celle du destrier Artax. Il place face au mystère, sous la forme de sphynges. Il évoque rien moins que la destruction totale d’un monde. Bref, ce film n’est pas lisse. Il suscite des émotions fortes. Il met en place un univers fantastique bien plus original que celui de la plupart des films.

Un hommage à la lecture

Bastien est un enfant chétif et rêveur, fragilisé par la mort de sa mère. Il est la cible favorite des caïds. Pour leur échapper, il se réfugie dans une librairie. Il y trouve un livre singulier. Un livre magique, où une connexion s’établit entre les personnages et le lecteur, comme notre jeune héros va finir par s’en rendre compte…

Le film se lit ainsi comme une célébration de la lecture. Elle n’est pas le passe-temps inutile des faibles, des « intellos », mais au contraire une aide précieuse pour grandir. Elle n’est pas une activité anodine, puisque le lecteur est transformé tout autant que les personnages. Et l’imagination, loin d’être une perte de temps oisive, est la vertu qui sauvera le monde…

Un univers en danger

Le livre dérobé par le petit garçon ouvre sur un univers fantastique, où l’on peut se déplacer à dos de chauve-souris ou d’escargot, où il y a des géants mangeurs de pierre et des tortues qui parlent…

Mais cet univers onirique est menacé par un mal incompréhensible que ses habitants nomment le Néant. Des pans entiers de cet univers disparaissent brutalement. La cause, telle qu’elle est révélée à la fin du film, incite à reconsidérer l’importance de l’imagination, qualité trop peu souvent mise en avant dans le monde des adultes, représenté par un père froid et distant. Je n’en dis pas plus…

Une quête initiatique

Ce film est en même temps la quête initiatique du jeune guerrier Atreju, envoyé en mission par l’impératrice pour trouver un remède au Néant. On assiste ainsi à la construction du héros, à travers une série d’épreuves qui le font grandir. Bastien, réfugié dans le grenier de l’école, suit pas à pas ces aventures, et s’identifie totalement au guerrier. On se situe ainsi dans la logique du Bildungsroman, où le jeune héros passe de qualités virtuelles à des qualités réelles. Le roman transforme son héros, et avec lui son lecteur, à travers cette quête initiatique.

Univers fantastique, quête initiatique, mise en abyme, charge symbolique : ce sont là les ingrédients d’un grand film. Un deuxième film raconte la suite des aventures de Bastien et Atreju : il est plus lisse, moins mystérieux, moins dérangeant, mais demeure extrêmement savoureux.

L’histoire sans fin compte parmi les films qui ont structuré mon enfance, avec Dark Crystal, Gandahar, Pessy et Illusia, Zack et Crysta ou encore Star Wars. Je ne saurais trop vous recommander de voir ce film en famille. Quant à moi, je ne remercierai jamais assez mon père et ma mère de nous avoir montré tant de choses qui sortent du moule…

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