« L’homme qui entendait des voix » d’Éric Dubois

Éric Dubois, 56 ans, allure débonnaire, visage souriant, paraît plus jeune que son âge. Je l’ai rencontré à Aiglun, où il m’a raconté son parcours. Poète, il est l’auteur de nombreux recueils parus chez différents éditeurs. Il est aussi très actif sur Internet, où il a notamment fondé la revue « Le Capital des Mots » ainsi qu’un blog personnel. Très présent sur les scènes slam, il accorde autant d’importance à l’oralité qu’à la lecture silencieuse. Dans son dernier ouvrage, L’homme qui entendait des voix, il raconte un épisode difficile de sa propre vie. Éric Dubois emploie lui-même, dans son livre, le terme de « schizophrénie ».

Le livre se présente donc comme un dialogue entre patient et thérapeute. Le psychiatre, appelé systématiquement « M. Loiseau (ou Mme Gré) », réunit dans une même figure deux praticiens successifs. Il (ou elle) n’a dans l’ouvrage qu’un rôle minime, mais décisif, celui de relancer la parole. Difficile, en effet, de parler de cela, d’évoquer ces épisodes douloureux. Les questions insistantes permettent à la parole de se livrer. Ce choix est intéressant car il est plus dynamique qu’un simple monologue, et il nous replace dans le contexte d’un échange entre thérapeute et patient, comme si le lecteur était invité à une séance.

Le livre est donc tout à la fois extrêmement intime et pudique. Éric Dubois a fait le choix du récit autobiographique, et se livre ainsi, intus et in cute, au lecteur. Nous découvrons donc l’histoire d’un mal-être ancien, installé depuis l’adolescence, et qui culmine avec ces voix qui l’appelaient « Élie ».

Le récit est entrecoupé de passages en italiques qui retranscrivent des poèmes ou des textes écrits à l’époque des faits. Le livre donne donc à lire à la fois le récit rétrospectif que l’auteur écrit au passé, et des fragments bruts, livrés tels quels, qui donnent un aperçu des souffrances traversées, et qui ont quelque chose de sublime.

"Je suis en état de sainteté. Le monde me traverse, je fais corps avec lui. Je n'ai plus de corps, je suis un pur esprit. Cet après-midi, j'ai vu l'homme sur le banc. Il est Dieu et tous mes ancêtres.
Je me suis assis à coté de lui, je lui ai parlé et il ne m'a pas répondu." (p. 34)

On voit ainsi tout le courage de l’écrivain, qui révèle publiquement cet épisode de délire. Pour lui, cela a dû être cathartique. Même si la psychotérapie analytique peut se révéler éprouvante : l’auteur sort des séances « comme lesté d’un poids » (p. 46). « Les voix, il semblerait qu’elles aient disparu ou bien qu’elles se soient atténuées avec le temps » (p. 45). Éric Dubois a eu la force de « rebondir » après cette « crise » (p. 45).

Pour le lecteur, c’est l’occasion d’aborder un univers méconnu. Mais ce livre n’est pas seulement un livre sur la schizophrénie, et je ne crois pas que c’est ainsi qu’il doit se lire. L’intérêt artistique prime sur l’intérêt documentaire. Le choix de la forme du dialogue, le choix de l’insertion d’éléments bruts, correspondent à des décisions esthétiques avant tout. Et la lecture de ce livre est aussi, bien sûr, une occasion de s’interroger sur nous-mêmes.

Pour en savoir plus

● Éric Dubois, L’homme qui entendait des voix, récit, Saint-Chéron, Éditions Unicité, 2019. ISBN : 978-2-37355-303-1.

Pour en savoir plus : voir les sites http://ericdubois.org et http://lecapitaldesmots.fr.

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