Rencontres d’Aiglun : jour 2

La vallée de l’Estéron resplendit malgré un soleil timide quand la joyeuse troupe se forme à nouveau sous les Halles d’Aiglun. La deuxième journée des « rencontres de paroles » commence…

Une nouvelle journée
de rencontres poétiques

C’est avec une « Somme du réel implosif » qu’Éric Dubois ouvre le bal ce matin. À 56 ans, le poète a publié de très nombreux recueils depuis 2001, dont ce dernier titre paru l’an dernier aux éditions Unicité. Amateur de scènes ouvertes et de slam, il aime aussi à proférer publiquement ses poèmes, à Paris et en Île-de-France. Il œuvre aussi à la défense et à la promotion de la poésie contemporaine, à travers son site Internet, la revue en ligne « le Capital des Mots », le magazine « Poésie Mag ». Il reconnaît le poète Charles Dobzynski comme un mentor. Il interviendra à nouveau lors de la troisième journée pour présenter L’homme qui entendait des voix, un récit paru en 2019 chez Unicité, qui revient sur des épisodes difficiles de sa vie.

Les Semis d’aphorismes d’Hoda Hili

Hoda Hili a offert un moment de poésie singulier, en proposant une intervention silencieuse. La poète et philosophe de formation, qui est aussi cultivatrice de safran, est venue avec des « semis d’aphorismes », à savoir un pot de terre où germaient de petits papiers que chacun a pu cueillir à tour de rôle. C’est donc d’abord silencieusement, intérieurement que les convives ont découvert la poésie d’Hoda Hili. Libre à chacun, ensuite, de partager cet aphorisme, de l’échanger, de le communiquer à voix haute, ou de réagir.

François Minod, enseignant-chercheur en sciences humaines et sociales, auteur de cinq ouvrages parus aux éditions Hesse, et animateur de buffets littéraires, nous a entretenus « de choses et d’autres », avec l’art de dire avec légèreté des mots profonds.

Sharron Mac Leod a ensuite entremêlé textes lus et textes chantés, nous faisant profiter de sa voix soul particulièrement envoûtante. Née au Canada de parents d’origine jamaïcaine, et désormais basée à Nice, elle a une formation classique, avant de se réorienter vers le jazz. Sa prestation nous a offert un aperçu de son talent, tout en rappelant la fraternité de la poésie et de la musique.

Christian Merer, poète et diplomate, a longtemps vécu hors de France et notamment en Extrême-Orient. Mais le lieu dont il est venu nous entretenir par ses textes poétiques, c’est l’Éthiopie, pays très singulier au sein de l’Afrique, jamais réellement colonisé. Ce pays de hauts plateaux, situé à des altitudes où la respiration devient plus difficile, Christian Merer l’a appréhendé pendant plusieurs années, et en rapporte des images dans Addis fois dix.

Il s’en est suivi un délicieux banquet offert par la mairie et préparé par le nouvel aubergiste de la commune. La nourriture des poètes ne peut pas être que spirituelle… Nous nous sommes régalés de taboulé, poulet au curry, pains maison, tarte au citron meringuée.

La vallée de l’Estéron depuis Aiglun

L’après-midi a débuté avec l’intervention de Françoise Mingot-Tauran. Docteure ès lettres, celle-ci a rédigé une thèse, sous la direction de Patrick Quillier, portant sur la redécouverte, l’édition et l’étude d’une épopée tsigane, comparable en termes d’importance à la Franciade ou à la Légende des Siècles pour le peuple tsigane. Elle a lu des extraits de cette œuvre, dont il me semble, si mes souvenirs sont bons, qu’elle remonte au XVIIIe siècle. Outre cette Tsiganiada, Françoise Mingot-Tauran a également présenté son propre travail poétique, qui se réclame également de l’épique, revisitant sa propre vie et ses voyages sous l’angle du destin. « C’était écrit ! » conclut-elle à la fin de sa lecture.

Ensuite, Barbara Louise-Bidaud et Patrice Louise ont rendu hommage à une poète niçoise, Narki Nal, bien connue d’un certain nombre de participants, récemment décédée. Malgré les assauts de la maladie, elle a continué avec beaucoup de courage à assister, jusqu’à une date récente, à des événements poétiques. Toute sa vie, elle s’est engagée pour la poésie, notamment à travers sa participation au Collectif des Diables bleus, structure associative occupant les casernes abandonnées des Chasseurs alpins à Nice. Elle a ensuite poursuivi par d’autres moyens cette aventure collective avec des « banquets poétiques » qui avaient lieu route de Turin, à Nice. De l’avis de tous, la cérémonie d’adieu qui a suivi son décès était bien à son image. Conformément au vœu de la poète, tous étaient venus vêtus de couleurs vives. Pendant une semaine, on a confectionné des fleurs de papier pour lui rendre hommage. C’est donc avec beaucoup d’émotion que certains de ses poèmes ont été lus.

Un recueil de Narki Nal est annoncé pour bientôt ; d’après Patrick Quillier, il ne s’agit pas réellement d’une œuvre posthume dans la mesure où la poète en a eu le projet de son vivant. Marilyne Bertoncini me fait savoir que ce recueil sera publié aux éditions Oxybia, avec Jeudidesmots.com dont elle était membre. D’autre part, un hommage lui a été rendu à Valbonne, en même temps que ces Journées d’Aiglun, par les éditions Oxybia et Jeudi des mots, avec Carole Mesrobian.

Dans l’intimité de la chapelle

La chapelle Notre-Dame d’Aiglun

L’assemblée se rassemble ensuite à la chapelle Notre-Dame, située un peu en dehors du village, à côté du cimetière. De ce point de vue qui permet d’admirer la plus haute cascade du département, nous avons à nouveau écouté avec plaisir Raphaël Monticelli, qui était déjà intervenu la veille pour présenter ses « bribes ».

Nous avons ensuite entendu Maria Mailat, qui vit actuellement au Cros d’Utelle, dans la vallée de la Vésubie, mais qui est originaire d’Europe de l’Est. Elle a grandi dans le bilinguisme roumain et hongrois. Elle s’est initiée, depuis, à de nombreuses autres langues, et s’est passionnée pour le français. Sa famille a fui le régime dictatorial roumain, car « il n’est pas facile d’être marxiste dans un pays stalinien ». Sa poésie chante tout à la fois le pays natal et la beauté de la vallée de la Vésubie, si durement touchée par la tempête Alex.

D’autres joyeuses occupations m’attendant du côté de Grasse, je suis parti avant la fin de cette deuxième journée poétique. Intervenait ensuite, au Hangar de Sigale, le compositeur Patrick Marcland, dont la musique a été inspirée par Les Chants de Maldoror de Lautréamont et L’Enfer de Dante. Puis François Graveline, Alain Clergerie et Christian Merer.

De mon côté, j’ai donc repris la route, traversant les époustouflants paysages de la vallée de l’Estéron, franchissant le col de Bleyne et poursuivant jusqu’à Grasse. Les routes de cette sorte font la particularité de nos Alpes-Maritimes, où, alors même que l’on n’est pas si loin de la mer, on peut faire des kilomètres sans rencontrer la moindre habitation, et où les lacets nous transportent vers des panoramas grandioses.

Après ces deux journées très intenses, tant par les poèmes présentés que par les échanges informels qui les entourent, on se sent comme ragaillardi, régénéré tant par la qualité des échanges humains que par la beauté des paysages qui leur ont servi d’écrin. On peut y voir une sorte de parenthèse, un temps suspendu dans les obligations du quotidien, où l’on peut pleinement, sans autre préoccupation, se consacrer à la poésie et, plus largement, à la littérature et à l’art. Je souhaiterais, à nouveau, remercier Patrick Quillier et Hoda Hili pour la qualité de leur accueil, pour leur organisation bien huilée, pour leur générosité et leur gentillesse.

Qu’est-ce que Littérature Portes Ouvertes ?

J’ai créé ce blog en février 2015, quelques semaines après la soutenance de ma thèse sur Jean-Michel Maulpoix, dans l’idée d’ouvrir les portes de la littérature, de porter le savoir universitaire au-delà des murs des facultés, et de faire connaître la poésie contemporaine, qui demeure méconnue du grand public. Si j’y traite avant tout de poésie, je ne m’interdis d’évoquer aucun sujet, des plus sérieux aux plus légers. Littérature, théâtre, roman, philosophie… Vous trouverez notamment une rubrique consacrée à la grammaire, et une autre à l’enseignement primaire. J’y publie également mes propres poèmes. Récemment, ce blog s’est également adjoint une chaîne YouTube, où je propose des mises en voix de mes poèmes, mais aussi de brefs documentaires, portant notamment sur l’histoire de Nice. En un peu plus de sept ans, j’ai publié sur ce blog quelque 1400 articles, qui ont fait plus de deux millions de vues, pour 1645 abonnés fidèles.

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