La grenouille de Desnos

Robert Desnos doit sans doute une bonne part se sa renommée au fait que certains de ses poèmes, aisément accessibles, sont devenus des classiques des récitations d’école. Il n’est guère de Français qui n’ait eu à apprendre l’un de ses poèmes. Comme La Fontaine avant lui, il met en scène un univers animal censé séduire les enfants : fourmi de dix-huit mètres, oiseau du Colorado, et j’en passe. Mais il ne faudrait pas croire pour autant à une « poésie pour enfants ». La fable est bien le lieu où peut s’exprimer, sous des dehors agréables, une pensée très profonde. Exemple avec « La grenouille aux souliers percés ».

La grenouille aux souliers percés
A demandé la charité
Les arbres lui ont donné
Des feuilles mortes et tombées.

Les champignons lui ont donné
Le duvet de leur grand chapeau.

L’écureuil lui a donné
Quatre poils de son manteau

L’herbe lui a donné
Trois petites graines.

Le ciel lui a donné
Sa plus douce haleine.

Mais la grenouille demande toujours,
Demande encore la charité
Car ses souliers sont toujours,
Sont encore percés.

Le recours à un lexique courant, le choix d’un vers libre qui ne s’écarte pas trop de l’isométrie et qui maintient un jeu de rimes et d’assonances, font que ce poème paraît familier, accessible. Il déroule une petite histoire dont les personnages sont des animaux personnifiés, typiques du genre de la fable. La référence à La Fontaine paraît incontournable. L’histoire elle-même est simple, linéaire, marquée par des étapes répétitives. On comprend que plusieurs générations d’enseignants aient voulu faire apprendre ce poème à leurs élèves.

La morale de l’histoire, non explicitement formulée, n’en est pas moins d’une grande profondeur.

Le caractère répétitif du poème montre que la grenouille aux souliers percés reçoit de nombreux soutiens. Animaux, végétaux, éléments naturels concourent à porter secours à notre petite grenouille. Elle se retrouve pourtant dans la même situation qu’au début. Voilà qui peut nous amener à réfléchir à la notion de service, et à celle de charité.

Rendre service est un acte généreux, mais encore faut-il que le besoin de la personne concernée soit réellement pris en compte. Or, certaines personnes n’expriment pas nécessairement leurs besoins de façon explicite.

Vouloir aider, c’est très bien, mais il ne faut pas le faire à notre façon à nous. Il faut bien au contraire s’adapter aux besoins de la personne aidée.

Exemple au sein du couple. Monsieur pense que la meilleure façon d’aider, c’est de rapporter beaucoup d’argent. Madame devrait être satisfaite, et pourtant elle est encore malheureuse car elle ne voit pas assez son mari.

De façon plus générale, un cadeau, quel que soit son prix, n’a guère de valeur s’il n’a pas d’utilité pour la personne qui le reçoit.

Nous nous croyons peut-être parfois très charitables, alors que nous n’avons pas réellement rendu service à la personne concernée. La charité n’exige pas seulement de la générosité, mais aussi du discernement, et une réelle attention portée à la personne et à sa situation spécifique.

Alors, dans notre vie quotidienne, dans les différents moments où il est question de rendre service, pensons à la grenouille de Desnos, pour vraiment être présent pour les autres.

J’espère que ce poème vous a plu. N’hésitez pas à liker, partager, commenter cet article !

6 commentaires sur « La grenouille de Desnos »

  1. Cette poésie et sa belle présentation sont touchantes et l’émotion est forte. Difficile de ne pas penser à sa tragique destinée troublant la sensibilité enfantine de ces mots. Mais c’est une belle revanche d’étudier sa poésie et de la faire vivre. Merci !

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