Redécouvrez l’Histoire à Cagnes !

La Côte d’Azur est surtout connue pour ses plages de galets, ses hôtels de luxe, ses boîtes de nuit, son ambiance festive… Pourtant, c’est aussi un haut lieu d’Histoire. De fait, il reste de nombreuses traces du passé. Et, chose assez rare, toutes les périodes historiques sont représentées sur un territoire assez restreint. Alors, aujourd’hui, je vais commencer par vous parler de ma ville, Cagnes-sur-Mer, avec un petit voyage dans le temps. Prêts pour l’aventure ?

Un petit documentaire en vidéo

Pour rendre les choses le plus vivantes possibles, j’ai choisi de vous faire visiter ma ville à travers un petit documentaire au format vidéo. J’ai voulu proposer quelque chose de très court, qui aille à l’essentiel. La suite de l’article (ci-dessous) vous donnera de plus amples détails.

L’Antiquité

Si notre département regorge de sites préhistoriques, de la Vallée des Merveilles à la grotte du Lazaret en passant par des dolmens et autres constructions, en revanche on ne trouvera pas, à ma connaissance, de vestiges préhistoriques à Cagnes-sur-Mer. C’est donc avec l’Antiquité que commencera notre petite promenade historique.

♦ Les sépultures antiques du château-musée

Les sépultures antiques du Château-Musée
(photo personnelle)

Pour trouver un vestige datant de l’Antiquité à Cagnes-sur-Mer, il faut se rendre dans le château-musée, et trouver une discrète chambre où deux sépultures reposent dans l’obscurité. Comme le raconte un article de presse (Nice-Matin) exposé à l’entrée de la pièce, une pièce de monnaie « frappée au millésime de l’empereur Vespasien » laisse penser que ces sépultures dateraient du premier siècle après Jésus-Christ. L’article indique également qu’une datation plus précise devrait avoir lieu.

♦ Le cimetière paléochrétien du Béal

Le quartier du Béal, très passant, se hérisse d’immeubles récents. Aussi incroyable que cela paraisse, son sous-sol possédait un vestige très ancien. Les fouilles archéologiques préventives, qui ont eu lieu avant la construction des immeubles, ont révélé la présence d’un cimetière paléochrétien. En d’autres termes, il daterait des tout débuts du christianisme.

Le site de l’Inrap présente, dans un document PDF, des informations très intéressantes sur les fouilles qui ont eu lieu en 2004, et qui ont mis en évidence l’existence d’une voie du XVIIe siècle (pavée de galets), d’un moulin (présent sur le cadastre de 1804), et d’une nécropole antique, avec de nombreuses sépultures (une soixantaine). Ce fichier rappelle l’importance du lieu, situé à l’intersection de deux voies romaines, la via Aurelia et la via Vintiana.

L’Inrap précise : « Dans la partie nord du site, au plus proche de la voie antique, les premières sépultures sont apparues en nombre, à moins d’un mètre sous le niveau de sol actuel. Elles sont toutes orientées de la même manière, tête à l’ouest, excepté pour deux enfants inhumés le long d’un mur. Aucune offrande n’accompagne les tombes, creusées en pleine terre. Certains individus semblent avoir été enterrés dans un linceul de tissu. Les inhumations présentes en partie haute du site ont été largement perturbées par l’installation de la voie, et probablement par les activités liées au bâtiment médiéval et à l’installation du moulin. Les sépultures en partie basse
sont mieux conservées. »

Bien entendu, il ne reste aucune trace visible, aujourd’hui, de cette vaste nécropole, mais il n’est pas sans intérêt de se souvenir, lorsqu’on promène dans le quartier, que se trouvait là, il y a environ deux mille ans, un grand cimetière datant des premiers jours du christianisme.

Pour en savoir plus, je vous recommande de consulter le prospectus PDF de l’Inrap.

Quant au nom même de « Béal », il est apparenté, si mes souvenirs sont bons, au mot français « bief », qui désigne le canal qui amène l’eau à un moulin. Comme les fouilles l’ont rappelé, le quartier a longtemps été occupé par un moulin à eau.

Le Moyen-Âge

Évidemment, quand on pense au Moyen-Âge à Cagnes-sur-Mer, il vient immédiatement à l’esprit la silhouette imposante du Château Grimaldi. Pourtant, son allure actuelle résulte largement de modifications ultérieures.

♦ Le Château-Musée Grimaldi

Détail de la cheminée du château (photo personnelle)

L’occupation humaine à Cagnes-sur-Mer est très ancienne. Outre les vestiges mentionnés ci-dessus, il y a eu un oppidum ligure, qui serait en quelque sorte le premier château de Cagnes. Je me souviens avoir lu que les ligures cagnois s’étaient très vaillamment battus contre l’envahisseur romain, et que, dans un premier temps, les Romains venus par bateau n’avaient pas même pu accoster. Ensuite, bien entendu, l’ensemble de la région est passé sous le contrôle de Rome.

Le fortin médiéval a été construit par Rainier Ier Grimaldi, amiral de France sous Philippe le Bel, qui reçut en récompense de ses faits d’armes le droit de bâtir un château à Cagnes. Au XVIIe siècle, le château a été fortement modifié sous Jean-Henri Grimaldi. Aussi sera-t-il difficile d’observer des éléments strictement médiévaux. Le baroque, en particulier, s’invite au sein du château.

Le blason cagnois (Wikipédia)

On contemplera une imposante cheminée marquée des armoiries de Cagnes : le même chien bleu que l’on retrouve, encore aujourd’hui, dans le logo de la communication officielle de la mairie. J’ai appris au collège, dans le cadre d’un « parcours médiéval », que ce n’était pas le blason originel de la ville. À l’origine, il s’agissait de l’agneau pascal. Ce premier blason n’ayant pas été déposé selon les règles, il n’a jamais eu de reconnaissance officielle, et c’est le blason actuel qui a été attribué à Cagnes.

Le château-musée abrite un musée de l’olivier et raconte l’histoire de la production de l’huile d’olive. On parle là d’une culture qui perdure jusqu’au XIXe siècle, et il n’y a rien de proprement médiéval là-dedans. Le grand moulin à traction animale que l’on trouve dans le château ne se trouvait pas, je suppose, à cet endroit-là à l’origine. De même, les fresques et peintures présentes dans les étages n’ont aucun rapport avec le Moyen-Âge. Les créneaux et le donjon sont également, si mes souvenirs sont bons, postérieurs.

♦ La chapelle Notre-Dame de Protection (XIVe siècle)

Comme on peut le lire sur le mur de la chapelle, la chapelle Notre-Dame de la Protection est un oratoire construit au XIVe siècle, puis agrandi au XVIIe. Les fresques sont de 1530. Malheureusement, la chapelle est actuellement en travaux, donc je n’ai pu en ramener d’images. On trouvera des informations et des images sur « GénéaWiki ».

Les Temps Modernes

Les Temps Modernes désignent l’ère historique qui intervient après le Moyen-Âge et avant l’époque contemporaine. Cela correspond, grosso modo, à trois siècles d’Histoire, successivement marqués par la Renaissance, par la Monarchie absolue, puis par les Lumières. Au niveau artistique, le mouvement qui est le plus représenté dans les traces présentes de ce passé, c’est le Baroque, que l’on retrouve dans les églises mais aussi dans la décoration des étages du Château-Musée.

♦ L’église Saint-Pierre du Haut de Cagnes (XVIe-XVIIIe s.)

L’église Saint-Pierre-Saint-Paul
(photo personnelle)

L’église Saint-Pierre du Haut-de-Cagnes, à ne pas confondre avec la chapelle Saint-Pierre qui se trouve au bord de mer, est accessible depuis la place Grimaldi. Elle est parfois appelée Saint-Pierre-Saint-Paul. Ce n’est pas l’entrée principale du monument religieux : on entre par l’étage, et on descend ensuite un escalier en colimaçon pour atteindre le niveau principal, où la grande porte reste fermée. Les fresques, fraîchement rénovées, évoquent l’art baroque par la présence de motifs floraux et le choix des couleurs. La nef est de style gothique. J’aime particulièrement le bleu du plafond. À savoir, l’église abrite également une belle collection de santons. Si l’église initiale date du XIIIe siècle, donc en plein Moyen-Âge, il y a eu des transformations et agrandissements du XVIe au XVIIIe siècle.

Pour davantage d’informations sur cette église, on peut consulter le suite « Guide tourisme France », un article de blog. La fiche de l’Observatoire du Patrimoine Religieux ne nous apprend rien. La page GénéaWiki reprend les informations essentielles.

♦ Le château-musée Grimaldi

Le château Grimaldi
(photo personnelle)

Le château du Haut-de-Cagnes porte de nombreuses traces des Temps Modernes, puisque l’on a dit qu’il a été profondément remanié sous Jean-Henri Grimaldi, au XVIIe siècle. En visionnant la vidéo, vous pourrez avoir un aperçu du patio intérieur, des coursives, ainsi que du splendide plafond représentant le char de Phaéton, peint par Giulio Benso.

Il faut prendre le temps d’admirer les collections permanentes et temporaires du musée, qui nous transportent à l’époque contemporaine, avec notamment la donation Suzy Solidor, laquelle permet d’apprécier le portrait de la même chanteuse du XXe siècle par un grand nombre d’artistes différents.

L’époque contemporaine

♦ Le musée Renoir et le domaine des Collettes

Auguste Renoir est « le » personnage célèbre de Cagnes-sur-Mer. Il a donné son nom à l’un de ses deux lycées, à l’une de ses écoles, et de ses rues. Le grand peintre a vécu à Cagnes, où il a acquis le domaine des Collettes, situé sur une hauteur d’où l’on a une vue imprenable sur le bourg médiéval et son château. On se promènera avec plaisir dans le grand jardin planté d’oliviers millénaires, en prenant soin de pousser jusqu’au potager situé en bout de terrain. Devant la maison, le jardin est agrémenté d’agrumes et d’une statue de Vénus. Deux bâtiments annexes, la ferme et l’atelier, sont désormais ouverts au public.

La villa Renoir, dans le domaine des Collettes
(photo personnelle)

Mais le clou du spectacle reste la maison elle-même, où l’on admirera quelques tableaux du peintre et de certains de ses contemporains. En ce moment, on y trouvera, en plus, quelques unes des toiles les plus célèbres de Renoir, grâce à un prêt du musée d’Orsay.

La maison elle-même, ses carreaux octogonaux (des « tommettes » rouges), son mobilier, sa chambre, sa salle de bains et sa cuisine, sont particulièrement intéressants puisqu’ils renseignent sur le mode de vie bourgeois au début du XXe siècle, une époque qui ne nous semble pas si lointaine, et qui pourtant appartient déjà résolument à l’Histoire. On admirera, surtout, l’atelier du peintre, avec son chevalet, ses peintures, son fauteuil roulant : une immersion incroyable dans la fin de vie d’Auguste Renoir.

♦ La chapelle Saint-Pierre du bord de mer

La chapelle St-Pierre
(photo personnelle)

C’est sans doute le monument le plus connu de Cagnes-sur-Mer, le plus souvent représenté par les peintres du dimanche et le plus photographié par les touristes. Cette église est bien reconnaissable à la forme particulière de son clocher. Elle a été construite au XIXe siècle. Anecdote intéressante, les pierres nécessaires à la construction ont été amenées du Cap d’Antibes en barque de pêcheur.

On trouvera d’ailleurs sur la plage quelques unes de ces barques traditionnelles. D’après mon père qui s’y connaissait plutôt bien en culture niçoise, le terme de « pointu » n’était utilisé que dans la région de Marseille, si bien que c’est de « barque » qu’il faut parler pour désigner ces embarcations traditionnelles niçoises.

♦ Le port du Cros

Le petit port du Cros est un lieu particulièrement calme et paisible. Les barques traditionnelles et les canots à moteur y tanguent paisiblement dans une rade abritée des vagues et du vent. On oublierait presque que la construction du port dans les années trente est liée au contexte de guerre mondiale. On remarquera la présence d’un abri aux fenêtres particulièrement étroites, qui ressemble à un bunker. Eh oui, ce lieu, lui aussi, est chargé d’Histoire…

*

J’espère que cette petite promenade chronologique à Cagnes-sur-Mer vous aura intéressés. J’espère aussi que vous aurez apprécié le format vidéo qui permet une découverte plus vivante de ces lieux où j’aime à me promener. Cela faisait longtemps que je n’avais plus parlé de culture locale, et j’ai pris beaucoup de plaisir à vous montrer ces monuments cagnois. Bien entendu, d’autres sites auraient encore pu être évoqués (notamment l’hippodrome). Mon but n’était pas de vous faire un cours d’histoire, je n’en ai pas la prétention, mais je voulais montrer qu’un très grand nombre de périodes historiques était représenté sur un tout petit territoire, ce qui est une chance dont nous n’avons pas toujours conscience. J’ai bien envie d’étendre cette réflexion aux Alpes-Maritimes dans leur globalité, mais cela demandera un travail bien plus important, alors… patience !

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4 commentaires sur « Redécouvrez l’Histoire à Cagnes ! »

  1. depuis tout en haut des Hauts de France je remercie Gabriel Grossi de m’avoir fait découvrir sa belle cité , par où l’on comprend mieux son intérêt pour la poésie !

    Aimé par 1 personne

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