Bal éphémère sous la coupole gaudoise

C’est un événement que je ne rate jamais depuis 2015 : la grande soirée où le Festival Poët Poët s’exporte à La Gaude, dans ce beau lieu qu’est le Centre Culturel de la Coupole. D’année en année, c’est toujours un moment hors du temps, une plongée insolite dans la poésie, un spectacle unique en son genre. Cette édition 2022 a été particulière pour moi, puisqu’elle m’a vu passer de l’autre côté de la scène.

20 h, ce vendredi 25 mars 2022. La foule commence à affluer aux abords du Centre Culturel de la Coupole, qui abrite le cinéma communal et l’éco-musée. Elle est accueillie par une grande mariée masquée, qui évolue gracieusement avec sa longue traîne. Sur sa tête, un crâne d’ovin ou de caprin, aux longues cornes. Mi-ange, mi-démon, une créature insolite, qui nous invite à nous laisser emporter dans le monde de la Poësie, oubliant pour un temps notre sérieux d’adultes. Les enfants, nombreux cette année, sont ravis de saluer la mariée et de lui proposer un baise-main.

Nous voici invités à entrer. Pendant que chacun s’installe, résonnent déjà les notes envoûtantes d’un percussionniste et les mots de la poète Laurence Vielle, marraine de cette édition 2022. Ce fondu enchaîné évite de séparer temps ordinaire et temps du spectacle. Il ne s’agit pas simplement d’aller au théâtre, mais de s’immerger dans le monde de la poésie, qui n’est pas un autre monde, mais bien le nôtre, regardé avec émerveillement.

Théo… Théodore… Monod

Noir. Une personne, assise dans le public, se lève et apparaît sur l’avant-scène, côté cour. Une femme, qui éclaire le sol avec son téléphone portable. Que cherche-t-elle ? Elle furète dans chaque recoin de l’avant-scène, bientôt suivie par trois compagnes. « Oh, les fourmis, les petites fourmis ». Les quatre femmes s’extasient à tour de rôle. Puis j’entre en scène en même temps que deux hommes. « Ô merveilles, tout m’émerveille ! » Cette exclamation devient un refrain. À sept, nous portons sur la scène un poème intitulé « Le rire de Théo », issu du recueil Ouf ! de la marraine Laurence Vielle. Notre petit groupe, mené par Murielle Gnutti, est composé du « Collectif du Trom », auquel se sont greffé deux membres du PoëtBuro, Christelle et moi.

« Le rire de Théo »

Danse et poésie

Dès que nous avons terminé, le numéro suivant s’enchaîne avec une belle fluidité. Il s’agit d’une performance dansée, sur la musique envoûtante du percussionniste, qui possède bien plus qu’une batterie ordinaire. Je ne voudrais pas me tromper en nommant ses instruments, mais il me semble avoir reconnu un udu.

La maison sous les ballons

La scène s’éclaire soudain côté jardin. L’artiste Laurie Camous est assise derrière une table recouverte de ballons de baudruche bleus. Elle raconte une histoire, et ses phrases sont soulignées par l’apparition d’objets. L’ensemble est à la fois touchant et amusant. Les ballons se soulèvent, dévoilant une petite maison de carton. Peu à peu, ce décor prend vie. La poète-performeuse est aussi conteuse. On découvre progressivement l’ensemble du décor, puis la table se dénude peu à peu. L’artiste utilise les ballons, leur gonflement et dégonflement, pour créer différents bruitages. Il ne reste à la fin qu’un ballon de baudruche rouge, qui s’envole en se dégonflant, pour se transformer en un gros nez rouge sur la figure de l’artiste.

Laurie Camous

Ensuite, la marraine Laurence Vielle nous emporte à nouveau dans son univers, où elle ne tait rien de la rudesse du monde, mais avec beaucoup de tendresse. La poétesse est très à l’aise sur scène, passant du murmure au cri. Elle fait participer le public, interrogeant les enfants sur la façon dont ils rêvent leur avenir, puis demandant au public de réciter avec elle un refrain accompagné des percussions. On embarque vraiment avec elle, scandant le refrain avec une joie communicative.

Les élèves masqués de la Gaude

Puis le rideau s’ouvre sur l’écran de cinéma. Le court-métrage présente le travail des élèves de La Gaude dans la grande salle de l’exposition Coronamask de Chiara Mulas. Les élèves, eux aussi, ont fabriqué des masques, très colorés. Ils les portent avec plaisir, et se laissent aller à une danse spontanée, faisant s’exprimer leur corps en fonction des rythmes du percussionniste. Leur investissement et leur plaisir sont nettement perceptibles à l’écran. Et, dans la salle, on voit la joie des enfants présents dans l’assistance, heureux de se voir eux-mêmes et de montrer leur travail à leurs parents.

La danse masquée d’Émilie Pirdas

Le numéro suivant s’enchaîne parfaitement puisqu’il s’agit d’une performance dansée et masquée. L’artiste, Émilie Pirdas, revêt successivement des masques différents, tous plus surprenants les uns que les autres, dont un en forme de globe terrestre. On entend un texte d’Albert Camus, accompagné par le « Cum dederit » du Nisi Dominus de Vivaldi.

État de marche

Après cet instant féerique, Laurence Vielle propose un poème intitulé « état de marche ». Un poème qui a fortement marqué l’auditoire par son intensité et son urgence. Il s’enchaîne avec une incroyable performance dansée, une danse qui confine à la transe, alternant judicieusement immobilité et mouvements saccadés. À l’issue de celle-ci, nous avons distribué des masques de carnaval au public, et invité celui-ci à grimper sur scène pour un bal éphémère. Quelques uns ont osé venir se trémousser sur les percussions de Davy Sur, effaçant ainsi la frontière entre scène et public. Car c’est aussi cela la poésie : créer quelque chose qui se passe ensemble.

C’est dans cet esprit qu’un buffet a été servi à l’extérieur du bâtiment. Réunir tout le monde autour d’un même repas. Rendre les artistes parfaitement accessibles, avec une grande simplicité et une grande humilité.

« Dans mon pays, on remercie » (Char)

À l’issue de chaque manifestation du festival, Sabine Venaruzzo demande à des membres du public d’écrire quelques « mots ressentis », lus lors de la session suivante. S’il me fallait plier moi aussi à cet exercice, à ce jeu, je parlerais d’émotions fortes et d’humanité. Si la soirée gaudoise m’émeut à chaque fois, c’est par la communion qu’elle instaure autour de la poésie. C’est un moment où chacun vibre à l’unisson, grâce à la magie des mots. C’est vraiment un voyage où chacun se laisse embarquer. Artistes, public, des gens qui ne se connaissaient pas auparavant partagent quelque chose de fort. Oui, il y a vraiment là quelque chose qui relève de la communion, du partage, de la fraternité, moments d’autant plus précieux qu’ils deviennent rares dans la société d’aujourd’hui. Alors merci, merci à Sabine Venaruzzo, au PoëtBuro, à notre marraine Laurence Vielle, à Davy Sur le percussionniste, à Laurie Camous, à Émilie Pirdas, à la Comoagnie Pieds Nus et au collectif « OK Chorale », sans oublier le collectif du Trom qui a eu la générosité de nous inclure, Christelle et moi, dans la lecture du « Rire de Théo » de Laurence Vielle. Merci à Gilles Faraut, directeur de cet espace mythique. J’en oublie sûrement, mais je voulais dire, à toutes et à tous : merci.

Après le spectacle, devant la Coupole

L’image d’en-tête provient de la banque d’images Pexels proposée par WordPress. Les autres images ont été partagées par les participants au spectacle.

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