École : Des mots pour raconter une histoire

Du lexique à la production d’écrits

J’ai cette année en charge l’enseignement du vocabulaire dans une classe de CE1/CE2. J’ai pensé intéressant de travailler le lexique nécessaire à l’écriture d’histoires, inspirées notamment du genre du conte.

Je précise que, dans ladite classe, je ne suis responsable ni de l’enseignement de la littérature, ni de celle de la production d’écrits, mais je tisse volontairement des ponts afin de rendre intéressantes les séances de lexique, orientées vers un but (la lecture et l’écriture) et non simples exercices (lesquels demeurent utiles bien sûr).

La séquence qui va suivre est donc pensée pour être faisable avec des élèves que l’on voit relativement peu (une fois par semaine). Elle se veut réaliste dans son ambition, tout en cherchant à être motivante pour les élèves. Elle me paraît faisable du CE1 au CM2, moyennant bien entendu de nombreuses adaptations, du moment que les élèves sont capables de lire de façon autonome. Elle n’est pas adaptée à des non-lecteurs, et ne me semble ainsi pas réalisable en classe de CP.

La séquence en un coup d’œil

Vous trouverez ici ma programmation annuelle en lexique, ainsi qu’une fiche de présentation générale de la séquence.

Séance 1 : Repérer des mots dans des contes

Cette première séance est une séance de découverte et de recherche. Les élèves puisent, dans un grand stock de contes mis à disposition, différents mots-clefs correspondant aux catégories demandées, qui permettront de constituer un répertoire de mots qui pourra être affiné lors des séances suivantes.

Documents téléchargeables :
► Fiche de préparation de la séance 1
► Support pour l’activité de recherche (une feuille par groupe)


Séance 2 : Des adjectifs pour décrire un personnage

Habituellement, j’utilise cette séance dans le cadre de mes séquences de grammaire. Cette année, n’ayant pas en charge l’enseignement de la grammaire, j’ai trouvé intéressant de l’insérer dans cette séquence de lexique et production d’écrits. Un « brainstorming » permet de trouver un grand nombre d’adjectifs pour décrire des personnages. Ces mots sont ensuite réutilisés dans le cadre d’une petite production d’écrits : les élèves doivent légender des illustrations issues de divers contes, notamment des gravures de Gustave Doré.

Documents téléchargeables :
Fiche de préparation de la séance 2
Fiche à photocopier pour la production d’écrits (une par élève)

Remarque : Pour aider les élèves, on prendra le temps d’observer collectivement chaque image, en l’agrandissant avec le vidéoprojecteur.

Pistes de différenciation : Les plus petits scripteurs pourront écrire une seule phrase pour chaque image. Les élèves les plus avancés pourront produire davantage. Ne pas hésiter à autoriser les élèves à utiliser le verso s’ils ont davantage d’idées. Les images ont été choisies pour être « parlantes », avec des sujets singuliers et pluriels, masculins et féminins. Ne pas hésiter à aider des élèves qui paraîtraient « bloqués », y compris en dictée à l’adulte.


Séance 3 : Raconter une mini-BD

Cette troisième séance, centrée sur une tâche de production d’écrits, vise à faire mobiliser le vocabulaire. Les élèves rédigeront des phrases à partir d’une mini-bande dessinée. Les élèves devront avoir à disposition les répertoires créés lors des séances précédentes : la fleur de lexique des contes créée lors de la séance 1, et le tableau des adjectifs créé lors de la séance 2. Il s’agit, pour cette troisième séance, d’une ambition très mesurée en terme de quantité d’écrit : tout au plus quelques phrases. En revanche, on insistera sur la correction de la langue : la plupart des mots auront été donnés, donc ils devront être correctement orthographiés ; les phrases devront avoir une majuscule et un point ; les phrases devront comporter des adjectifs.

Documents téléchargeables :
► Fiche de préparation (séance 3)
► Mini bandes-dessinées (5 pages, à photocopier en 2 exemplaires → 10 groupes maxi)


Séance 4 : Catégoriser les verbes de parole

L’échelle linéaire finale

Il m’a paru important de faire travailler les élèves sur les verbes de parole. Il s’agira d’être capable de les repérer dans un texte (surligner), de donner leur infinitif, puis de les trier sous la forme d’une échelle linéaire, de manière à faire ressortir la gradation d’intensité sonore.

En effet, il importe que le vocabulaire étudié ne soit pas présenté sous la forme d’une liste informe, mais bel et bien organisé de façon structurée. L’échelle linéaire est un outil structurant. Bien sûr, des verbes de parole, il en existe une multitude. Je me suis centré ici sur quelques verbes qui me paraissent essentiels au cycle 2. On pourra étoffer cette liste en cycle 3, notamment avec les verbes de la réponse et du débat (rétorquer, répliquer, etc.).

Documents téléchargeables :
► Fiche de préparation de la séance 4
► Fiche d’activité pour les élèves
► Corrigé de la fiche d’activités
► Trace écrite : échelle linéaire des verbes de parole (2 exemplaires sur une page)


Séance 5 : Exercices de vocabulaire

Cette cinquième séance a pour objectif de permettre aux élèves de manipuler les mots découverts lors des séances précédentes. Les élèves mobilisent ainsi les noms, les adjectifs, les verbes les plus fréquemment rencontrés dans des textes narratifs. Certains exercices sont très proches de ceux effectués lors des séances précédentes. C’est en utilisant à nouveau ces mots que les élèves vont les mémoriser, du point de vue du sens mais aussi de celui de l’orthographe.

Documents téléchargeables :
► Fiche d’activité (séance 5)
► Corrigé de la fiche d’activité


Séance 6 : Production d’écrits (tâche finale)

Il importe pour moi que les activités de vocabulaire débouchent sur une séance de production d’écrits qui leur donne sens. Les élèves comprennent ainsi que, si l’on classe, trie, range, catégorise des mots, si l’on construit des fleurs de lexique et des échelles linéaires, c’est bien pour être capable de s’approprier ces mots et de les réutiliser ensuite.

Les tâches de production d’écrits sont difficiles. Il s’agit de l’activité la plus complexe, dans la mesure où elle impose de mobiliser énormément de connaissances différentes. Il peut arriver que les élèves se découragent avant même d’avoir commencé. Aussi importe-t-il de fournir les outils nécessaires, afin d’éviter ce sentiment de découragement.

Les élèves pourront s’aider d’une fiche de lexique qui reprend les principaux mots travaillés lors de la séquence. Ensuite, un travail préparatoire permet d’identifier les cinq phases principales d’un conte. L’activité de production d’écrits proprement dite est guidée par la présence de cinq amorces de phrases qui guident fortement l’élève. On évitera ainsi, autant que possible, les situations où les élèves refusent d’entrer dans l’activité, ainsi que les situations où ils accumulent les idées sans que celles-ci prennent la forme de phrases.

La différenciation n’est pas difficile à mettre en œuvre. Pour les élèves à besoins, on pourra proposer un support avec les cinq amorces (on peut aussi la proposer à tous). L’enseignant, en observant l’activité des élèves, pourra repérer ceux et celles qui mettent du temps à entrer dans l’activité. On pourra alors leur demander de choisir un personnage, un lieu, etc. On pourra accepter qu’ils racontent une histoire qu’ils connaissent déjà. On n’hésitera pas à faire verbaliser oralement les phrases, de manière à dissocier dans le temps l’idée et son écriture. Évidemment, les élèves les plus avancés pourront écrire davantage que cinq phrases.

Documents téléchargeables :
► Une fiche-outil avec les principaux mots de la séquence
► Un travail préparatoire pour découvrir les cinq phases d’un conte
► La fiche qui servira de support à la production écrite

J’espère que cette séquence vous aura intéressés et que vous l’aurez trouvée convaincante. Elle ne prétend pas être parfaite, mais elle tente d’appliquer du mieux possible les instructions officielles et les recommandations des formateurs académiques. Le lexique étudié est ainsi rencontré, manipulé, catégorisé et réutilisé. Le lexique n’est pas une simple liste de mots mais un ensemble structuré sous la forme de fleurs de lexique, de tableaux, d’échelles linéaires. Les activités de production d’écrit cherchent à donner sens à ce travail de collecte et d’organisation du vocabulaire.

Ce travail est proposé gratuitement dans une logique d’entraide entre enseignants. Vous pouvez donc, si vous le souhaitez, l’utiliser avec vos élèves, en prenant soin dans ce cas de maintenir la référence à mon blog (inscrite en tout petit sur les fiches).

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3 commentaires sur « École : Des mots pour raconter une histoire »

  1. très belle séquence. Inventive et structurée.
    Je n’ai pas encore bien compris votre statut, mais ces interventions -dosées- me semblent une bonne initiative de l’éducation nationale.
    Permettez-moi de vous raconter deux souvenirs, à titre, disons, amical.
    Le plus récent: alors que je m’occupais de l’expérimentation concernant l’éducation artistique et culturelle dans l’académie de Nice (il va y avoir trente ans), j’avais suggéré à l’inspecteur d’académie des AM de charger l’un de nos professeurs des écoles, poète et bon pédagogue par ailleurs, d’intervenir ponctuellement dans les classes de sa circo en remplacement des maîtres absents, uniquement pour une initiation à la lecture et à l’écriture poétique. Accord de principe du collègue. Accord complet de l’inspection. La chose ne s’est finalement pas faite : au dernier moment, le collègue a craint pour son évolution de carrière s’il acceptait un poste de remplaçant.
    Vos interventions me semblent aller dans ce sens, avec deux considérables améliorations: elles ne sont pas soumises aux aléas des congés (maladies ou stages), et leur procédure est transmissible à tous.

    Le plus ancien est un souvenir d’enfance. Je suis d’une famille d’immigrés italiens. Les études de mon père s’étaient arrêtées en 1915, au niveau du cours préparatoire, dans un village de la profonde campagne émilienne (aujourd’hui largement connu pour la qualité de son pain).
    Il n’était pas analphabète, et, pour certains sujets, pas illettré. Mais il n’était pas un fin connaisseur de la langue française, naturellement.
    Or voici qu’un jour (j’étais en CM1 ou CM2) il revient à la maison avec un paquet cadeau: le Quillet en trois volumes. Pour moi. Je n’ai jamais su ni comment il avait découvert le Quillet. Ni pourquoi il avait décidé de l’acheter.
    Le Quillet, outre la liste alphabétique habituelle, présentait de nombreux tableaux: préfixation, suffixation, familles de mots etc.
    J’avais compris que mon maître nous donnait à lire, le vendredi, un texte dont il nous faisait étudier le lexique le samedi… Le vendredi soir, je plongeais dans mon Quillet (ravi, mon père, de me voir utiliser son cadeau) et je l’explorais à partir des mots de la lecture du jour. Les listes de mots, en particulier, les familles, les proximités etc. Ce qui me permettait de lever souvent le doigt le lendemain.
    Je me sentais tout de même un peu fautif: n’était-ce pas de la tricherie? Je m’en étais ouvert à mon maître, et lui, au lieu de me gronder, m’avait encouragé à continuer. Je ne sais plus si Courbin ou Malachane. L’un des deux. Malachane, peut-être plutôt, ouvert à la littérature et aux arts.
    Puis-je me considérer comme faisant partie de la longue préhistoire de votre belle séquence?
    Bonne continuation!
    rm

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