« Naïs au pays des loups »

Je ne parle pas souvent de cinéma et de télévision sur ce blog, mais pour une fois je vais faire une exception, car je vous recommande de voir (en replay) le film Naïs au pays des loups, qui renouvelle le genre du documentaire animalier tout en proposant un film d’une grande poésie.

Voyage dans la vallée des Merveilles

Cela se passe dans la vallée de la Roya, à proximité des cimes majestueuses du Mercantour. Dans cet espace occupé par l’Homme depuis la préhistoire, la nature sauvage demeure bien présente. Le randonneur ne s’en rend généralement pas compte, car les animaux farouches redoutent sa proximité. Mais avec une caméra équipée d’un détecteur de mouvement, on découvre qu’ils sont bien là : cerfs, chamois, bouquetins, lièvres, rapaces, renards… sans oublier cet animal mythique, le loup.

En capturant des images magnifiques, le réalisateur incite au respect et à la préservation de cet espace sauvage qui n’appartient pas à l’Homme. Il faut connaître et admirer pour comprendre cette nécessité de préserver, et c’est précisément le rôle d’un documentaire animalier. Mais l’intérêt du film ne s’arrête pas là.

L’exploration d’un père et de sa fille

Naïs au pays des loups s’inscrit dans cette tendance qui consiste à inclure l’observateur, au lieu de simplement filmer la nature observée. Si je parle de tendance, c’est parce que d’autres exemples viennent à l’esprit : J’irai dormir chez vous (Antoine de Maximy) ou Rendez-vous en terre inconnue (Frédéric Lopez) notamment. Ici, le film trouve son originalité dans le fait de présenter la relation d’un père et d’une fille à la découverte des merveilles du Mercantour.

Le risque, cela aurait été de donner l’impression de profiter de la candeur d’une jeune enfant pour créer de l’émotion à bas coût. Or, précisément, on n’a pas du tout cette impression-là, et, tout au long du film, on est ému par la sincérité de cette relation.

Le père arpente les versants du Mercantour depuis son plus jeune âge, et c’est d’une façon toute naturelle qu’il tente de transmettre cette passion à sa très jeune fille. Il n’est pas courant de voir une enfant, trop jeune pour aller à l’école, braver le froid et la fatigue, accrochée au dos de son père, pour explorer la nature sauvage. Mais elle aussi devient vite passionnée. Elle dit, avec ses mots à elle, son amour pour la nature. Son regard innocent perçoit, mieux peut-être que celui d’un adulte, la beauté de la flore et de la faune sauvages. Elle nous montre que, à trois ans, un cerf ou un loup inspirent de l’émerveillement, bien plus que de la peur.

Une véritable rencontre avec la nature

Lorsque l’enfant se retrouve nez à nez avec un animal sauvage, il s’agit d’une véritable rencontre au sens plein de ce mot, ce qui suppose une égale dignité. Pour contempler ces animaux qui ne se laissent pas volontiers approcher, il faut en effet beaucoup de discrétion, beaucoup d’humilité. Bannie est la posture conquérante de l’humain qui prétend tout savoir et tout maîtriser. Ici, le père et la fille sont avec la nature. Pour avoir une chance de rencontrer les animaux, il faut que ces derniers s’habituent à leur présence. Le père et la fille font partie de la nature. Il y a dans leur attitude beaucoup d’humilité et de respect. C’est peut-être précisément lorsque l’humain ne cherche pas à être trop humain qu’il est vraiment humain. Nulle volonté ici de dominer, de maîtriser, de soumettre la nature. Les animaux ne sont pas là pour se donner en spectacle, pour suivre la volonté du photographe et de sa fille. C’est à eux de s’inscrire dans ce monde où ils ne sont qu’invités, d’accepter les règles de la nature, et d’être vraiment avec la nature.

Un voyage initiatique

Aussi, l’exploration du Mercantour prend-elle la forme d’un voyage initiatique. L’objet de la quête est d’abord le loup, cet animal mythique, à propos duquel il est difficile d’avoir un discours objectif, puisqu’il déchaîne les passions, puisqu’il s’inscrit dans des références, des mythologies, des symboles, dans des façons de penser ancestrales. Animal très lié à l’enfance, tant il peuple les contes et les mythes, figure emblématique de bien des classes de maternelle. Animal dont nous avons très souvent peur, une peur ancestrale bien davantage liée à nos représentations qu’au risque effectif que cet animal peut faire courir.

Le film nous fait ainsi changer de regard sur le loup, en nous dépassant à dépasser la peur, à voir le loup comme un animal comme un autre, comme un digne habitant des merveilleuses cimes du Mercantour. Le loup ne se laisse pas facilement appréhender. Le film donne l’impression que croiser le chemin de cet animal est une chance qui se mérite. Ce n’est qu’au terme de plusieurs tentatives, et de plusieurs échecs, que le père et la fille parviennent à filmer d’abord, à voir ensuite, une meute de loups.

Aussi, pour atteindre au but, faut-il se remettre en question, changer sa façon de considérer les choses, adapter les projets initiaux… Si bien que, si ce film apparaît comme un voyage initiatique, c’est au sens propre de ce terme : la quête du loup est, simultanément, une façon de se chercher soi-même, de trouver qui l’on est vraiment, face à cette nature grandiose, et face à cet autre qu’est le loup. Se chercher soi-même en tant qu’observateur de la nature, en tant que père, en tant que fille. La quête du loup et la quête de soi ne font qu’une.

C’est en somme une leçon de sagesse que délivre ce film, servie par une bande son envoûtante, marquée par les chants traditionnels de l’arrière-pays niçois. Une invitation à contempler la beauté, en suivant les rythmes de la nature et des saisons. Une leçon de lenteur et de patience, pour se montrer réellement disponible à cette nature qui ne se déploie pas seulement dans les lieux les plus reculés, mais parfois aussi jusqu’au pas de la porte. Une leçon de transmission aussi, car gageons que la petite Naïs grandira avec une autre idée de la nature que celle de la plupart d’entre nous. Puissions-nous être à la hauteur de ce message, en nous montrant capables de préserver, pour aujourd’hui et pour les générations futures, cette nature exceptionnelle.

Références du film
Rémy Masséglia, Naïs au pays des loups, 2021, 52 min, diffusé le jeudi 16 décembre 2021 sur France 3 et disponible en replay jusqu’au 14 février 2022.
Lien : https://www.france.tv/documentaires/animaux-nature/2949103-nais-au-pays-des-loups.html

Publicité

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s