Connaissez-vous Léon Gontran Damas ?

Parmi les « poètes de la négritude », on cite souvent le Martiniquais André Césaire ou le Sénégalais Léopold Sédar Senghor. Peut-être vous souvenez-vous que j’ai déjà évoqué ici le Haïtien René Depestre. Je vous propose aujourd’hui de découvrir un autre membre de cette famille poétique, un peu moins connu, à savoir le Guyanais Léon Gontran Damas, né à Cayenne en 1912.

Qui est Damas ?

Léon Gontran Damas (Wikipédia)

Que peut-on retenir de la notice bio-bibliographique que l’on trouve à la fin de Black Label et autres poèmes ?

Dès sa plus jeune enfance, Léon Gontran Damas est marqué par la mort de sa sœur jumelle, de sa mère et de sa grand-mère. Son père le confie alors à une cousine. Il fait ses études secondaires en Martinique, au lycée Schoelcher de Fort-de-France, où il rencontre notamment Aimé Césaire, puis à Meaux. Il s’inscrit à des études de droit pour lesquelles il n’a guère de goût, tout en fréquentant l’École des langues orientales et la faculté de lettres.

À Paris, il mène une vie d’ « étudiant bohème », rencontre un grand nombre d’artistes, et fait connaissance avec des membres éminents de la diaspora noire. Il s’intéresse à la politique et rédige un article cinglant dans La Dépêche africaine en 1932. Il vit alors de petits métiers. Il rencontre notamment Jacques Audiberti et Robert Desnos. Il fréquente l’intelligentsia parisienne.

En 1934, il rentre en Guyane, missionné pour conduire une étude sur ce pays. Pendant ce séjour, la femme qui l’a élevé, enfant, décède. Son père meurt la même année. De ce voyage, il rapporte un documentaire, Retour de Guyane. Il publie des poèmes dans la revue Esprit, puis dans le journal L’Étudiant noir, avant de faire paraître son premier recueil Pigments en 1937, avec une introduction de Robert Desnos. Cet ouvrage anticolonialiste et antifasciste rencontre un grand succès, si bien que le poète sera surveillé et censuré par les autorités.

Pendant la guerre, Léon Gontran Damas est mobilisé dans une compagnie qui sera décimée par un bombardement. Il mène ensuite un rôle actif dans la Résistance, tandis que la communauté noire s’organise. Dans une époque qui « multiplie rafles et délations », Damas continue de fréquenter les grands esprits de son temps, et utilise le café Le Méphisto comme « atelier pour talents prometteurs ». Damas est arrêté par la Gestapo. Cela ne l’empêche pas de préparer une anthologie de la littérature d’Outre-Mer.

Après guerre, le poète poursuit son engagement militant, défendant le Mouvement pour la renaissance guyanaise, tout en étant « homme de radio et directeur d’une collection littéraire ». C’est dans ce contexte que sont rédigés Black Label et Graffiti. En 1948, il succède à René Jadfard en tant que député. Trop parisien, et critiqué pour avoir épousé une danseuse de cabaret, Damas sera finalement évincé de la politique. Il se représente malgré tout aux législatives en 1956, et c’est un échec. Paraissent successivement Poèmes nègres sur des airs africains (1948), Graffiti (1952), Black-Label (1956). Il meurt en 1978 à Washington DC.

Choix de citations

"Qu'attendons-nous
les gueux
les peu
les rien
les chiens
les maigres
les nègres
pour jouer aux fous
pisser un coup
tout à l'envi
contre la vie
stupide et bête
qui nous est faite
à nous les gueux
à nous les peu
à nous les rien
à nous les chiens
à nous les maigres
à nous les nègres" (p. 50)
"Il s'agit moins de recommencer
que de continuer à vous refiler ma nausée
continuer à vous surveiller
continuer à ruer
continuer à vous jouer plus d'un air
de ma flûte en tibia de Karia
Karia Rou-la-Gazelle

continuer à vous navrer
vous décevoir
vous désarmer

continuer à souhaiter
que vienne enfin et sonne
continuer à prier pour que vienne et sonne l'heure attendue" (p. 32)
"L'Amour n'est vraiment beau
qu'au fort de l'orage
dans la cabane au bord de l'eau
debout dans la nuit noire" (p. 28)

Références de l’ouvrage
Léon Gontran DAMAS, Black-Label et autres poèmes, Paris, Gallimard, coll. « Poésie », 1956-2011.

Image d’en-tête : un paysage guyanais trouvé sur Pixabay (banque d’images gratuites et libres de droits).

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