Les nuages d’Enza Palamara

Il est des ouvrages dont la lecture fait du bien, des livres qui délivrent un message qui nous touche particulièrement, et Ce que dit le nuage est de ceux-là. Enza Palamara ne cache pas la dimension spirituelle de ce recueil récemment paru aux éditions Poesis. Loin de tout dogmatisme, la poète nous invite à un voyage de l’âme en compagnie des nuages.

Poésie et peinture

Les trois sections du recueil rassemblent des poèmes brefs, centrés sur l’espace de la page, qui font face à des dessins de la poète elle-même, en noir et blanc d’abord, puis en couleurs dans le « postlude » qui termine l’ouvrage. Les pages de gauche sont donc consacrées à l’image, et celles de droite aux poèmes.

Les images ont toutes quelque chose de nébuleux, on peut les voir comme une sorte de nuage où l’image prend forme. Un peu comme si les formes naissaient d’un brouillard primordial. En émergent une grappe de raisin, un arbre, un oiseau, des silhouettes humaines… Certaines images restent plus abstraites.

Font face à ces images des poèmes brefs. Il ne s’agit pas de décrire ces images, mais d’aller à l’essentiel. Cette esthétique de la concision peut rappeler le genre du haïku.

« Sous le Nuage
le chant
de l'oiseau
accompagne
tes pas. »

Une dimension spirituelle

Enza Palamara affirme explicitement la dimension spirituelle de cet ouvrage, dès le « prélude » en prose où elle en précise la genèse. Ce que dit le nuage est né dans un contexte de deuil et de maladie. C’est alors qu’elle se trouvait entre la vie et la mort que la poète, incapable à ce moment de lire, a commencé par griffonner, par dessiner des gribouillages, seul geste artistique qui lui était alors disponible. Ceux-ci sont devenus des images auréolées de mystère. Puis le texte, la parole écrite du poème, est venue leur faire écho. C’est ainsi qu’a pris forme une réflexion sur soi-même, nourrie de nombreuses lectures, qui se lit comme une sorte d’itinéraire spirituel, un voyage de « l’âme », mot qui revient souvent sous la plume de la poète.

« Trois arbres
comme
trois anges
accueillent
le pèlerin
qui a suivi
pas à pas
les chemins des hauteurs »

« Connais-toi toi-même », disait l’oracle de Delphes, et l’ouvrage paraît répondre à cette injonction. Dans le prélude, Enza Palamara raconte comment l’enfant née sur les rivages de Calabre est devenue un professeur de littérature française, spécialisée dans l’étude notamment de Baudelaire et de Bonnefoy. Du premier, elle a retenu l’attrait pour « les nuages qui passent, là-bas, les merveilleux nuages ». Du second, la quête d’un « vrai lieu », qu’elle reprend à son compte. À ces deux sources s’ajoute une troisième, la lecture d’un auteur mystique anglais anonyme, auteur du Nuage de l’inconnaissance. Les mots de ce titre se retrouvent dans le corps des poèmes :

« Entre le Nuage
de l'oubli
et le Nuage
de l'inconnaissance
tu scrutes
une parcelle de lumière »

Une poésie paisible et sereine

Ce qui m’a séduit dans cet ouvrage, c’est sa dimension paisible et sereine. Les mots nous portent d’emblée au-dessus des tracas et des tourments qui polluent généralement notre existence quotidienne. Enza Palamara nous conduit vers des hauteurs où l’on respire mieux : «Les hauteurs / abritent / des réceptacles / de lumière». De poème en poème, la méditation poétique nous invite à la contemplation de « l’immensité du monde », animé d’un « humble et pur / élan d’amour ».

Cette sérénité fait du bien, particulièrement dans ces temps troublés qui sont les nôtres. Les poèmes sont animés d’un profond amour pour le monde, d’un émerveillement constamment renouvelé, y compris pour les réalités les plus humbles, « bout de terre » ou « brin d’herbe ». Les trois volets de la quête spirituelle, « L’assomption du moi », « Le rapatriement du monde », « Le chant de l’âme », nous conduisent à estomper les frontières illusoires qui séparent le moi et le monde : «Tu es au monde / et tout / au monde / résonne en toi».

« Au carrefour
de tous les chemins
l'âme
devient
Lumière »


*

Le nuage n’annonce ici aucune tempête. Il n’est pas ce qui obscurcit le ciel, mais apparaît au contraire comme une sorte d’intercesseur : comme l’indique la quatrième de couverture, il est «le médiateur, l’intermédiaire entre la terre et l’âme », qui « aide notre être à bâtir son séjour terrestre ». Le livre d’Enza Palamara, paisible et serein, nous invite ainsi à une union heureuse avec le monde. Je ne peux que vous en recommander la lecture.

Références de l’ouvrage : Enza Palamara, Ce que dit le nuage, Poesis, 2020. ISBN : 978-2-9552119-8-4.

L’auteur en quelques mots

Enza Palamara est née dans le sud de l’Italie, face à la mer ionienne. Elle a vécu ensuite à Nice puis en Bourgogne. Agrégée de lettres, elle a enseigné à l’université de Tours et à l’Institut français de Naples. Elle est également l’auteur de Rassembler les traits épars (2008), de Des vols qui ont abouti (2012) et de La Gloire d’être (2012).

Vous pourrez lire quelques extraits de ses poèmes sur le blog « Terres de femmes » d’Angèle Paoli. Vous trouverez également une lecture audio et une rapide présentation du recueil, par Stéphane Bataillon, sur un blog affilié au site « La Croix ».

Image d’en-tête par Pexels de Pixabay

6 commentaires sur « Les nuages d’Enza Palamara »

  1. Merci! Je ne connaissais pas la poésie de Elza Palmara et je découvre avec joie son Recueil  » Ce que dit le nuage ». La sérénité et la douceur ( folie) d’aimer les nuages et les ciels font écho à ma raison de vivre…

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  2. J’ai été tellement heureux de lire votre livre , chère Enza, d’y lire, d’y découvrir nos profondes affinités. Merci à Gabriel Grossi de lui avoir consacré un article aussi profond et justement élogieux .

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