Les quatrains de François Cheng

De François Cheng, je ne sais à vrai dire pas grand-chose, du moins pas grand-chose de plus que ce que l’on peut trouver sur Wikipédia : ce poète français d’origine chinoise est né à Nanchang en 1929, il est arrivé en France en 1948, sans encore parler un mot de français.

Aujourd’hui, à l’âge de 91 ans, il compte parmi les voix incontournables de la poésie contemporaine, et s’est montré un grand passeur des cultures. Les multiples décorations reçues, ainsi que son élection à l’Académie française, ne sont qu’un indice parmi d’autres de la reconnaissance dont il jouit désormais. On peut aussi mentionner le fait que 189 thèses de doctorat se sont intéressées à lui, de près ou de loin. Celles qui arrivent en premier dans le moteur de recherches portent précisément sur le passage entre Orient et Occident, sur la symbiose entre les cultures française et chinoise.

J’ai voulu découvrir par moi-même ce poète, et c’est pourquoi je me suis procuré l’un de ses plus récents recueils. Il s’intitule Enfin le royaume et possède le sous-titre « Quatrains ». Il est paru en 2018 chez Gallimard, puis réédité en 2019 avec des poèmes inédits. L’ouvrage adopte une présentation aérée, avec un seul quatrain par page. En voici une petite sélection.

« La beauté est une rencontre. Toute présence
Sera par une autre présence révélée.
D’un même élan regard aimant figure aimée ;
D’un seul tenant vent d’appel feuilles de résonance. »

(p. 160)

« La nuit d’août nous re-donne une fête galante.
La lune enchante le pré. Nous parlons, nous rions…
Soudain nous nous taisons, émus du chant qu’émet
À voix basse la terre-mère le temps d’une brève entente. »

(p. 162)

« Le bruit du lave-vaisselle atteste que nous sommes là
Faisant notre devoir quotidien. En continu,
Le transistor déverse le vacarme du monde, noie
Nos voix étouffées dans le flot des détritus. »

(p. 163)

« Ne quémande rien. N’attends pas
D’être un jour payé de retour.
Ce que tu donnes trace une voie
Te menant plus loin que tes pas. »

(p. 217)

« Un jour si je me perds en toi,
me rappelleras-tu mon nom ?
Un jour en toi si tu me retrouves,
me révéleras-tu ton nom ? »

(p. 80)

Le choix d’une forme brève fait que, nécessairement, vienne à l’esprit le genre du haïku. Mais, précisément, le poète, d’origine chinoise et non japonaise, semble avoir voulu refuser de calquer ses poèmes français sur une forme orientale, quelle qu’elle soit. Bien sûr, il y a des points commun : l’importance de l’instant, l’évocation des saisons… Certains poèmes se lisent comme de brèves méditations, comme une forme de leçon de sagesse. D’autres, tel celui sur le lave-vaisselle, inscrivent la réalité quotidienne la plus prosaïque dans l’espace du poème. D’autres encore, comme le dernier que je viens de citer, s’adressent à l’être aimé… J’ai aimé le ton contemplatif de l’ensemble, ainsi que la possibilité de les lire dans le désordre, d’en picorer au hasard. Cette brièveté est d’ailleurs un bon moyen, pour des personnes qui connaîtraient peu la poésie contemporaine, d’y entrer facilement.

Et vous, qu’avez-vous pensé de ces quelques poèmes ? J’attends vos réactions en commentaire!

Les images qui illustrent cet article ont été trouvées sur la banque d’images gratuites « Pexels » de WordPress.

3 commentaires sur « Les quatrains de François Cheng »

  1. A Clans, je me souviens d’un ami à l’agonie. Francis. Il m’avait offert une veste pour l’hiver. Et « les cinq méditations sur la mort » qu’il était en train de lire. Je lui offrais régulièrement des livres. Je pense à lui encore.

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