Connaissez-vous Pernette du Guillet ?

Cela faisait longtemps que je n’avais pas consacré d’article au seizième siècle. C’est pourquoi je vous propose de découvrir aujourd’hui une poétesse méconnue. De la vie de Pernette du Guillet, on ne sait pas grand-chose, sinon qu’elle mourut fort jeune, et qu’elle fut le grand amour, sans doute platonique, de Maurice Scève, malgré son mariage avec le sieur du Guillet.

Le poème qui suit m’a séduit par sa brièveté, par le passage qu’il décrit de l’ombre à la lumière, de l’inquiétude à la louange :

La nuict estoit pour moy si tresobscure,
Que Terre, & Ciel elle m’obscurissoit,
Tant, qu’à Midy de discerner figure
N’avois pouvoir, qui fort me marrissoit :
Mais quand je vis que l’aulbe apparoissoit
En couleurs mille & diverse, & seraine,
Je me trouvay de liesse si pleine
(Voyant desjà la clarté a la ronde)
Que commençay louer a voix haultaine
Celuy, qui feit pour moy ce Jour au Monde.

Source : Pernette du Guillet, « La nuit […] », Rymes, 1545, via Wikisource.

Tourments nocturnes et promesse de l’aube

Dans ce poème, Pernette du Guillet commence par décrire une Nuit totale, renforcée par l’intensif « si ». La coordination « Terre et Ciel » montre que rien n’échappe à cette nuit. L’affirmation selon laquelle il devient impossible d’y voir en plein midi confine à l’hyperbole, voire à l’adynaton : la nuit règne en souveraine absolue jusque sur son contraire, le plein jour. On peut donc parler à juste titre d’une nuit totale, à laquelle rien ne peut se soustraire.

Buste de Pernette du Guillet (Wikipédia)

C’est alors que la conjonction « mais » introduit l’apparition de l’aube, présentée comme un miracle. Le numéral « mille » rend les « couleurs » innombrables, et souligne ainsi l’opposition avec l’obscurité précédente. Le champ lexical est désormais celui de la joie et du bonheur : « sereine », « liesse ». Cette plénitude est à la fois celle de la poète (« si pleine ») et celle du monde environnant, empli de « clarté à la ronde ». Ce miracle induit chez la poète le désir de « louer », de remercier Dieu pour ce don miraculeux. Aussi est-il simplement désigné par la périphrase « celui qui fit pour moi ce jour au monde ».

Il est sans doute possible de voir, dans ce passage de l’ombre à la lumière, une représentation symbolique d’un passage de l’égarement (où l’on se sent aveugle même en plein jour) à la confiance sereine en Dieu. On peut aussi y voir un rappel, pour nous qui avons trop souvent tendance à ignorer les réalités simples du quotidien, que l’aube est un miracle…

Image d’en-tête trouvée dans la banque d’images gratuites de WordPress.

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