« L’éphémère » sera le thème du Printemps des Poètes 2022

Le thème du prochain Printemps des Poètes est désormais connu : il s’agit de « l’éphémère ». Un très beau mot, qui parle à la fois de fragilité et de fugacité, à l’image de ces insectes dont la vie adulte ne dure que quelques heures.

Fragilité de nos existences si facilement menacées par la maladie et par la mort. Fragilité de nos certitudes, si aisément ébranlées par le moindre événement inattendu. La pandémie aura eu cet effet secondaire de nous rappeler cette fragilité que nous avons peut-être trop souvent tendance à ignorer, quand ce n’est pas à refuser de voir. Oui, tout puissants que nous sommes, nous êtres humains au sommet de la chaine alimentaire, nous sommes en vérité bien fragiles. Et la poésie est souvent là pour nous le rappeler, à l’instar des memento mori picturaux. « Nous autres civilisations sommes mortelles », disait Valéry. Les guerres mondiales nous ont montré que le pire pouvait survenir au sein de civilisations pourtant censées être à la pointe du progrès. Il faut en tirer une leçon d’humilité. Et c’est à cela que peut aussi servir ce thème de l’éphémère : nous rappeler à notre première, notre essentielle fragilité.

Fragilité, donc, mais fugacité, aussi. L’éphémère est ce qui ne dure pas, ce qui disparaît sitôt apparu, ce qui se fane sitôt cueilli. « Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie », disait déjà Ronsard. Il s’agit de savoir jouir de l’instant. Cette leçon épicurienne invite les poètes à se rendre disponibles à ce qui est, à se montrer ouverts aux sensations présentes, là où, trop souvent, nous nous laissons emporter par un flux stérile de pensées qui finissent par faire écran à la réalité. Les poètes sont ceux qui continuent de célébrer le vol d’un papillon, un jeu de lumières sur la mer, un coucher de soleil… Autant d’instants éphémères qu’il faut être capable de saisir. Ce sont autant de biens très précieux pour qui sait les contempler.

L’éphémère, en ce sens, n’est pas si éloigné de son contraire, l’éternel. Savourer pleinement l’éphémère, c’est toucher en lui l’éternel. Les perceptions ne durent qu’un instant, mais lorsqu’on est vraiment disponible pour elles, la fuite du temps n’est plus un problème. On s’en rend compte notamment en lisant des haïkus. Nombre d’entre eux témoignent d’instants extrêmement fugaces, comme le saut d’une grenouille dans un bassin, mais cet éphémère est ressaisi comme un fragment d’éternité. Le poète est celui qui fait de l’éternel avec du transitoire.

S’il peut y avoir lieu de déplorer la fuite du temps, ce n’est donc pas une fatalité, et il peut y avoir un traitement heureux de l’éphémère. Il s’agit donc là d’un thème fécond en ce qu’il permet d’embrasser des aspects très différents, tant de la vie humaine que de la poésie. Ce n’est pas un hasard si l’une des principales revues de poésie des années cinquante, celle où se sont fait connaître rien moins que Bonnefoy, Jaccottet, Du Bouchet, s’intitulait précisément L’Éphémère

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Image d’en-tête : l’horizon en Thaïlande. Photographie prise par G. Grossi.

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