Qu’il en soit ainsi

Il y a des moments où le cœur se contracte. On ne saurait sans ingratitude se dire malheureux. C’est juste que, par instants, la tristesse refait surface. Ce n’est pas quelque chose d’insurmontable. Il s’y mêle, malgré tout, de la tendresse. Cela arrive parfois par surprise. Une douleur qui, par moments, se rappelle à toi de façon plus insistante. Elle n’est jamais totalement absente, en arrière-plan, jouant discrètement quelques fausses notes dans la partition de ta vie. C’est là : quelque chose avec laquelle il faut composer. Ce n’est pas que tu sois triste en permanence. C’est comme ça : un état de fait auquel on ne peut rien changer. Cela se rappelle parfois à toi à un moment où tu ne t’y attendais pas, te laissant alors dépourvu pour y faire face. Cela ne te submerge pas longtemps : tu vis avec, faisant ton bonhomme de chemin, avançant dans la vie. Tu ne te débrouilles pas trop mal, justement parce que tu sais que, ayant vécu cela, cette perte-là, les autres problèmes de la vie sont, en comparaison, dérisoires. Alors, tu savoures la beauté de chaque instant avec plus d’intensité peut-être que tu sais combien ils sont précieux, ces instants de vie, dans la lumière et l’amour de ceux qui restent, tu sais que tu n’es pas seul et qu’il sera toujours là.

Cela s’estompe heureusement pendant les longues plages de soleil. Là, tu nages dans la lumière. Tes pas te portent auprès de l’eau : là où la mer se fait folle écume à l’assaut du ciel, là où le ruisseau se divise en fines cascades qui ruissellent sur les rochers, là où l’étang reflète l’immobilité des saules. Là, tu respires à pleins poumons, et s’estompe toute différence entre toi et le rocher, l’arbre, la flaque et même la mer. Il n’y a que la sensation du vent sur le visage, du soleil sur la peau, et le chant de l’eau, des feuilles et des oiseaux. Tu sais l’amour de ceux qui partagent cet instant avec toi, dans la transparence des coeurs si chère à Rousseau, cette simplicité chaleureuse et vraie, cette légèreté de chant d’oiseau. Il n’y a plus que le printemps. Joie.

Gabriel Grossi, mai 2021.

9 commentaires sur « Qu’il en soit ainsi »

  1. Bonjour, j’ai en effet pressenti dès le début un peu de ce Rousseau que j’apprécie beaucoup (je relis en ce moment Les rêveries du promeneur solitaire, texte dont, outre mon modeste talent, j’aurais pu écrire certains passages tant j’ai un ressenti proche).
    Je perçois aussi certaines idées que le bouddhisme ne renierait pas.
    Merci pour ce texte profond et clairvoyant.

    Aimé par 1 personne

  2. Merci car votre texte est très beau, dit si bien ce ressenti dans le corps et l’esprit – une tristesse, une saudade tournée vers la lumière…
    Il me semble que c’est ma « mélancolie de l’âme « 😮

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  3. Bien sûr je suis émue.
    Une petite larme au coin de l’oeil.
    Mais aussi une douceur, une sérénité.
    Il est toujours là près de nous.
    Et nous qui restons, sommes là, les uns pour les autres, dans l’amour.
    Merci Gabriel, je suis là pour toi comme il sera toujours là aussi pour nous, dans le silence de nos coeurs.

    Aimé par 1 personne

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