Le surréalisme après le surréalisme

On me demande aujourd’hui quelle est l’influence du surréalisme dans la poésie d’aujourd’hui, et plus précisément s’il se trouve encore des poètes pour revendiquer l’écriture automatique. C’est une question intéressante, bien trop vaste pour faire l’objet d’une réponse complète dans le cadre d’un simple article de blog, mais à laquelle je vais tâcher de répondre de mon mieux, sachant que je ne suis pas spécialiste du surréalisme.

1. Qu’est-ce que le surréalisme ?

Le petit ouvrage La poésie en France du Surréalisme à nos jours, par Marie-Claire Bancquart, fournit en son premier chapitre une synthèse claire de ce qu’est le surréalisme. Afin d’éviter de simplement reformuler ce qu’elle dit de façon si concise, et parce qu’une image vaut mieux que cent discours, voici une carte mentale sur le surréalisme, réalisée par mes soins à partir de cette source.

Une carte mentale présentant succinctement le surréalisme

Il y a quelques années, j’ai assisté à une conférence de Colette Guedj à la bibliothèque Nucéra de Nice, où elle insistait sur la dimension subversive du surréalisme, dans le cadre d’un Printemps des Poètes consacré, cette année-là, à « l’insurrection poétique ». Elle rappelait que l’on ne saurait comprendre le surréalisme sans se souvenir qu’il est né au lendemain de la Première Guerre mondiale, à une époque de crise des valeurs bourgeoises traditionnelles, qui n’ont su éviter la guerre. Une dimension essentielle du dadaïsme d’abord, et du surréalisme ensuite, est ainsi la provocation, l’insurrection promues au rang de principes esthétiques. Vous trouverez ici un compte-rendu de cette conférence.

2. L’essoufflement du surréalisme

Démissions et exclusions parcourent l’histoire du surréalisme, qui s’essouffle en tant que mouvement après la Deuxième Guerre mondiale. Pour Marie-Claire Bancquart, l’après-guerre est marqué par « la fin du surréalisme », qui « ne ressuscite pas comme mouvement » et « s’éteint » en 1966 avec la mort de Breton. Daniel Briolet, dans Lire la poésie française du XXe siècle, précise que « la fin « officielle » du surréalisme est annoncée le 4 octobre 1969 dans un article du Monde par Jean Schuster, successeur de Breton » (p. 106).

Les poètes qui apparaissent sur la scène poétique française dans les années cinquante tournent majoritairement le dos au surréalisme. Ils lui reprochent sa fuite du réel, son évasion vers l’ailleurs et vers le rêve, son goût pour les images insolites, alors que l’urgence est de revenir à la réalité, aussi rugueuse puisse-t-elle être, et de se tenir fermement dans l’ici et le maintenant. En somme, les poètes qui émergent à cette époque-là, — parmi lesquels on peut citer Bonnefoy, Jaccottet, Dupin, Du Bouchet… — font le constat de l’impossibilité de faire comme si la guerre mondiale n’avait pas eu lieu. Ils proposent donc une poésie qui a à cœur de dire le réel, aussi douloureux soit-il, et de chercher comment y habiter. En particulier, il y a, chez les poètes de cette génération, le refus d’un certain usage de l’image et de la métaphore, lesquelles ne doivent plus apparaître comme un jeu gratuit, comme une façon un peu facile de produire de l’insolite et de l’étrange.

Cependant, le surréalisme continue d’irriguer la poésie française. L’influence du surréalisme reste majeure pour la deuxième moitié du siècle. Mais il ne s’agit plus, précisément, que d’une « influence ».

3. Continuation du surréalisme ?

Y a-t-il cependant des poètes contemporains chez lesquels l’influence du surréalisme est prégnante ? En est-il qui continuent de faire référence à l’écriture automatique, puisque telle était la question qui m’était posée ? Je creuse mes recherches…

Daniel Briolet précise que le soulèvement étudiant de mai 1968 a suscité un regain d’intérêt pour les auteurs surréalistes. Il ajoute que le surréalisme trouve une forme de continuation dans le roman, avec des auteurs comme Gracq, Mandiargues, Aragon, Leiris, Limbour, Queneau (p. 106).

Étienne-Alain Hubert, auteur de l’article « Surréalisme » du Dictionnaire de poésie de Baudelaire à nos jours, termine son article par une salve de noms de « quelques surréalistes de la génération suivante » : il nomme successivement Jean-Louis Bédouin, Guy Cabanel, Georges Hénein, Marianne van Hirtum, Radovan Ivsic, Édouard Jaguer, Jean Schuster, Gérard Legrand et Jean-Michel Goutier. J’avoue que ces noms me sont presque tous inconnus.

Judicaël Lavrador et Claire Moulène ont publié en 2009 dans Les Inrockuptibles un article précisément intitulé « Le Surréalisme aujourd’hui », mais il s’avère, à la lecture de cet article, qu’il ne traite que de photographie. De fait, je me demande si le surréalisme n’a pas mieux survécu dans d’autres arts, et en particulier les arts plastiques, qu’en poésie. L’article « Esprit du surréalisme, es-tu (toujours) là ? », rédigé par Amélie Adamo dans Le Journal des Arts, traite également essentiellement d’arts plastiques.

Il me semble donc bien que, si continuation du surréalisme il y a (je veux dire après Breton), c’est essentiellement sous d’autres formes. Les poètes de la deuxième moitié du XXe siècle, et ceux du XXIe, ne peuvent évidemment ignorer les surréalistes, qu’il s’agisse de s’en distinguer ou de les suivre. Comment écrire de la poésie, après eux, sans tenir compte de la façon dont ils ont traité l’image poétique et la métaphore ? Comment jouer avec les mots et les sons, sans se souvenir que les surréalistes ont beaucoup joué avec le langage ?

Bibliographie

  1. Adamo, Amélie, « Esprit du surréalisme, es-tu (toujours) là ? », Le journal des arts, mai 2020, accessible en ligne à l’adresse https://www.lejournaldesarts.fr/creation/esprit-du-surrealisme-es-tu-toujours-la-149266, consultée en avril 2021.
  2. Bancquart, Marie-Claire, La poésie en France du surréalisme à nos jours, Paris, Ellipses, coll. « thèmes & études », 1996.
  3. Bonhomme, Béatrice, Cours de Master sur la poésie contemporaine (source non publiée).
  4. Briolet, Daniel, Lire la poésie française du XXe siècle, Paris, Dunod, 1995.
  5. Guedj, Colette, L’insurrection poétique des Surréalistes, conférence prononcée à Nice le samedi 14 mars 2015, à l’auditorium de la Bibliothèque Nucéra, à Nice, dans le cadre du Printemps des Poètes.
  6. Hubert, Étienne-Alain, « Surréalisme », dans Michel Jarrety (dir.), Dictionnaire de poésie de Baudelaire à nos jours, Paris, Puf, 2001.
  7. Judicaël Lavrador et Claire Moulène, « Le Surréalisme aujourd’hui », Les Inrockuptibles, décembre 2009, accessible en ligne à l’adresse https://www.lesinrocks.com/actu/le-surrealisme-aujourdhui-130393-12-12-2009/, consultée en avril 2021.

Image d’en-tête : André Breton (Wikipédia)

3 commentaires sur « Le surréalisme après le surréalisme »

  1. La dictee automatique imposee par les surrealistes – permet a chaque poete de prendre l envol, de ne plus avoir/sentir l angoisse devant la page blanche. L ecriture vertigineuse/ demeure une realite conquise…lorsque on vit, on lit, on eprouve le hartelement de l existence…
    Bricoleur- etre bricoleur/ en tant que poete/ ca veut dire une autre chose/ (vor le mouvement da-da)
    Mais penser a quelques tableux de Salvador Dali – c est etonnant…sa vision halucinatoire…
    Quel serait/ dans ce contexte- ci le poete le plus representatif / Rimbaud, Henri Michaux, l auteur des Anabasis( Saint John Perse)…
    La tiypologie du poete visionnaire va de pair avec une spontaneite risquante.risquee…/ l ecriture etant un plongee dans les couches du language, une quete revelatrice.

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