Service des urgences mythologiques

Aujourd’hui, je me suis amusé à écrire un petit dialogue humoristique. C’est quelque chose de plus léger que d’habitude, et tout ce que j’espère, c’est que ça vous fera sourire.

– 1 –

  • Entrez ! Comment vous appelez-vous ?
  • Orphée.
  • Nom de famille ?
  • Heu, non, juste Orphée.
  • Bon, quel est votre souci ?
  • Je déprime.
  • Allons bon ! Un grand gaillard comme vous ! Et pourquoi donc ?
  • Ma femme, Eurydice, est morte.
  • Je vois. Toutes mes condoléances. Quand est-ce arrivé ?
  • Ça doit faire 2500 ans.
  • Ah oui, quand même ! Et depuis tout ce temps, vous déprimez toujours ?
  • Jusque là, il me suffisait de chanter avec ma lyre pour que je me sente mieux. Mais là, plus rien.
  • Pourquoi ça ?
  • C’était une lyre magique, ou alors c’était ma voix qui l’était. Mais le charme est rompu.
  • Ah, je vois. C’est plus grave que je ne pensais. J’appelle les urgences psychiatriques. Vous, il vous faut du lourd. Retournez en salle d’attente, on va s’occuper de vous. Au suivant !

– 2 –

  • Hips !
  • Nom, prénom ?
  • Dionysos.
  • C’est grec, ça, non ? Vous avez vos papiers au moins ?
  • Hips !
  • Et qu’est-ce que c’est que cette tenue ? Vous vous croyez au Carnaval ?
  • Hips !
  • Bon, au moins ce n’est pas la peine de vous demander pourquoi vous êtes là. Donnez-moi votre carte Vestale, je vous enregistre. Punaise, c’est ce genre de mecs qui forent le trou de la Sécu ! Au suivant !

– 3 –

  • Bonjour ! Je viens pour ma jambe.
  • Je vois ça ! Elle est énorme, cette plaie ! Qu’est-ce qui vous est arrivé ?
  • Je ne sais pas trop. J’étais peinard sur mon nuage, en train de regarder comment va le monde, et soudain, ma cuisse s’est ouverte et il en est sorti un bébé tout armé.
  • Bon, je vais cocher « Accident domestique ». Au fait, votre nom ?
  • Jupiter. Mais appelez-moi Zeus. C’est quand même plus classe.
  • Âge ?
  • Ça, je ne saurais pas vous dire au juste. Mais c’est bien plus que vous, ça c’est clair.

– 4 –

  • Bonjour ! Houlà, qu’est-ce qui est arrivé à votre pied ?
  • C’est sur l’arrière du talon. Ça fait un mal de chien !
  • C’est une flèche qui s’est fichée là ?
  • Oui, on jouait avec quelques amis de Troie, et voilà. On se croit invincible, presque immortel, et voilà qu’une bête blessure suffit à remettre les choses en perspective.
  • Quelle histoire ! Monsieur… ?
  • Pardon. Achille.
  • Nom de famille ?
  • Aïakidès.
  • Hein ? Je veux dire, vous pouvez épeler ?
  • A-Ï-A-K-I-D-È-S.
  • Bon, je vais voir si le médecin de garde peut vous voir.
  • Faites vite, parce que je n’ai jamais eu mal comme ça !

– 5 –

  • Est-ce que quelqu’un peut m’aider à m’asseoir ? Ah, merci. Tout est tellement compliqué depuis que je n’y vois plus rien.
  • C’est un bien gros pieu que vous avez dans l’œil.
  • Je ne vous le fais pas dire. Et il a fallu que ça tombe sur mon œil valide. L’autre était aveugle depuis ma naissance. Si bien que je n’y vois plus rien du tout.
  • Vous aviez pris rendez-vous ?
  • Oui.
  • Ah, c’est exact, vous apparaissez dans nos fichiers. Polyphème, c’est pas banal comme prénom. Vous faites quoi dans la vie ?
  • Je suis fromager.
  • Avec du lait de vache ou de chèvre ?
  • De brebis, monsieur !
  • Ah, c’est original. Et comment est arrivé cet accident ?
  • Ah mais ce n’est pas du tout un accident ! C’est une tentative de meurtre ! Oui monsieur ! Figurez-vous que j’étais tranquillement installé dans ma fromagerie, en train de faire une petite sieste, quand on m’a enfoncé ce pieu dans l’œil !
  • Mon dieu… Vous avez appelé la police ?
  • Oui, mais ça n’a pas servi à grand-chose ! Ils m’ont demandé si je connaissais l’agresseur. Je leur ai dit que c’était Personne. Ils m’ont ri au nez. C’est à n’y rien comprendre !
  • Ah, ça, ils sont bons pour les contraventions, mais quand il s’agit d’aider de pauvres gens, hein…
  • Je ne vous le fais pas dire. On ne se sent plus en sécurité avec tous ces étrangers. Avant, y’avait pas plus tranquille que mon île. Mais, tenez, il y a quelques jours, j’ai surpris des migrants dans ma fromagerie. Figurez-vous qu’ils s’étaient servis, pas gênés les mecs ! Si ça se trouve, ce sont les mêmes qui m’ont fait ça !
  • Eh bien, quelle histoire !

– 6 –

  • Excusez-moi, c’est les pompiers, on a un patient pour vous.
  • Bien, qu’il entre et je fais son inscription.
  • Il est inconscient, en fait. Mais son état est stable.
  • Ah bon ? Qu’est-ce qu’il lui est arrivé ?
  • C’est une noyade.
  • Ah. Du coup, il n’a pas de papiers ?
  • Non, bien sûr.
  • Mais est-ce qu’il a des signes particuliers ?
  • Oui, il est déguisé.
  • Comment ça ?
  • Il a des ailes sur le dos.
  • Encore un original ! Décidément, quelle journée !

6 commentaires sur « Service des urgences mythologiques »

  1. Bonjour, très intéressant tout ça ! Finalement, ils vivent tous en vous ! Quel est vôtre nom ? (rires)…
    Plus sérieusement, merci pour ce partage, car effectivement la poésie est un art méconnu ou pris à la légère. J’adore écrire, et j’ai compris qu’il fallait que je lise les classiques, mais surtout nos contemporains.
    Y-a-t-il une rubrique où l’on peut suggérer nos écrits ?
    Merci

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s