Enseigner le présent de l’indicatif

Cela faisait un petit moment que je n’avais pas parlé pédagogie sur ce blog. Je vous propose aujourd’hui l’état actuel de ma réflexion sur l’enseignement du présent de l’indicatif. J’ai bien conscience de ne rien proposer que de très ordinaire, mais j’espère que ma démarche vous intéressera malgré tout…

Le temps le plus difficile

Le présent de l’indicatif est, de loin, le plus difficile. Il est celui qui a le plus grand nombre de formes et d’irrégularités. Bien souvent, les manuels consacrent le même nombre de chapitres à tous les tiroirs verbaux. À mon sens, il importe de prendre le temps nécessaire pour enseigner le présent. Les autres temps devraient ensuite « passer » beaucoup plus facilement.

Avant de réellement conjuguer…

Cela peut paraître un truisme, que d’insister sur le fait qu’il faut commencer par traiter les formes régulières, avant d’envisager de s’attaquer aux verbes irréguliers. Pourtant, on est facilement tenté d’aller vite en besogne.

Lorsque j’enseigne en CE1, j’ai pris l’habitude de ne commencer la conjugaison proprement dite qu’en deuxième période, ceci afin de me laisser le temps de poser les jalons grammaticaux nécessaires à la conjugaison : savoir ce qu’est un verbe, savoir comment le trouver, etc.

Ensuite, avant d’envisager d’apprendre des formes conjuguées, je prends le temps de définir l’infinitif, le radical, la terminaison… Autant de termes qui ne vont pas de soi pour un enfant qui découvre la conjugaison pour la première fois.

En CE2 et en cours moyen, je vais nécessairement un peu plus vite, mais je garde cette même trame. Simplement, ces séquences seront plus courtes. Mais je ne crois pas qu’il faille s’en passer tout à fait.

Observer des régularités

Ensuite, une fois que ces termes sont définis, je consacre ma deuxième séquence à l’identification des régularités valables pour tous les temps. L’an dernier, suivant en cela une proposition de Nathalie Leblanc, conseillère pédagogique départementale, j’avais proposé à mes CM1 de recopier les verbes observés sur des bandelettes, afin de les aligner sur la droite et d’observer des similitudes.

Une collecte verbale avec des bandelettes (photo personnelle)
Une collecte verbale sous forme de photocopie (image personnelle)

J’ai trouvé cette façon de faire très intéressante, mais assez chronophage aussi, puisque les élèves passent beaucoup de temps en découpage et collage. Cette année, j’ai proposé la même activité sans découpage, sous la forme d’une photocopie. Cela a très bien fonctionné.

Ces séances ont abouti à un affichage et à une leçon présentée à la fois sous forme de tableau et sous forme de carte mentale :

Une carte mentale sur les régularités de la conjugaison

Découvrir le présent de l’indicatif :
une activité de recherche

Venons-en maintenant à la découverte des formes du présent de l’indicatif. Les programmes imposent d’enseigner :

  • aux élèves de cycle 2 (CP, CE1, CE2) : les verbes du 1er groupe + une sélection de verbes du 3e groupe ;
  • aux élèves de cycle 3 (CM1, CM2) : les mêmes verbes, auxquels on ajoute les verbes du deuxième groupe.

En CM1, je propose donc des grilles de conjugaison mêlant les trois groupes, et les élèves les trient pour associer les verbes qui se conjuguent de la même manière. Ils distinguent alors :

Un exercice de tri : observer les verbes et les coller en regroupant les similitudes (image personnelle)
  • les verbes en -e, -es, -e au singulier (premier groupe) ;
  • les verbes en -s, -s, -t au singulier (troisième groupe) ;
  • les verbes en -ds, -ds, -d au singulier (troisième groupe) ;
  • les verbes en -x, -x, -t au singulier (troisième groupe) ;
  • les verbes qui ajoutent l’élément -iss- au pluriel (deuxième groupe).

Cette façon de faire a l’intérêt de ne pas présenter les verbes prendre (type en -d) ou pouvoir (type en -x) comme des verbes absolument irréguliers. On voit qu’ils appartiennent à des séries. Prendre se conjugue comme comprendre et comme vendre. De même, pouvoir se conjugue comme vouloir et valoir. Les formes en -d et en -x appartiennent ainsi à des régularités. D’ailleurs, étymologiquement, elles ne sont que des déformations de la flexion en -s, -s, -t, comme je l’expliquais dans mon article faisant le lien entre la conjugaison telle qu’on l’apprend à l’école et celle qu’on enseigne à l’université.

Aperçu du travail d’un élève (image personnelle)

Cette année, en CE2/CM1, cette séance de découverte sera proposée à tous les élèves, qui trieront l’ensemble des formes. Les CE2 ne seront simplement pas évalués, en fin de séquence, sur les verbes du deuxième groupe, puisqu’ils ne sont au programme que du CM1.

Il en résultera la trace écrite suivante :

Une trace écrite qui ne sera à apprendre que progressivement (image personnelle)

Mémoriser les formes

Il convient ensuite de prendre le temps nécessaire afin que les élèves mémorisent ces formes jusqu’à les automatiser. Il importe ainsi de proposer des exercices variés :

  • Trier des verbes (en les classant dans des colonnes ou en les coloriant selon un code donné) ;
  • Relier les sujets et les verbes qui leur sont accordés ;
  • Compléter des phrases dont il manque le verbe, en utilisant les mots de la liste ;
  • Conjuguer des verbes donnés à l’infinitif.

On consacrera une séance spécifique à chaque groupe, histoire de revenir sur les spécificités de chacun d’eux. Évidemment, le jour où les CM1 s’entraîneront sur le deuxième groupe, les CE2 seront, eux, occupés à revoir les premier et troisième groupe.

La séquence en un coup d’œil

Les verbes irréguliers

Une fois que les formes régulières seront maîtrisées par tous les élèves, on pourra se consacrer aux verbes irréguliers. Ces verbes sont, selon les programmes officiels, faire, aller, dire, venir, pouvoir, voir, vouloir, prendre ainsi que être et avoir.

  • Les terminaisons particulières -mes et -tes, plus proches du latin que les terminaisons régulières -ons et -ez, apparaissent dans nous sommes, vous êtes, vous dites, vous faites. Les élèves les retrouveront lorsqu’ils s’attaqueront au passé simple.
  • Les altérations de radical s’observent pour la plupart des autres verbes de la liste. Je pense qu’il est important que les élèves comprennent bien que les terminaisons de ces verbes sont régulières, et que c’est à cause de changements de radical que ces verbes deviennent irréguliers. Ainsi venir a-t-il un radical ven- et un radical vien-. De même, voir a un radical voi- et un radical voy-.
  • Pouvoir, vouloir et prendre ont déjà été abordés en tant que verbes réguliers, puisqu’ils se rattachent à des séries. Ils ne sont pas uniques mais constituent des sous-types de conjugaison du troisième groupe.

Dans tous les cas, ces verbes dits « irréguliers » ne sont pas de purs extraterrestres. Ils ont des ressemblances avec les formes régulières qu’il faut souligner : les élèves n’ont pas tout à apprendre, mais simplement ce qui change par rapport aux formes régulières.

Les verbes en -cer, -ger, -yer

Ces verbes sont réguliers du point de vue de leurs terminaisons, mais présentent des difficultés orthographiques du fait que leur radical va connaître de petites altérations afin de maintenir la prononciation souhaitée. Ici une cédille (nous laçons), là un e d’appui (nous mangeons)… Il s’agit là de règles d’orthographe qui ne sont pas seulement valables pour les verbes, mais la conjugaison est l’occasion de revoir une nouvelle fois ces règles. En outre, certains verbes en -yer ont deux conjugaisons possibles (je paie et je paye). J’ai donc pris l’habitude de consacrer une courte séquence à ces verbes.

*

C’est ainsi que l’étude du présent de l’indicatif occupe une bonne partie de l’année scolaire, mais ce n’est pas du temps perdu, et les élèves sont ensuite bien dégourdis pour aborder l’imparfait, le futur ou encore le passé composé… J’espère que cet article vous aura intéressés. N’hésitez pas à laisser un petit commentaire !

9 commentaires sur « Enseigner le présent de l’indicatif »

  1. Ca me semble être du bon travail. Petit bémol, il me semble que l’accent est plutôt mis sur ta méthodologie et chronologie que sur la pédagogie, au sens de « comment faire entrer » les notions de « verbe », « sujet », « relations grammaticales » entre les deux, etc. A moins que je n’ai mal lu, ou fastchecké…

    C’est ça, à mon avis qui est essentiel, dans le sens où ce sont des notions qui sont enseignées là, et la difficulté dans les tours de main pour faire acquérir ces distinctions grammaticales. D’autant qu’on pourra ensuite retrouver l’acquisation de ces notions, ou pas, dans les productions écrites des élèvres…
    Dernier petit point : la GS n’est plus dans le cycle 2…
    Quoiqu’il en soit, les débutants et même les avancés peuvent une manière de cadrer le travail d’enseignant qui peut les aider…

    Aimé par 2 personnes

  2. Merci à vous Gabriel. Je garderais tout de même les découpages qui me semblent précieux pour prendre en compte réellement les marques de personne. Parfois, je me dis qu’il est bon de perdre un peu de temps pour en gagner au niveau des apprentissages. MERCI pour la qualité dans la rédaction de chacun de vos articles.

    Aimé par 2 personnes

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