De la poésie sous un tilleul

Ces derniers jours, la poésie était à l’honneur à Aiglun, paisible village de la vallée de l’Estéron, perché sur un promontoire surplombant la rivière et sa belle clue. Au terme d’une route étroite et sinueuse, on arrive en vue de ce village typique de l’arrière-pays grassois. C’était au-dessus de la place centrale, à proximité du lavoir et sous l’ombre rafraîchissante d’un tilleul, que les poètes s’étaient donné rendez-vous, sur l’invitation de Patrick Quillier, poète et professeur à l’Université de Nice, dans le cadre des « Rencontres poétiques d’Aiglun », co-organisées par la mairie et par l’association « Aigo Luno ».

Les différents participants étaient donc venus faire « circuler la parole », selon la belle formulation inscrite dans le programme des trois journées (21, 22 et 23 août). Ils se sont succédé pour faire entendre leurs poèmes, dans un beau moment d’écoute et de partage, sublimé par l’ample panorama offert par les montagnes boisées.

Hommage à Tristan Cabral

La marionnette de Tristan Cabral, par Claudine Ross (photo personnelle)

Ces trois journées se voulaient un hommage à Tristan Cabral, poète français décédé en juin dernier, dont l’œuvre, principalement poétique, est riche de nombreux ouvrages. La lecture de plusieurs de ses poèmes a ainsi égrené ces journées, dessinant progressivement l’image d’un poète engagé, capable de donner voix aux souffrances du monde, et notamment de rendre compte de l’horreur de la guerre, tout en demeurant sensible à la beauté du monde, faisant preuve d’un émerveillement constamment renouvelé. Du moins est-ce là l’impression que m’ont laissé les quelques poèmes que j’ai eu le plaisir d’entendre. Je conserve ainsi un souvenir ému de quelques extraits de Mourir à Vukovar, recueil consacré à la guerre de Bosnie.

Et pour incarner concrètement la présence de ce grand poète, une marionnette se promenait parmi l’assemblée, à son effigie. Elle est le résultat d’un minutieux travail artisanal, d’un grand réalisme, réalisé par l’une des participantes, Claudine Ross, marionnettiste de profession. Cette marionnette était, elle aussi, un hommage au poète, ajoutant ainsi une dimension visuelle à la lecture des poètes, et donnant presque l’impression que le poète lui-même récitait ces textes, comme il l’avait fait cinq ans plus tôt au même endroit (en 2015, donc).

« J’ai laissé mon visage dans les fontaines calmes
et l’enfant de mon corps dans le cloître des Carmes »

Tristan Cabral, Et sois cet océan !, plasma,
via Google Livres.

Circulation de la parole

C’est donc en écho aux vers de Tristan Cabral que les différents poètes invités ont pu lire leurs poèmes. Seule une partie des participants était présente ce vendredi soir. J’ai notamment reconnu Pascal Giovannetti, organisateur d’une scène ouverte de slam à Nice, Marilyne Bertoncini, animatrice de la revue en ligne Recours au poèmeMarc Ross a proposé une lecture de poèmes de Tristan Cabral avant de lire quelques textes de son cru. Brigitte Broc a lu un très beau texte sur l’éternel féminin. Philippe Fréchet est également intervenu. J’ai moi-même lu plusieurs de mes poèmes, dont celui que j’ai spécialement rédigé pour l’occasion et que j’ai récemment publié sur ce blog. Le musicien Sylvain Menoud a conclu cette première session avec une improvisation orale de son cru, dans un style amérindien qui se mariait aussi bien avec le paysage montagneux qui s’offrait à nous qu’avec les poèmes qui précédaient.

Un grand merci à tous pour leur sympathie et à Patrick Quillier en particulier pour l’organisation de ces belles rencontres estivales. Je vous laisse avec une image du village :

Une ruelle d’Aiglun, 21 août 2020 (photo personnelle)

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